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Crise laitière Les producteurs européens veulent transformer l’essai du 19 octobre

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« Maintenant que les ministres européens de l’Agriculture ont enfin bougé il faut à tout prix maintenir la pression pour continuer à entraîner la politique européenne dans la bonne direction ». Fort de leur « succès » du 19 octobre (1), les producteurs de lait européens, unis sous la bannière de l’EMB (European Milk Board), veulent autant que possible influencer les arrangements envisageables à moyen et long terme dans le secteur laitier dans la perspective de la disparition des quotas laitiers en mars 2015. Mieux : pour illustrer leur détermination, ils ont décidé de créer leur propre groupe d’experts qui examinera à sa manière les voies et moyens susceptibles d’améliorer les revenus des producteurs et la stabilité du marché.

Se félicitant de ce que « pour la première fois, la politique laitière européenne fait un pas concret en direction des positions des producteurs de lait », les dirigeants de l’European Milk Board (EMB) ont annoncé à leurs troupes que désormais « tout devrait fait pour équilibrer le marché du lait européen ». C’est du moins ce que leur a annoncé le président du conseil des ministres en exercice, Eskil Erlandsson, qu’ils ont rencontré dans la foulée du Conseil agri du 19 octobre à Luxembourg. Plus explicite, Fredy de Martines de la LDB, la fédération luxembourgeoise membre de l’EMB, a indiqué quant à lui : « C’est la première fois que la classe politique parle dans ce sens. Nous voyons que lutter en vaut et en a valu la peine. » Les leaders de l’EMB ont salué avant tout deux des mesures qui ont été annoncées par le Conseil agri. D’une part, il est prévu d’élaborer en détail d’ici le 19 novembre des propositions concrètes portant sur le gel volontaire des quotas laitiers par rachat de volumes partiels et d’exploitations entières. Ces droits de livraison seraient alors annulés. « Ceci permettrait enfin de retirer efficacement du marché les excédents de lait », a expliqué Ernst Halbmayr de la fédération autrichienne IG-Milch. Comme les ministres ont décidé que le recours à ces mesures ne se ferait que sur une base volontaire, les responsables de l’EMB ont demandé expressément à tous les pays « d’utiliser cette possibilité afin d’assumer leur responsabilité vis à vis des producteurs laitiers. »

L’EMB lance son propre groupe de réflexion
« Nous ne devons laisser planer aucun doute et faire comprendre que les éleveurs ne cèderont pas d’un millimètre », a expliqué Sieta van Keimpema, vice-présidente de l’EMB. « C’est pourquoi nous convoquerons dans les deux semaines à venir notre propre groupe d’experts de haut rang, qui traitera des problèmes de la filière laitière en impliquant des groupes de la société civile tels que des organisations de défense des consommateurs, des représentants du monde scientifique, des organisation non gouvernementales et de la classe politique ». Il s’agit, selon la dirigeante de l’EMB, « de trouver une réponse commune aux problèmes de la politique laitière actuelle et de préparer la mise en place d’une instance de contrôle ». Elle a expliqué qu’au sein de cette instance, les producteurs laitiers se chargeraient de déterminer les besoins en lait en Europe en impliquant les laiteries et les politiques. La production laitière s’orienterait sur ces besoins en appliquant une régulation souple des quotas laitiers. Concernant le groupe d’experts de haut rang de l’UE qui réunit des représentants de gouvernement de tous les États européens et qui est chargé d’élaborer des propositions de solution pour la filière laitière englobant également une possible régulation du marché, Pascal Massol, de la fédération française Apli, a précisé que « cette volonté politique de réfléchir à une régulation du marché est nouvelle ». Il s’est également félicité de ce que l’Union ait décidé d’inviter l’EMB à la réunion du groupe d’experts du 10 novembre. « Nous pourrons y défendre nos positions en faveur d’une régulation souple des quotas », a-t-il souligné (2). De son côté, Romuald Schaber, président de l’EMB, a affirmé que les producteurs devraient commencer à regrouper le lait en Europe au-delà des frontières. « Cela nous permettra d’exercer plus de poids devant les laiteries et la classe politique. Ainsi pourrons-nous à l’avenir co-décider du prix qui nous permette d’assurer un développement durable de la production laitière », a-t-il souligné.

(1) Le 19 octobre à Luxembourg, avec 3000 à 4000 agriculteurs sous ses fenêtres, le Conseil des ministres de l’agriculture de l’UE a donné son accord à toute une série de décisions en faveur de la filière laitière, parmi lesquelles figurent notamment la proposition d’une aide d’urgence de 280 millions d’euros, l’extension de la clause d’urgence au secteur laitier (donnant ainsi à Bruxelles la possibilité de réagir rapidement en cas de déséquilibres), la modification du système de rachat volontaire des quotas laitiers (pour restreindre l’offre de lait sur le marché) et le prolongement de la période d’intervention, jusqu’à fin février 2010, pour le beurre et la poudre de lait écrémé.

(2) Présidé par le Français Jean-Luc Demarty, le groupe de haut niveau chargé de réfléchir sur les solutions à apporter à la crise laitière doit tenir sa 2e réunion le 10 novembre et une 3e le 8 décembre. Experts et différentes parties prenantes (dont l’EMB) sont invités à participer à la rencontre du 10 novembre.

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