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Contractualisation Les producteurs veulent mieux s'organiser

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Les organisations de producteurs joueront un rôle central après les quotas laitiers dans la gestion des volumes et la négociation du prix du lait. Aujourd'hui, un consensus semble se dégager sur la forme qu'elles doivent prendre. Pour être efficaces, les producteurs doivent s'organiser par bassin de production, s'accordent l'ensemble des organisations syndicales.

« LE bilan de la contractualisation est en demi-teinte, nos organisations de producteurs (OP) ne sont pas prêtes pour franchir le cap de la fin des quotas », a lancé François Thabuis, président des Jeunes agriculteurs, lors du congrès de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 20 mars à Pontarlier (Doubs).

Après la dérégulation de la production de lait en Europe et l'abolition des quotas laitiers, les OP sont amenées à jouer un grand rôle dans la gestion des volumes et la négociation du prix du lait. C'est le rôle que leur donne la contractualisation, créée par le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire en 2010 et précisée par l'adoption du Paquet lait à Bruxelles en 2012, une série de mesure visant à organiser la production après les quotas et à donner plus de poids aux producteurs.

Mais le système a bien du mal à se mettre en place. Au départ, le syndicalisme majoritaire défendait un modèle d'organisation « vertical », par entreprise (une organisation de producteurs ne regroupant que les éleveurs livrant à la même entreprise). Les structures minoritaires, comme la Confédération paysanne, la Coordination rurale, France Milk Board ou l'Apli, plaidaient pour une organisation « horizontale », regroupant tous les éleveurs d'une zone géographique, un bassin de production par exemple. Aujourd'hui, les OP par entreprises ont montré leurs limites lors des premières négociations, et un consensus semble s'être instauré : pour peser plus de poids face aux laiteries, les producteurs doivent s'organiser par bassin.

Les OP territoriales réunissent un consensus

« Les OP par entreprises ne sont pas efficaces, les producteurs sont en position de faiblesse et les entreprises restent maîtres du jeu », constate Laurent Leray, secrétaire national de la Confédération paysanne chargé de l'élevage. « Transformons les organisations de producteurs en AOP de bassin », confirme François Thabuis. « Notre détermination est de ne surtout pas laisser aux seules entreprises la liberté de choisir, de décider, où demain se fera la production et où elle ne se fera pas », développe t-il.

Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, est lui aussi aujourd'hui favorable à des formes d'OP « plus territoriales, plus horizontales » : « Nous avons été les seuls à croire en la contractualisation en 2010. Nous sommes toujours les seuls à y croire », a t-il admis. Mais « si rien n'est fait, on se dirige vers une gestion par entreprise avec comme interlocuteur unique les organisations de producteurs. L'entreprise aura donc la main sur la politique de distribution des volumes et sur la définition du modèle laitier, je ne l'accepte pas », développe t-il.

« Enfin ! », réagit Paul de Montvalon, président de France Milk Board (FMB), structure à l'origine de trois OP transversales en France, qui milite depuis le début pour la création d'OP transversales. Il a pourtant du mal à se réjouir de l'évolution de la position de la FNPL, estimant que trop de temps a été perdu.

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Intégrer les coopératives

Si la Confédération paysanne précise que cette forme d'organisation n'est pas ce qu'elle défend (« on préfèrerait une gestion de la production par les pouvoirs publics, avec un prix du lait négocié en interprofession »), Laurent Leray plaide pour « des OP par bassins qui proposent des contrats cadres, qui incluent la négociation du prix du lait et des volumes ».

France Milk Board, comme la Coordination rurale et la Confédération paysanne, demande l'intégration des coopératives dans ces OP de bassin, pour avoir une vue sur l'ensemble de la production.

La FNPL veut en profiter pour « provoquer la mobilité des producteurs face à leurs entreprise », pour « mettre les acheteurs en concurrence ». Le 8 avril, elle va d'ailleurs rassembler les organisations de producteurs, pour « parler de nos projets, de nos complémentarités et de nos besoins réciproques ». Les Jeunes agriculteurs demandent quand à eux le « transfert de propriété » du lait, pour que les OP puissent gérer la vente du lait.

La loi d'avenir agricole, en discussion parlementaire, pourrait préciser le rôle et le fonctionnement des OP.

Au niveau européen, le paquet lait, qui encadre la contractualisation, doit être révisé en juin 2014. Pour l'instant, « seules l'Allemagne, la Belgique et la France ont reconnus des OP, mais on ne peux pas dire qu'elles aient vraiment négocié », révèle Camélia Gyorffy, conseillère lait au Copa-Cogeca. 43% des pays de l'UE ont choisi de mettre en place des contrats obligatoires, 32% des contrats volontaires, 11% sont en train de se décider et 14% n'ont pas pris de décision. Alors que la durée des contrats est de 5 ans en France, les autres pays européens ont choisi des durées entre 6 mois et un an.