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Itab Les produits de protection phyto bio à la recherche d’une réglementation

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De nombreux participants venus d’Europe, producteurs, industriels, distributeurs et chercheurs, se sont réunis à Lille les 10 et 11 mars lors d’un colloque organisé par l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab), pour évoquer la situation des produits de protection des plantes en agriculture biologique. Ils ont conclu ces deux jours par une série de propositions, dont celle d’une réglementation spécifique.

La France a décidé que les matières actives des préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) doivent être autorisées par Bruxelles avant d’être utilisées sur son sol. L’homologation auprès de la Commission européenne a un coût très élevé qui n’est pas amortissable sur un petit marché comme celui de l’agriculture biologique et les tests exigés sont totalement inadaptés aux produits naturels, ont regretté les opérateurs européens de la filière bio réunis à Lille.
Résultat : en deux ans, aucune nouvelle homologation n’a été possible en France alors que dans le même temps des produits étaient retirés du marché (cas de la roténone), débouchant sur des impasses techniques pour les producteurs.

Des tests inadaptés
L’association française AsproPNPP, qui défend les produits naturels, demande que ces derniers ne soient pas testés comme des produits phytopharmaceutiques. Les tests d’efficacité par exemple ne sont pas adaptés car le mode d’action des produits naturels est différent. Là où un produit classique détruit un pathogène (insecticide, fongicide…), le produit naturel a un effet stimulant sur la plante qui se débarrasse par elle-même du pathogène.
« Nous ne cherchons pas non plus des phénomènes reproductibles, nous cherchons à rééquilibrer des écosystèmes. Même si l’on obtient de bons résultats, c’est avec une variabilité importante d’une fois à l’autre, due à un grand nombre de paramètres différents », a expliqué Guy Kastler de Nature et Progrès.
Des opérateurs suisses ont souligné l’inutilité de faire des tests de toxicité sur des produits alimentaires (comme la lécithine ou le sucre) ou des produits dont l’innocuité est démontrée par des années de pratiques (purin d’ortie par exemple).

Belgique : le gouvernement a trouvé un compromis
Si la plupart des pays d’Europe sont dans la même situation que la France, la Belgique a trouvé un compromis. Son gouvernement a adopté un régime particulier pour les produits naturels en 2007 et aide les entreprises demandeuses d’autorisations à monter les dossiers. Résultats : 2 produits ont été autorisés en 2007, 3 en 2008, 13 en 2009 et les perspectives 2010 sont sur une même croissance.
Des chercheurs ont expliqué qu’ils explorent d’autres pistes de soin : celle des macro et micro-organismes (bactéries, virus, champignons) qui ne relèvent pas de la réglementation phytopharmaceutique. De même, les apports de matière organique dans le sol peuvent influer sur le développement des populations et permettre de lutter contre les agents des maladies. Enfin, les méthodes non chimiques (physiques, mécaniques et biologiques) ne réclament pas d’autorisations.

Une réglementation spécifique
Cependant, à l’issue des deux jours d’échanges, les intervenants ont décidé d’élaborer ensemble des propositions qu’ils porteront dans leur pays respectifs et à Bruxelles. La première concerne l’urgence à aider les producteurs bio confrontés à des impasses techniques. La deuxième est d’adopter un réglement spécifique pour les produits naturels dont l’élaboration pourrait être confiée à un groupe d’experts européens de ses questions, lequel pourrait intégrer l’Agence de sécurité sanitaire européenne. Bien sûr, une demande forte concerne une plus grande recherche et expérimentation des produits naturels et « low risk » en général au profit de tous les agriculteurs. Et enfin, la mise en place de bases de données des essais et connaissances sur ces produits ainsi que d’un réseau d’échanges européens sur les aspects techniques, pour une meilleure circulation de l’information.

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