À l’heure où les produits sous signes de qualité et d’origine se vendent moins bien et où la France est isolée dans l’UE avec la réforme des indications géographiques que prépare Bruxelles, il est nécessaire de se trouver des alliés, à commencer par le consommateur. Jean-Luc Duval, chargé par Michel Barnier d’une étude sur l’économie des produits vendus sous signes de qualité et d’origine, a beaucoup insisté sur ce point lors des 11es Assises de l’origine, qui se sont tenues à Bordeaux le 19 mai.
Les produits sous signes de qualité et d’origine sont confrontés à plusieurs défis. Après avoir subi les effets de la flambée des prix alimentaires, ils commencent maintenant à pâtir de la crise économique. Par ailleurs, la France est isolée dans l’UE à propos du projet de réforme des systèmes de qualité que prépare la Commission. « Il nous faudra nous mobiliser ensemble. Nous ne pensons pas que nous allons pouvoir conserver tous nos acquis. Nos voisins savent nous rappeler nos incohérences », a déclaré Jean-Luc Duval aux 11 es Assises de l’origine, organisées par la Chambre d’agriculture d’Aquitaine et la Fédération régionale des coopératives.
Des contraintes qui n’apportent rien au consommateur
L’ancien président des Jeunes agriculteurs, chargé par Michel Barnier d’une mission sur l’impact économique de la qualité et de l’origine des produits agricoles et agroalimentaires, estime que les professionnels gagneraient à revoir, dans leurs cahiers des charges, certaines contraintes qui s’imposent aux producteurs et qui n’apportent rien au consommateur.
Il a cité comme exemple un bras de fer opposant les professionnels entre eux pendant plus de dix ans sur la hauteur des troncs de pommiers pour le calvados AOC. « Il en est ressorti une position intermédiaire ne satisfaisant personne et une date de mise en application en 2029. Est-ce que le consommateur peut comprendre ? J’en doute », a-t-il relevé. Trop souvent les cahiers des charges « sont des engagements à contre-courant des attentes des consommateurs ». Les professionnels s’en servent « pour trancher des problématiques de filières sans que cela concerne directement la qualité du produit », a-t-il commenté.
« Je vais jeter un pavé dans la mare : comment peut-on expliquer à un consommateur la différence entre une appellation d’origine et une IGP (indication géographique protégée), version française ? ». Les appellations d’origine identifient un produit, l’authenticité et la typicité de son origine géographique. Elles sont garantes de ses qualités et de ses caractéristiques, de son terroir d’origine, du savoir-faire du producteur. Les indications géographiques protégées permettent de déterminer l’origine d’un produit, mais avec un lien au terroir moins fort, notamment quant à l’origine des matières premières.
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Une concurrence accrue
Or, le marché des signes d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo) s’internationalise de plus en plus, a précisé Jean-Luc Duval, comme le jambon sec (d’Aquitaine avec le Bayonne, mais aussi d’Italie avec le Parme, d’Espagne avec le serrano, d’Allemagne avec les jambons de la Forêt Noire). « Faisons attention à ne pas nous tromper : nos concurrents ont aussi des arguments à faire valoir », a-t-il averti.
En outre, « de nombreux agriculteurs s’interrogent sur l’intérêt pour eux de rester en démarche de qualité » : pour certains, l’investissement à l’installation est lourd, pour d’autres les cahiers des charges sont trop contraignants et les coûts de contrôles ne sont pas en adéquation avec les plus-values potentielles des démarches de qualité. « Certains d’entre nous se désintéressent petit à petit de ces démarches », a-t-il constaté.
La mission de Jean-Luc Duval : mesurer les plus-values dégagées par la qualité
La mission confiée en février 2009 par Michel Barnier à Jean-Luc Duval consiste à mesurer les plus-values dégagées par la production des produits sous signes de qualité et d’origine. Il examinera le retour sur investissement des démarches de qualité sur le long terme. L’auteur de l’étude a évoqué ses « premiers enseignements », comme le coût de genèse d’un cahier des charges et de son plan de contrôle : un minimum de 250 000 euros. Un montant « qui peut s’envoler » en fonction du temps nécessaire au dépôt et à son enregistrement et de la complexité de la filière.
Jean-Luc Duval remettra son étude au ministre de l’Agriculture fin 2009. Il est aussi président de l’association « Qualité et origine ». Cette association est constituée par quatre organisations professionnelles agricoles (FNSEA, APCA, JA et Coop de France). Elle est composée aussi d’Instituts régionaux de la qualité agricole et agroalimentaire (Irqua), d’organismes de contrôle et d’organismes de défense et de gestion (ODG).