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Energies renouvelables Les professionnels du bois énergie restent vigilants

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La filière bois-énergie, source de la moitié de l’énergie renouvelable en France, est en plein essor. Cependant, son développement se heurte à d’autres enjeux. Les pouvoirs publics veulent y réfléchir avec les professionnels. Ces derniers s’inquiètent des évolutions réglementaires à venir.

«La biomasse représente près de 50% de la production française d’énergies renouvelables, c’est donc la première filière d’énergies renouvelables de notre pays », a reconnu Delphine Batho, qui ouvrait le colloque national biomasse, organisé le 3 juillet à Paris. Et le secteur est en plein essor, selon les chiffres du syndicat des énergies renouvelables. Pour sa première sortie en tant que ministre de l’Ecologie, Delphine Batho a porté un message positif aux professionnels : « Je souhaite que la filière bois énergie, qui a le potentiel de développement le plus immédiat, prenne toute sa place dans le débat national sur la transition énergétique annoncée par le président de la République, a-t-elle déclaré. Notre objectif doit maintenant être d’en faire une énergie majeure du mix énergétique. » Pour cela, elle a dit vouloir « que les outils de soutien à la filière, qui ont fait la preuve de leur efficacité, soient maintenus », en particulier le fonds chaleur. Un message qui va dans le sens de la demande des professionnels. « Nous souhaitons la poursuite du fonds chaleur, voire son amplification, a reconnu René Chabrillat, directeur production et énergie durable à l’Ademe. « Pour autant, cet argent public doit être utilisé le plus efficacement possible », a-t-il nuancé. Delphine Batho a dit être en attente des propositions des professionnels du bois-énergie.

Inquiétude sur la pollution de l’air
Toutefois, elle est restée nuancée face à l’inquiétude des acteurs de la filière qui voient se profiler une adaptation de la réglementation pour les installations classées ICPE. Delphine Batho rappelait que la France fait l’objet d’un contentieux européen sur la qualité de l’air.
Ce litige communautaire pourrait pousser les pouvoirs publics à demander aux chaufferies de s’équiper davantage de filtres pour lutter contre les pollutions, ou à encadrer plus sévèrement l’usage, dans les chaufferies, des bois dits « en fin de vie », issus du broyage de palettes ou de cagettes non traitées. « Et les connexes de scieries sont également sur la sellette », témoignait Claude Turbet, directeur adjoint de Cofely, producteur et exploitant d’énergie issue de biomasse. Ces bois ne sont pas majoritaires dans les chaufferies, qui utilisent en grande partie des plaquettes forestières. Mais, sous-produits de scieries ou matériaux recyclés, ils représentent une ressource moins onéreuse que le bois issu directement de la forêt. D’où un risque économique pour certaines chaufferies, argumentent les acteurs de la filière. Quant à une possible obligation de filtre antipollution, elle impliquerait des coûts hors de portée pour certaines chaufferies. « Nous avons six mois pour nous mettre d’accord », constatait Claude Turbet.
Au cours de cette journée, les acteurs de la filière ont par ailleurs soulevé plusieurs sujets qui freinent le développement de la filière bois énergie et sont autant de pistes de réflexion pour améliorer sa montée en puissance : le morcellement de la propriété forestière privée, le manque d’investissement dans la desserte des massifs forestiers et les plateformes, le renouvellement de la forêt ou encore la fiscalité énergétique. Ces sujets seront sans doute abordés à la rentrée. Patrick Falcone, conseiller technique « Forêt et environnement » au cabinet du ministère de l’Agriculture signalait que « sous l’égide du ministre, des réunions interrégionales devraient être organisées à la rentrée sur la compétitivité des filières agroalimentaires et de la filière bois ».

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