Face au risque d’une politique plus libérale que jamais, les représentants de l’agriculture française se veulent vigilants. Telle est la réaction générale constatée chez les organisations professionnelles agricoles (OPA). Cependant, la nature collégiale des décisions et le poids du conseil des ministres devraient, selon les OPA tempérer quelque peu l’ardeur libérale de la Commission.
«La vigilance est de mise », affirme-t-on à la FNSEA, qui ne veut pas afficher d’a priori sur les propositions de la future commissaire à l’agriculture. « Le fait que la commissaire à l’Agriculture soit une Danoise ne présuppose pas de la façon dont le dossier sera géré même si l’agriculture danoise est une agriculture économique très engagée sur l’aval », affirme la FNSEA. D’autant que « Mariann Fischer Boel n’a pas encore défini son programme et ses équipes ne sont pas encore constituées ». Néanmoins, dans les organisations spécialisées adhérentes de la FNSEA, on souligne le caractère très libéral de cette Commission. Xavier Beulin, président de la Fop (oléoprotéagineux), retient les attaques adressées aux soutiens à l’agriculture. De plus, selon lui, « si on se prive de l’export et qu’on ouvre les marchés européens à nos concurrents internationaux, ce n’est pas avoir une attitude conservatrice que d’affirmer que l’on va considérablement affaiblir l’agriculture européenne».
Renforcer le lobbying européen
Pour Christophe Terrain (président des maïsiculteurs), « cette nouvelle commission, à tendance très libérale, nous conforte dans notre volonté de nous organiser au niveau de la CEPM, Confédération européenne des producteurs de maïs. Il est très clair que nous avons nettement plus de crédibilité lorsque nous nous exprimons à Bruxelles au nom de tous les producteurs de maïs européens ». Le congrès de Lyon de l’AGPM en septembre va être l’occasion d’élargir cette confédération aux nouveaux Etats membres, notamment la Hongrie et la Pologne. Pour la CGB (Betteraviers), son directeur général Alain Jeanroy souligne lui aussi le caractère plus libéral de cette Commission. Il rappelle que « Mariann Fischer Boel s’est prononcée en faveur du projet de réforme de l’OCM sucre, en tant que ministre de l’Agriculture danoise. Mais il ne faut pas sous-estimer le Conseil des ministres, qui va avoir davantage d’ampleur dans le cadre de la Constitution ».
Pierre Chevalier (FNB) : « Perte d’indépendance alimentaire »
« On est face à une équipe de libéraux, et c’est très préoccupant ». Pierre Chevalier, le président de la Fédération nationale bovine (FNB), ne cache pas ses craintes à l’égard de la nouvelle Commission européenne. « La France va avoir à faire un travail de lobbying et d’explication de texte très important, et je vais moi-même y consacrer beaucoup de temps en tant que président de la commission “viande” du Copa », explique t-il. Pour le président de la FNB, les options libérales vont conduire l’Europe à perdre son indépendance alimentaire dans tous les secteurs de production. « Si un conflit international explose dans 10 ans en Amérique du Sud, l’Europe aura faim ! », lance t-il.
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APCA : « La collégialité va atténuer un peu le poids des pays »
« Il est clair que la nouvelle composition de la Commission européenne a donné les postes les plus importants aux pays du Nord », explique Luc Guyau, président de l’APCA. Il nous faudra être plus « attentifs», souligne-t-il. « I l est vrai également que les petits pays ont des responsabilités mais comme les décisions sont collégiales, le poids des pays s’atténue un peu», souligne Luc Guyau. Et la Commission européenne n’est qu’un seul élément décisionnaire au niveau de l’Europe. Au sujet de la place de la France dans cette nouvelle Commission, « il ne faut pas accuser les autres », poursuit le président. « Le poste du transport pour la France est plus important qu’il n’y paraît», rassure Luc Guyau.
Confédération paysanne : « La nomination de la commissaire danoise est une provocation »
La réaction des syndicats minoritaires est bien plus vive. « La nomination de la commissaire danoise à l’Agriculture est une provocation», estime René Louail de la Confédération paysanne. Elle défend une ligne politique prônant une agriculture « marchande et productiviste». Cette nomination pose un « véritable problème au niveau de l’orientation donnée à l’agriculture que soutient la commission européenne et de son image », prévient René Louail.
« L’Europe est ouverte au grand large du libéralisme,» regrette le président de la Coordination rurale François Lucas. « L’ambition de la commission est de sortir de la notion de préférence communautaire », avance François Lucas. Quant au Modef, son président Xavier Compain est persuadé que « pour la France, il sera plus dur de peser dans cette nouvelle architecture».