Abonné

Filières éthanol et biodiesel Les projets de Bruxelles inquiètent la filière des biocarburants

- - 5 min

Dès le 17 octobre, les filières françaises de l’éthanol et du biodiesel ont réagi aux propositions de révision de la politique de la Commission en matière de biocarburants, en évoquant des menaces sur l’emploi, l’approvisionnement en protéines pour le bétail et l’innovation pour passer de la première génération à la seconde.

Après les propositions de révision de la politique de la Commission en matière de biocarburants, les filières françaises de biocarburants évoquent des menaces sur l’emploi, l’approvisionnement en aliments protéiques pour le bétail, et sur l’innovation.
La filière française du bioéthanol, qui rassemble les producteurs de maïs (AGPM), de blé (AGPB), de betteraves (CGB) et les producteurs d’alcool agricole (SNPAA), estime que le plafonnement à 5% des biocarburants de première génération dans l’objectif européen de 10% d’énergie renouvelable dans les transports est « synonyme de menace forte sur l’emploi et l’investissement ».

Synonyme de régression de l’Europe

Ce plafonnement des biocarburants de première génération à 5% « met à mal la capacité de l’UE à atteindre son objectif de 10% d’énergie renouvelable dans les transports, en dépit des artifices comptables dans lesquels la Commission se hasarde (faire compter double ou quadruple les biocarburants de seconde génération) », a commenté Alain Jeanroy, directeur général de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). La filière bioéthanol française concerne aujourd’hui 5 000 emplois directs et indirects et a investi près d’un milliard d’euros dans cinq nouvelles usines.
Ce plafonnement est aussi synonyme « de régression de l’Europe sur la scène internationale », selon la collective. Sans les biocarburants de première génération, l’Europe « est dans l’incapacité » d’atteindre les objectifs du Paquet Énergie Climat « et augmente sa consommation de carburants fossiles, essentiellement importés ».
« Le signal lancé aux filières est : “ avant d’investir dans l’UE, sachez que les règles peuvent changer à tout moment ”. Curieuse conception du redressement industriel », a regretté Alain Jeanroy. 
« Une telle décision, explique un communiqué de la filière, si elle était validée par le Conseil et le Parlement Européen, impliquerait des fermetures d’usines et des pertes d’emplois », conclut la filière. La filière du bioéthanol européen « risque de disparaître alors qu’elle travaille aujourd’hui au développement du bioéthanol de 2e génération grâce aux investissements » de première génération.

Un revirement complet

De son côté, la filière du biodiesel considère que la proposition de directive sur les biocarburants représente « une véritable menace » pour cette filière. « S’il est adopté, ce texte aura des conséquences graves sur l’emploi, l’industrialisation des territoires et l’agriculture ».
Ce plafonnement « constitue un revirement complet » de la Commission et amène à s’interroger sur la cohérence de sa politique vis-à-vis des industriels engagés dans de lourds programmes d’investissement ». Sofiprotéol, le groupe industriel et financier de la filière oléagineuse française, « a ainsi construit des usines dimensionnées pour atteindre l’objectif de 10% ». En France, où le taux d’incorporation actuel est de 7%, « le passage à un taux de 5% entraînerait une baisse de la production de biodiesel de 30%, soit l’activité de trois sites industriels d’estérification », selon Sofiprotéol. 
« Le revirement de la Commission ne sera pas sans conséquence industrielle. Nous allons regarder à deux fois avant d’investir des centaines de millions d’euros dans de nouveaux projets », a averti Jean-Philippe Puig, directeur général de Sofiprotéol.
La proposition «  compromet également l’innovation dans des filières d’avenir, comme l’oléochimie, qui utilise la glycérine du biodiesel, ou comme les biocarburants de deuxième génération, dont le financement dépend de la 1ère génération »
Enfin, la proposition « constitue un risque pour l’indépendance alimentaire européenne » : la production de biodiesel assure en effet une co-production de tourteaux, protéines indispensables pour les animaux d’élevage et donc pour l’alimentation humaine. La baisse de la production de biocarburants de première génération accroîtra la dépendance de l’Europe, qui importe déjà 70% de ses protéines, essentiellement des tourteaux de soja d’Amérique du Sud et Nord.
Sur ce point important pour la filière du biodiesel, Jean-Philippe Puig insiste : « Nous alertons Bruxelles sur les difficultés d’approvisionnement en protéines végétales de l’Europe ; 60% de la matière première agricole utilisée pour la production de biodiesel deviennent des protéines végétales, les tourteaux, indispensables à l’alimentation animale et aux éleveurs ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.