Plusieurs pays de l’UE ont relayé, lors d’une première discussion sur la communication sur la politique de qualité des produits agricoles, le 2 juin, à Brno (République tchèque), les craintes des fabricants de produits sous appellations et de produits biologiques à l’égard du projet de simplification tous azimuts défendu par Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture.
Les premiers échanges sur la communication présentée le 28 mai dernier par la commissaire à l’agriculture ont été l’occasion pour plusieurs pays de l’UE de mettre en garde Mariann Fischer Boel, sur le fait que la simplification ne doit pas se traduire par une véritable « dérégulation ». Certains experts agricoles européens (CSA) se sont montrés sceptiques, le 2 juin à Brno (République tchèque), en marge du Conseil informel des ministres de l’agriculture, quant à l’idée de Bruxelles de fusionner les trois registres (vins, spiritueux et produits agricoles et denrées alimentaires) en une structure réglementaire unique. Ils redoutent qu’une telle mesure ne conduise à une uniformisation fatale à la spécificité de chaque type de produit.
D’autres Etats membres ont souligné la nécessité de favoriser les innovations, mais de ne pas noyer les consommateurs sous d’innombrables informations sur les produits qu’ils achètent. Malgré les divergences de vues entre les Vingt-sept, la présidence tchèque espère amener les ministres européens de l’agriculture à adopter des conclusions sur ce thème lors de leur prochaine réunion en Conseil, les 22 et 23 juin à Luxembourg. Ce texte devrait s’en tenir à des orientations très générales. Le CSA devait discuter à nouveau de ce dossier lors de sa réunion de lundi 8 juin.
Agriculture biologique et appellations « vaisseaux amiraux » de la qualité
A l’occasion d’un aparté, lors du Conseil informel, Mariann Fischer Boel s’est voulue rassurante sur l’avenir des indications géographiques et de produits issus de l’agriculture biologique qui « restent à (ses) yeux les vaisseaux amiraux des programmes européens ».
Pourtant, tout ne peut pas être fait par le biais de l’étiquetage et par la différentiation des produits, s’inquiète en substance l’IFOAM (Fédération internationale des mouvements de l’agriculture biologique) qui appelle la Commission européenne à « prendre ses responsabilités en créant des règles pour promouvoir un système agricole plus durable ». L’organisation craint que le message véhiculé par le label bio soit « compromis » en raison du nombre conséquent de nouveaux labels évoqués par la Commission, ne ciblant qu’un aspect particulier de la production (montagne, empreinte carbone, équitable, etc.).
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Gestion des volumes
De leur côté, les producteurs d’appellations regroupés au sein de l’organisation Origin estiment que la communication de la Commission n’est qu’une réponse partielle aux enjeux liés à la qualité. Ils « regrettent » notamment l’absence de proposition concrète sur le rôle que pourraient jouer les organisations de producteurs dans la gestion de leurs indications géographiques et « notamment en matière de gestion des volumes de production ». « Alors que les organisations de producteurs sont au cœur du système, la réglementation européenne ne leur reconnaît aucun rôle dans la gestion des indications géographiques. Dans le cadre d’un marché de plus en plus compétitif, nous estimons que, comme les titulaires de marques, les organisations de producteurs d’indications devraient avoir la possibilité de jouer un rôle dans la gestion de la production ainsi que dans la protection et la promotion. Il s’agit d’un point indispensable si nous voulons pouvoir préserver la qualité et la réputation de nos produits », défend Stefano Tedeschi, président du Consorzio del Prosciutto di Parma et vice-président d’Origin.
De même, les producteurs de vins d’appellation d’origine estiment que « les indications géographiques ont besoin de pouvoir gérer une croissance raisonnable pour maintenir leur réputation et contribuer au dynamisme économique et social de nombreuses régions européennes ». « Sans cette possibilité, le secteur entier est à la merci de la logique industrielle qui privilégie la quantité à la qualité », met en garde leur représentant italien, Riccardo Ricci Curbastro, (Federdoc).
Refus d’un registre unique des appellations
De plus, les professionnels s’opposent à la création d’un registre unique des appellations. « La simplification est évidemment un objectif à poursuivre. Les producteurs demandent une simplification du système depuis longtemps car les délais d’enregistrement sont encore trop longs et le niveau de transparence pourrait être amélioré davantage », fait remarquer Origin. Toutefois, « nous considérons que la fusion des concepts d’AOP et d’IGP ne contribuerait pas à cet objectif et enverrait un mauvais signal aux producteurs. Ce dont nous avons besoin c’est d’un système plus cohérent qui mette en valeur les spécificités des deux concepts », explique Jose Enrique Garrigos, autre vice-président de l’organisation.