Le CIUS représente à Bruxelles quelque 3 000 entreprises utilisatrices de sucre qui achètent 70% du sucre consommé dans l’UE. Le secrétaire général de l’organisation estime qu’avec le projet de réforme du régime sucre tel que la Commission européenne l’a présenté, il y a de « fortes chances » pour que le prix du sucre reste inchangé.
Agra Industrie : Après la présentation du projet de réforme du régime sucre vous vous dites : « Mission accomplie » ?
Alain Beaumont : On ne réforme pas un tel régime en une fois. La réforme transitoire présentée par la Commission européenne doit être réexaminée comme prévu en 2008, car aujourd’hui nous restons sur notre faim ! Si nous accueillons positivement les propositions de M. Fischler, nous estimons qu’elles sont un peu « courtes » pour ce qui est d’introduire de la concurrence entre les fabricants de sucre. Il faut que les idées présentes dans la communication soient concrétisées et surtout que cesse la situation de collusion tacite entre les opérateurs. Songez qu’avant l’élargissement, dans neuf pays sur quinze, ils étaient en situation monopolistique.
A.I. : La suppression du prix d’intervention et la mise en place d’un prix de référence à 421 euros/tonne, c’est tout de même une baisse considérable ?
Alain Beaumont : Bien sûr, mais le prix ne règle pas tout. Il y a aussi le niveau de qualité et de service. Nous souhaitons les négocier avec les producteurs de sucre. De plus, les entreprises qui disposent de plusieurs usines devraient aussi avoir la possibilité de passer des contrats globaux au niveau européen pour leurs achats de sucre. Ce n’est aujourd’hui pas le cas.
A.I. : Vous n’êtes donc pas entièrement satisfait du prix du sucre de référence fixé par Bruxelles.
Alain Beaumont : Rien ne garantit qu’il sera atteint. Le prix du sucre actuel est bien au-dessus du prix d’intervention. Et les mécanismes d’intervention n’ont que très rarement été utilisés dans l’histoire du régime. Sans action volontaire pour que le cours soit amené au niveau de référence, il y a de fortes chances pour qu’il reste trop élevé. Évidemment, le sucre en provenance des Pays les moins développés sera un élément qui pourra agir sur le marché. Mais cela est insuffisant. En l’absence de la suppression des quotas, deux mécanismes devraient pouvoir être actionnés : la suppression au moins temporaire du soutien à l’exportation et la baisse des tarifs d’importation.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
A.I. : Les fabricants de sucre estiment que le prix de 421 euros/tonne ne couvre même pas leurs frais de production. Qu’en pensez-vous ?
Alain Beaumont : C’est probablement vrai pour les producteurs qui ne sont pas compétitifs. En revanche, pour les producteurs compétitifs, c’est le cas. Certains d’entre eux vendent déjà au prix moyen de 400 euros la tonne. Malheureusement, ce sont nos concurrents, sur les marchés mondiaux, qui bénéficient de prix bas. Les fabricants de sucre devraient en faire bénéficier leurs clients européens !
A.I. : Les petits utilisateurs ne seront-ils pas désavantagés par rapport aux grands acheteurs de sucre, dans la négociation avec les fabricants ?
Alain Beaumont : Peut-être mais nous devrons être attentifs : si le prix de référence n’est pas atteint pour les petits opérateurs, la Commission européenne devra abaisser les tarifs d’importation.