Démocrates chrétiens : sécurité et sûreté alimentaires
Défense de la sécurité et de la sûreté alimentaires : telle est l’une des dix priorités du groupe PPE-DE (Parti populaire européen - Démocrates européens) pour qui l’Europe doit avoir le double objectif de nourrir les Européens de façon indépendante et saine. Selon ce groupe politique, l’UE devra contribuer à doubler la production alimentaire mondiale pour répondre aux besoins de 3,5 milliards d’êtres humains supplémentaires d’ici 2050. Afin d’atténuer le risque de pénurie mondiale et pour sauvegarder son indépendance alimentaire, l’Europe va devoir produire davantage tout en produisant efficacement et durablement.
Pour y parvenir, le groupe PPE-DE recommande : la levée permanente de toutes les jachères au sein de l’UE ; l’établissement de stocks régulateurs de denrées alimentaires ; le passage accéléré à la production et à l’utilisation d’une bioénergie de deuxième génération ; la recherche et le développement de nouvelles technologies (y compris les produits génétiquement modifiés) pour l’alimentation humaine et animale.
En revanche, le PPE-DE se montre beaucoup plus circonspect à l’égard de l’agriculture biologique. Il demande que l’on procède à « l’étude de l’influence de l’agriculture biologique dans la diminution de la production alimentaire ». « A l’évidence, est-il encore écrit dans ce manifeste, la production d’aliments biologiques doit être admise, mais ces procédés nécessitent une superficie supérieure à l’agriculture traditionnelle pour produire une même quantité.
Par ailleurs, le PPE-DE accorde une attention particulière au droit des consommateurs de prendre leurs propres décisions, notamment via une législation efficace sur l’étiquetage des aliments, les allégations nutritionnelles et de santé et les aliments génétiquement modifiés. Le groupe est notamment favorable au renforcement de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et défend une politique de normes européennes avec, comme corollaire, l’application de sanctions sur les produits importés en cas de non-respect des règles sanitaires européennes.
Socialistes européens : Pac « moderne » et révision de la directive biocarburants
Le Parti socialiste européen (PSE) se prononce pour une Pac « moderne » qui « consacre le rôle de l’agriculture » dans la protection de l’environnement, la garantie de la qualité alimentaire et de la sécurité d’approvisionnement, la préservation du paysage ainsi que le bien-être animal et végétal. Il souligne que les bio-combustibles « ne doivent pas compromettre la production alimentaire européenne et mondiale, l’intégrité de l’environnement, ni la biodiversité » et demande une révision en ce sens de la directive sur les biocarburants.
S’agissant justement de la lutte contre le changement climatique, le manifeste du PSE pour les élections européennes préconise l’instauration d’une directive qui « définisse les objectifs et les plans d’action pour tous les secteurs encore non couverts par les textes existants », dont l’agriculture et l’alimentation.
Sur le plan international, les socialistes sont favorables à « la révision des règles de décision, du mandat et du fonctionnement de l’Organisation mondiale du commerce ». « Face à la crise alimentaire mondiale », ils proposent de « coopérer pour faire échec à la spéculation sur le prix des denrées alimentaires, et de soutenir la sécurité alimentaire de tous les pays par une conception renouvelée des aides et des systèmes de production agricole ».
Enfin, le PSE veut « agir pour la diffusion des produits du commerce équitable en Europe ».
Les socialistes français et la redistribution des aides directes
La Pac doit être « totalement repensée » pour devenir une « politique agricole et alimentaire commune des territoires européens (PAACTE), écrit, sous la plume de Stéphane Le Foll, la délégation socialiste française sortante du Parlement européen. Celle-ci dénonce le fait que les changements apportés jusqu’à maintenant à cette politique ont « tous, sans exception, visé à rapprocher l’agriculture du marché, et ce par la déréglementation et par la déconnexion du soutien public de la production à travers les aides découplées ».
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Les socialistes français proposent de procéder, au niveau régional, au classement des exploitations « en fonction de leur performance de durabilité ». Sur cette base, chacune d’elles se verrait attribuer un « éco-certificat ». Une grande partie des aides directes actuelles serait alors distribuée sur la totalité des surfaces agricoles utilisables de chaque exploitation « et à un niveau directement lié à la qualité de son éco-label ».
Parallèlement, la délégation socialiste française sortante juge « toujours nécessaire » une régulation des marchés, avec les outils suivants : constitution de stocks stratégiques de sécurité, mécanismes publics pour faire face aux crises, régulations par les entreprises, les organisations des filières, les interprofessions et la coopération, clause de sauvegarde pour respecter le principe de préférence communautaire.
Enfin, elle estime que le développement rural devrait être rattaché à la politique de cohésion territoriale afin de parvenir à une meilleure coordination de toutes les politiques sectorielles de l’UE qui ont un impact sur les territoires.
Libéraux : derrière Mariann Fischer Boel, sans les Français (Modem)
Les candidats du Parti libéral-démocrate européen (ELDR) rappellent que l’actuelle commissaire européenne l’agriculture, Mariann Fischer Boel, appartient à leur famille politique. Ils ne disposent pas de relais partout en Europe : la France et le Portugal leur font notamment défaut, même si les députés français du Modem ont jusqu’à présent siégé au sein du même groupe parlementaire, l’Alliance des libéraux et des démocrates (ALDE).
Parfaitement en phase avec l’orientation imprimée par Mariann Fischer Boel à la Pac ces dernières années, les Libéraux prônent la « poursuite de la réduction du budget de la Pac au-delà de 2013 ». Ils promeuvent « activement » une « réforme ambitieuse (…) au sein d’un cadre multilatéral (OMC) ». « Cette réforme permettra aux agriculteurs de l’UE d’être concurrentiels sur un marché mondial libéralisé, de mieux répondre à la demande mondiale croissante de produits alimentaires éco-responsables, d’investir dans la recherche sur les énergies renouvelables, y compris les biocarburants durables nouvelle génération, et de garantir l’approvisionnement alimentaire à long terme ».
De son côté, le centriste français, François Bayrou, appelle au contraire l’Europe à résister au modèle néo-libéral et prône une « vision politique nouvelle et volontaire » pour l’agriculture. La Pac doit à la fois poser la question « des productions agricoles et celle des paysans », estime-t-il. « Le but que nous nous fixons, explique-t-il, c’est celui d’arrêter de voir le tissu agricole se défaire, se déliter et se dissoudre, pour défendre un nombre de paysans et d’exploitations familiales suffisant pour que la culture agricole de la France subsiste ». Il veut notamment que soit « restaurée l’organisation des marchés », selon lui, « seul moyen d’obtenir des prix convenables ».
Verts : les anti-OGM contre l’ « irresponsabilité agricole »
Les Verts européens appellent l’UE à prendre une « nouvelle direction », proposent un « new deal » écologique. Leur programme défend une « approche plus durable vis-à-vis de nos ressources agricoles », une démarche jugée « vitale pour notre bien-être, la santé de nos écosystèmes et la richesse de la biodiversité ». Selon les écologistes, « la Pac a encouragé l’irresponsabilité agricole, l’agro-industrie dictant les conditions du marché et orientant la production pour profiter au maximum des subventions, indépendamment des conséquences environnementales ».
La réforme de la Pac doit se traduire par une réorientation, de façon à soutenir les agriculteurs et à les encourager à produire de la nourriture de qualité de manière durable. Les Verts dénoncent les « élevages industriels » et les risques qu’ils font courir pour la santé humaine, et plaident pour un renforcement des normes de bien-être animal. De plus, « en lieu et place de l’offre limitée » que l’industrie alimentaire propose aux consommateurs, ils demandent un accès « à une alimentation saine à des prix équitables », l’interdiction « fondamentale » des OGM, le développement de l’agriculture biologique. Ils prônent le développement de circuits de commercialisation courts.
De façon plus générale, ils proposent d’œuvrer en faveur d’une « Europe responsable » qui « protège les systèmes sociaux et les conditions de travail des pressions exercées par la concurrence féroce et débridée en Europe et au-delà ». « Il faut entreprendre une révolution des ressources », lancent-ils, soulignant qu’il n’est « pas envisageable de poursuivre les activités économiques comme avant ». Les Verts veulent que l’UE s’engage à réduire ses émissions de 40% d’ici à 2020 (contre 20 %) et de 80 à 95 % d’ici à 2050. Autre objectif proposé : la création de 5 millions « d’emplois verts » en Europe au cours des cinq prochaines années.