Alors que l'UE et le Canada s'efforcent de préciser les termes de leur accord de libre-échange, les éleveurs et le commerce de la viande européens redoutent que la Commission de Bruxelles accepte un mode de gestion des contingents d'importation de viandes qui, selon eux, serait catastrophique pour leur secteur. Leur inquiétude est partagée par des députés européens.
DANS une lettre adressée au commissaire à l'agriculture Dacian Ciolos, l'Union européenne du commerce du bétail et de la viande (UEVBV) et les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca) « plaident fortement » pour que les quotas tarifaires d'importation de produits sensibles qui vont être consentis au Canada dans le cadre de l'accord de libre-échange entre ce pays et l'Union soient gérés par le biais d'un régime de certificats. Une démarche identique et dans les mêmes termes a été effectuée par quatre députés européens, Michel Dantin, Luis Capoulas Santos, George Lyon et Maired McGuinness.
La production de haute qualité menacéeL'élimination des droits de douane prévue par l'accord « économique et commercial global » entre l'UE et Ottawa, dont les éléments essentiels ont été conclus le 18 octobre dernier (1), se traduira par l'accès en franchise sur le marché communautaire de 50 000 tonnes (équivalent carcasse) de viande bovine (sans hormones) et 75 000 tonnes de viande porcine (sans ractopamine) canadiennes. Le libre accès sera parallèlement accordé au Canada pour les abats, le suif, les produits d'équarrissage, les produits transformés à base de bœuf et de porc, les cuirs et les peaux.
C'est le segment de la production à forte valeur qui sera affecté par ces importations dans l'UE, où la viande bovine de haute qualité représente quelque 700 000 tonnes sur une production globale de viande de 8 millions de tonnes, soulignent l'UECBV et le Copa-Cogeca. Et, si cette catégorie de viandes bovine et porcine n'équivaut qu'à moins de 10 % du total en volume, elle assure plus de 30 % des revenus tirés du marché.
Des certificats, pas de « premier arrivé, premier servi «« Il semble évident que les négociateurs canadiens vont réclamer une gestion fluide qui leur permette de remplir les quotas d'importation tarifaires sans coût de transaction à un rythme qui leur convient, c'est-à-dire la formule du premier arrivé, premier servi », estiment les deux organisations. « Dans un tel scénario, nous sommes profondément préoccupés par le risque d'importations massives de produits dans le cadre de ces quotas et de concentration sur une période courte qui déstabiliseraient sérieusement le marché de l'UE et exerceraient une pression sur les prix », poursuivent-elles.
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L'UECBV et le Copa-Cogeca rappellent aussi que les entreprises canadiennes du secteur de la viande sont « beaucoup plus » puissantes que celles de l'UE, que la solution qui sera trouvée avec Ottawa sera « une base » pour les négociations techniques à venir avec les États-Unis et, plus que probablement, avec le Mercosur, et que la question de l'harmonisation du système du premier arrivé, premier servi est encore en cours de discussion à l'OMC.
Dans ces conditions, les deux organisations « plaident fortement » pour que les quotas d'importation tarifaires pour les produits sensibles soient administrés selon le régime des certificats d'importation, afin de permettre aux éleveurs de l'UE « d'anticiper ce que peut réserver l'avenir et d'adapter leur production en fonction ». Sinon, insistent-elles, c'est l'ensemble des marchés communautaires du bœuf et du porc qui sera « déstabilisé ».
(1) Voir n° 3419 du 28/10/13