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Stratégie Les recettes de la lutte contre la faim : l'agriculture en première ligne

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Le progrès global de la lutte contre la faim dans le monde, la réussite exemplaire de certains pays ou régions et, malheureusement, les échecs dans d'autres… autant d'éléments qui permettent aux analystes de la FAO de définir « les moteurs du changement » en matière de lutte contre la malnutrition. Pour l'essentiel, les deux facteurs principaux semblent : 1. les progrès de l'agriculture, qui permettent de produire plus d'aliments tout en améliorant le revenu des classes rurales les plus pauvres ; 2. Le développement des systèmes de protection sociale.

Quelles sont les « recettes » qui permettraient d'adopter une stratégie générale de lutte contre la faim dans le monde ? La FAO se garde bien de s'exprimer en ces termes. Il n'empêche : dans son rapport annuel, l'agence de l'ONU défini les moteurs de la lutte réussie contre la faim. En bonne place figurent les progrès des agricultures locales. La raison est double : la meilleure productivité de l'agriculture permet de produire plus de denrées destinées notamment aux citadins. « Une productivité améliorée des ressources agricoles qui mise sur une intensification durable est déterminante pour accroître les disponibilités alimentaires », affirme le rapport de la FAO. Mais celle-ci insiste sur l'aspect durable de cette intensification : gestion durable de la terre, conservation des sols, gestion de l'eau améliorée, systèmes agricoles et agro forestiers diversifiés.

Importations non pénalisantes

Si la FAO ne remet pas frontalement en cause le rôle des importations, qui peuvent augmenter la quantité disponible de nourriture, c'est à condition qu'elles ne pénalisent pas les productions locales.

La seconde raison pour laquelle l'amélioration de l'agriculture locale est si importante est que les plus mal nourris se trouvent en général dans les zones rurales et agricoles. « Lorsque la productivité augmente, les agriculteurs produisent davantage d'aliments, deviennent plus compétitifs et bénéficient d'un surcroît de revenu », explique logiquement la FAO. Ce revenu se diffuse dans la région, crée de l'emploi. Exemple et contre-exemple : « En 2010-2013, la valeur ajoutée moyenne par travailleurs dans l'agriculture en Afrique subsaharienne se chiffrait à 1 199 dollars tandis qu'en Asie de l'Est et en Amérique latine elle avait atteint 15 300 et 6 000 dollars. » La FAO insiste aussi sur la nécessaire parité homme-femme notamment dans les zones rurales, celles-ci jouant un rôle important dans la génération des revenus.

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Tous ces éléments constituent ce que l'organisation de l'ONU appelle une croissance inclusive. La croissance économique n'a d'effet sur l'alimentation que si elle inclut parmi ses bénéficiaires les populations les plus déshéritées.

Systèmes de protection sociale

Un phénomène qui explique la seconde condition à la réduction de la malnutrition : l'existence de systèmes de protection sociale. Ceux-ci « ont été décisifs dans un certain nombre de pays en développement ». Ils ont permis d'améliorer la sécurité du revenu et l'accès à une meilleure nutri-tion. Les compléments de revenu ont été, parfois, conditionnés à un effort des bénéficiaires, par exemple pour scolariser les enfants (Brésil).

Enfin, la FAO insiste aussi sur le fait que bon nombre de pays n'ont pas connu de progrès alimentaires en raison de situations de guerre ou de catastrophe naturelle. « Il faut donc, affirme l'agence, une volonté politique forte pour s'attaquer aux causes profondes de ces crises et les actions doivent se concentrer le traitement de la vulnérabilité, le respect des droits humains fondamentaux. Si l'inégal accès à l'eau et à la nourriture provoque souvent des conflits, les conflits eux-mêmes engendrent une situation de sous-nutrition généralisée.