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Région Les recrutements sur mesure avec l'Ifria Paca

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Pour tenter de pallier les difficultés de recrutement dans les industries régionales, l'Ifria Paca a développé un accompagnement sur mesure des entreprises et des candidats à l'embauche. Le dispositif mobilise l'ensemble des structures régionales, de l'emploi, de la formation et de l'accompagnement des entreprises des IAA régionales.

Les responsables de l'Ifria Paca sont confrontés aux sempiternels poncifs et dialogues de sourds sur le recrutement dans les IAA. Avec, d'un côté, de très nombreux demandeurs d'emploi qui véhiculent l'idée que le travail dans l'industrie agroalimentaire est inintéressant, mal payé, répétitif, posté, exposé au bruit, à la chaleur et au froid. Et d'autre, part, des chefs d'entreprise qui estiment que Pôle emploi n'est pas à la hauteur, que le système éducatif ne propose pas assez de conducteurs de ligne formés, qu'il faut un ingénieur alors qu'un technicien aurait suffi, que les jeunes ne sont plus motivés comme avant… « Face à une incompréhension réciproque, notre équipe a décidé, il y a plus de deux ans, de mettre tout en œuvre pour trouver des solutions pratiques », assure Emmanuel Esteban, directeur de l'Ifria Paca, basé sur Avignon.

Si la sécurisation des parcours professionnels est proposée par de nombreuses structures partout en France, l'Ifria Paca a développé une formule unique dans l'Hexagone. L'entreprise lui expose son problème de recrutement. Les équipes de l'institut se chargent alors de l'intégralité du dossier, utilisent tous les outils à leur disposition et apportent une solution sur mesure et clé en main qui met toutes les chances de son côté pour déboucher sur un emploi durable. Ailleurs, les recruteurs se voient proposer souvent un catalogue de procédures.

MCCORMICK TENTE L'EXPÉRIENCE

Fin 2014, McCormick, qui était à la recherche d'une dizaine de conducteurs de ligne à recruter pour l'été 2015, a tenté l'expérience. « Nous nous sommes adressés à l'Ifria, explique Muriel Stotz, responsable formation et développement McCormick France. Nous avons formulé la demande, rappelé le contexte de travail, le profil des personnes recherchées, les compétences demandées. Ensuite, l'Ifria s'est quasiment occupé de tout ». Pour relever le challenge, l'institut a développé une procédure propre : « Dans un premier temps, nous allons chercher les profils correspondants auprès de la dizaine de structures pédagogiques avec lesquelles nous sommes partenaires comme les CFPPA pour le niveau brevet professionnel, les centres de formation de la métallurgie ou des chambres de métiers pour les BTS, l'université pour les licences, assure Magali Oltra, responsable des formations en alternance à l'Ifria Paca. Quand nous ne les trouvons pas dans les centres de formation, nous travaillons avec Pôle Emploi, les missions locales, voire passons des annonces sur le Bon Coin ». Muriel Stotz souligne la capacité de l'Ifria à aller débusquer des talents très variés, parfois très éloignés du marché du travail et des codes sociaux qui favorisent l'employabilité.

ACCOMPAGNEMENT SUR MESURE

Magali Oltra, et Florence Devemy, responsables de la formation continue à l'Ifria Paca, travaillent avec le candidat sur ses compétences et ses motivations, testent ses habiletés pour assurer le poste et l'informent clairement sur les avantages et contraintes d'un travail dans un milieu industriel agroalimentaire. Puis elles organisent une première rencontre avec le recruteur. Si l'accord se fait, l'Ifria organisera un cursus sur mesure pour que la personne pressentie soit pleinement intégrable dans l'entreprise. Avec au programme une évaluation des compétences, des stages, des formations, parfois des modules MSF (maîtrise des savoir-faire fondamentaux) et les financements. « L'Opcalim est particulièrement mobi-lisé dans le cadre de la sécurisation des parcours professionnels, souligne Muriel Stotz. Dans notre cas, les demandeurs d'emploi ont bénéficié de formations dans le cadre d'un POEI (Préparation opérationnelle à l'emploi individualisé). L'Ifria a accompagné certains de nos collaborateurs dans nos ateliers pour qu'ils intègrent leur posture de tuteur pour accompagner les personnes en formation pendant leurs périodes de stage ».

Après leurs 80 heures de formation en moyenne, les candidats confirmés ont été recrutés par McCormick et ont suivi le même parcours d'intégration interne que tous les autres opérateurs recrutés en direct. A ce jour, la moitié des présélectionnés du début sont en poste dans l'entreprise.

PERSÉVÉRANCE

« Lors de l'accompagnement, nous sommes très vigilants sur les pannes de motivation de la part notamment de jeunes qui sont restés encore de grands adolescents, reprend Magali Oltra. Nous prenons un rôle de médiateur avec leurs employeurs pour permettre aux deux parties de s'ajuster ». Emmanuel Esteban souligne que les entreprises recherchent avant tout des opérateurs et des agents de maîtrise. « Les postes les plus difficiles à pourvoir concernent les personnes que nous allons former vers le brevet professionnel, reprend Magali Oltra. Les entreprises réclament des personnes majeures pour travailler en horaires décalés sur des machines, autonomes en termes de mobilité pour rejoindre l'usine aux heures et sur des sites où les transports en commun font défaut. Nous trouvons des personnes essentiellement en réorientation professionnelle ou des travailleurs handi-capés. Nous travaillons beaucoup sur le savoir-faire comme le savoir-être ». L'Ifria accompagne parfois ces publics dans l'obtention de leur permis de conduire.

Pour les spécialistes de la maintenance, l'Ifria s'appuie beaucoup sur les formations en alternance dans les CFA. « En 2014, j'ai réalisé une étude auprès de quatorze responsables de maintenance dans l'agroalimentaire qui m'ont affirmé que le niveau BTS était le mieux adapté à leurs attentes, ajoute Magali Oltra. Pour eux, peu importe si les personnes ont suivi un cursus dans l'agroalimentaire, la chimie ou la métallurgie. Au contraire, la diversité des étudiants est une richesse ».

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Industrie agroalimentaire
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Pour répondre à la demande des entreprises sur les fonctions transversales qui réclament plus de qualifications comme les ressources humaines, la logistique, le marketing ou la maintenance, l'Ifria favorise le travail à temps partagé. Les salariés travaillent en entreprise au travers du groupement d'employeurs Géode porté la Friaa (Aria Paca), spécialisé dans les métiers de l'agroalimentaire en Paca. Enfin, la mission de l'Ifria, soutenue par la Friaa et le Critt IAA Paca, s'adresse également au dirigeant d'entreprise. « Nous l'accompagnons parfois dans son changement de posture face au candidat à l'embauche, reprend Emmanuel Esteban. Le chef d'entreprise doit parfois changer de point de vue sur le salarié, être persuasif et transmettre la vision de son entreprise comme il le fait avec son banquier ou ses clients ». Le rapprochement demande des efforts de part et d'autres.

SUIVI DES JEUNES : UN PARCOURS SÉCURISÉ

Après un BEP et un bac pro en maintenance industrielle et de nombreux stages dans l'agroalimentaire, Anthony Juan a voulu obtenir son BTS en poursuivant ses études au CFAI 84. Ce dernier souhaitant demeurer dans la filière, le centre de formation gérée par la Métallurgie l'a orienté vers l'Ifria. Quand il a envoyé sa demande d'emploi en alternance à la Chocolaterie Castelain située dans le Vaucluse, l'institut l'avait déjà recommandé à l'entreprise.

« Nous prenons le temps d'intégrer nos personnels en nous mettant à leur portée », assure Serge Edmond, directeur général de Castelain. Jacky Macaluso, responsable de la maintenance, a pris Anthony sous son aile. « Avant de mettre un jeune diplômé sur une ligne, je lui propose d'effectuer des calculs de mesures sur nos machines pour qu'il fasse le pont entre ses connaissances théoriques et le fonctionnement des chaines de fabrication ». Anthony Juan obtient son BTS. L'entreprise Castelain, à regret, ne disposait pas d'une charge de travail suffisante pour le garder. « Dès lors, je ne me faisais aucun souci pour trouver du travail, assure Anthony Juan. Aidé par l'Ifria, j'ai envoyé mes candidatures. Lorsque j'ai été reçu par les responsables de la Maison du Bon Café dans les Bouches-du-Rhône, son CV, m'avait là aussi précédé grâce à l'Ifria ». Depuis deux ans, sous la houlette de son responsable de production, il gère huit personnes sur la ligne de confection de thés de l'entreprise.

TRAVAILLEURS HANDICAPÉS : QUAND UNE FAIBLESSE DEVIENT UNE FORCE

L'an dernier, en pleine mise en place de toutes les procédures consécutives à l'obtention de son IFS, Sandrine Facon, ingénieure, responsable qualité de la conserverie Davin (25 salariés, 5 M€ de chiffre d'affaires) à Carpentras, a dû remplacer son assistante. « Nous nous sommes alors tournés vers l'Ifria, explique-telle, car j'avais besoin d'une personne pour m'accompagner dans les opérations de contrôle et de traçabilité quotidiennes ». Après une étude de l'institut,quelle ne fut pas la surprise de Sandrine Facon et de Serge Davin, dirigeant de l'entreprise, de se voir proposer une personne atteinte d'un handicap, en cours de formation en BTS. « Nous l'avons prise en stage, puis en alternance, rappelle Sandrine Facon. Un spécialiste du handicap de l'Ifria nous a accompagné pendant toute cette période ». En fait, cette salariée est atteinte d'une forme d'autisme (Asperger) qui affecte le décodage des situations de la vie quotidienne et nécessite un ac-compagnement pour être guidée dans sa difficulté à décrypter les relations sociales. « Nous passons beaucoup de temps à lui expliquer les procédures, mais une fois acquises, cette personne que nous avons finalement recruté en CDD en septembre, fait preuve d'une rigueur et d'une assiduité exceptionnelles, reprend Sandrine Facon. Ce handicap, qui apparaissait comme une faiblesse, est une force dans les fonctions de suivi de qualité que nous lui avons confiées ». L'Ifria a été particulièrement tenace dans cette insertion. Le premier employeur de cette salariée avait arrêté son contrat en alternance en cours. De son côté, dans le passé, la Conserverie Davin avait essuyé un échec avec un précédent travailleur atteint d'un handicap qui demandait trop d'encadrement au quotidien. Serge Davin se félicite « de ce recrutement qui nous met également en conformité avec les règles en termes d'emploi des handicapés ».

DÉFINITIONS

Friaa : L'Ania, déclinée localement Aria, se nomme en Paca, pour des raisons historiques, Friaa, pour Fédération des industries agroalimentaires. Basée sur Avignon sur le technopôle d'Agroparc dédié aux IAA et non dans la capitale régionale, la Friaa a pour mission de promouvoir et défendre le tissu agroalimentaire local depuis 1988.

L'Ifria : L'institut régional de formation des entreprises agroalimentaires forme des alternants et des demandeurs d'emplois aux métiers de la filière. Près de 300 personnes suivent des formations continues ou en alternance. L'Ifria Paca s'est également donné pour mission, par diverses actions comme Alimenscène, d'assurer la promotion de ces métiers auprès de divers publics (jeunes, demandeurs d'emploi) pour pallier le manque de vocations.

Critt IAA Paca : le Centre régional d'innovation et de transfert de technologies alimentaires accompagne les entreprises régionales dans l'amélioration de leur performance technique par des solutions sur mesure assurées par des experts et des mises en réseau.

Le CFAI 84 : Egalement installé sur Agroparc, ce centre de formation appartient à la métallurgie (IUMM). Il forme des jeunes du certificat de qualification paritaire de la métallurgie au diplôme d'ingénieur, en passant par les BTS et la licence. Ces diplômés intègrent des entreprises de la métallurgie, de la chimie mais aussi des IAA comme conducteurs de ligne ou agents de maintenance.

DES TECHNICIENS MIEUX RÉMUNÉRÉS EN PACA

En partenariat avec le Cabinet C&B Alternative, la Friaa révèle que l'industrie régionale offre un revenu à ses techniciens de maintenance supérieur au niveau national, avec un salaire médian de 37 289 € contre 36 714 € dans l'Hexagone, pas loin du revenu d'un responsable d'équipe (38 519 €), quant à lui moins bien rémunéré que ses collègues sur l'ensemble du pays (41 526 €). Un technicien de niveau 2 touche autant qu'un responsable d'équipe voire plus.

En Provence Alpes-Côtes d'Azur, les IAA emploient 15 000 personnes, des hommes en majorité, dont 24 % dans les 15 premières entreprises du secteur essentiellement concentrées sur deux départements, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. La région compte quelques établisse-ments employant plus de 250 personnes comme Haribo, Liebig, Ricard, Mc Cormick, Agis, Coca-Cola mais aucun au-dessus de 500 collaborateurs. Parmi les 1 363 entreprises régionales du secteur, 83,2 % comptent moins de 9 salariés.

La moitié des offres concernent les Bouches-du-Rhône suivi du Vaucluse (un quart) avec les trois quarts pour des postes dans le commerce, la production et la maintenance en proportions identiques. Par contre, 40 % des offres d'emploi sur les Alpes Maritimes concernent des métiers du commerce. Les trois quart des postes proposés sont en CDI, mais 55 % des offres en maintenance restent des CDD. En Paca, un emploi dans l'agro-alimentaire génère 2,52 emplois dans le reste de l'économie.