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Agriculture et environnement Les « Rencontres Farre », ou plus d’innovation pour plus d’environnement

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La révolution environnementale de l’agriculture passe par plus d’innovations plutôt que par le retour à l’agriculture traditionnelle. C’est ce qu’ont voulu montrer des participants aux 13e rencontres Farre le 19 janvier autour de trois tables rondes réunissant scientifiques, ingénieurs et agriculteurs.

«L’agriculture est une industrie », insistait Gilles Lemaire, non sans surprendre quelques personnes. Une manière pour le président du conseil scientifique de Farre (Forum de l’agriculture raisonnée) d’expliquer qu’en agriculture les processus d’innovation peuvent être similaires à ceux de l’industrie. Cette innovation est, à entendre la plupart des intervenants, rendue indispensable face au défi de l’environnement. Ainsi, Jean Boiffin, directeur de recherche à l’Inra, plaidait pour un retour en force des agronomes dans, par exemple, la conception des variétés de plantes résistantes. Et de regretter que, depuis bon nombre d’années, l’étude des phytosanitaires est exclue de la formation des agronomes. L’agronomie territoriale, la biologie des sols doivent être selon lui des disciplines relancées. Autrement dit, ne pas laisser l’essentiel de l’innovation en agriculture aux chimistes et biochimistes.

Moins de méthane pour les ruminants
Jean-Paul Bordes, d’Arvalis, expliquait à son tour comment des technologies comme la génomique permettaient d’accélérer la sélection sans forcément passer par des OGM en tant que tels. Le phénomène est similaire en sélection animale : selon le président de l’UNCEIA Serge Paran, la génomique laisse pressentir des sélections spectaculaires permettant peut-être, demain, de réduire les émissions de méthane (gaz à effet de serre) de la part des ruminants (en utilisant le gène des kangourous, seuls ruminants qui n’émettent pas de méthane) ; ou encore de donner naissance à des bêtes sans corne, phénomène précieux en matière de bien-être animal. L’objectif de Serge Paran est avant tout d’œuvrer en faveur du revenu des paysans. Mais, indirectement, il travaille donc aussi pour la société et les enjeux environnementaux. Si une conclusion pouvait être tirée de cette journée de débats, c’est que les besoins des agriculteurs et ceux de la société sont moins contradictoires qu’il n’y paraît.

Energiculteur
Exemple : la démarche d’un éleveur de bovins producteur de lait en Seine Maritime, Philippe Dilard. En voulant se diversifier par rapport à une production laitière difficile, ce Normand se transforme en producteur d’énergie, énergiculteur, comme il dit. Et d’investir dans le biogaz, le photovoltaïque, le traitement du bois, les éoliennes pour approvisionner demain les villages environnants. Mais cela demande de la pédagogie. Expliquer par exemple aux citadins qu’une exploitation tout lisier dans une cuve de béton fermée peut être plus écologique que l’utilisation et l’achat traditionnel de paille. De même que Serge Parant devra peut-être expliquer un jour qu’il n’est pas anti-naturel et surtout pas inutile de donner naissance à des bêtes sans cornes.

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