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Sécheresse Les rendements de céréales à paille réduits de 10 à 30%

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Les rendements de céréales à paille sont d’ores et déjà amputés de 10 à 30% en France du fait du manque d’eau, a indiqué l’Inra lors d’un point presse tenu le 3 juin sur les conséquences de la sécheresse. L’institut donne des recommandations pour faire face à ce fléau cette année, ainsi que pour les prochaines sécheresses, plus fréquentes à l’avenir, semble-t-il, en raison du réchauffement climatique.

Même s’il a plu le week-end des 4 et 5 juin au nord de la Loire, « pour les céréales à paille la messe est dite : il faut considérer que les rendements sont réduits de 10 à 30% », a déclaré Christian Huygues, directeur scientifique adjoint « agriculture » à l’Inra, le 3 juin. Mais face à cette situation difficilement réversible, l’Inra propose aux agriculteurs de mobiliser des « leviers tactiques », cités par Christian Huygues.

Des cultures fourragères après les moissons
Un de ces leviers consiste à semer du millet ou du ray-grass d’Italie, juste après la moisson des céréales. Cela pour conforter les ressources fourragères, ainsi que le revenu. Le semis de millet et de ray-grass est d’autant plus réalisable que la moisson aura deux à trois semaines d’avance, et qu’il restera donc quasiment tout l’été pour que ces cultures fourragères se développent. L’implantation du millet et du ray-grass d’Italie présente aussi l’avantage d’utiliser l’azote, qui a été mal valorisé par les céréales ce printemps du fait du manque d’eau. Dès les premières pluies, ces plantes fourragères se développent, a précisé le chercheur.
À plus long terme, c’est-à-dire pour les années à venir, plusieurs solutions existent pour faire face à des sécheresses qui risquent de devenir récurrentes en raison du réchauffement climatique, a indiqué Jean-François Soussana, directeur scientifique « environnement » à l’Inra. La création de nouvelles capacités de stockage est une solution, d’autant plus que l’eau en France tombe abondamment en hiver, même dans les régions du Sud-Est.
L’irrigation à partir d’eaux usées est aussi une solution, qui est utilisée dans des pays méditerranéens comme l’Espagne, la Tunisie et Israël. Mais en France la seule installation pratiquant cette technique, localisée à Clermont-Ferrand, est expérimentale.
Par ailleurs, un coup de frein à l’imperméabilisation de 78 000 hectares de terres agricoles par an est aussi une solution, parce que le ruissellement qui résulte de cette imperméabilisation se fait « aux dépens de la recharge des aquifères », a ajouté Jean-François Soussana.

La génétique n’a pas dit son dernier mot
Mais l’Inra a tenu à mettre en avant les solutions génétiques, qui réservent encore beaucoup d’améliorations futures. « Les rendements du maïs progressent de 1 à 2% par an. La voie OGM n’est pas indispensable, car elle correspond tout au plus à trois ou quatre ans de progression de rendement », a affirmé François Tardieu, de l’unité d’écophysiologie des plantes de l’Inra à Montpellier. Les gènes qui préservent la survie du maïs ne sont pas les mêmes que ceux qui permettent l’augmentation des rendements, a-t-il expliqué. Il faut avant tout travailler sur les gènes de tolérance à la sécheresse, sachant que le rendement progresse de toute façon, selon lui. Ainsi, plutôt que recourir à la voie transgénique, la génétique se sert de gènes de tolérance à la sécheresse, présents dans des plantes partout dans le monde.
Le chercheur a détaillé ces « voies prometteuses », comme la « génétique d’association » et la « sélection génomique », alternatives aux OGM, « qui peuvent aussi leur être complémentaires ». Ces voies consistent à mieux utiliser les ressources génétiques des plantes pour améliorer la tolérance à la sécheresse. En effet, de nombreuses modalités de gènes (les allèles) existent dans les espèces cultivées, mais une faible proportion de ces ressources génétiques est actuellement utilisée dans les variétés cultivées. Un projet européen de recherche, intitulé « Drops », coordonné par l’Inra, emprunte cette voie d’exploration de la variabilité génétique naturelle. Il rassemble des équipes européennes et australiennes de la recherche publique, ainsi que quatre des principales compagnies semencières européennes.

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