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Trois questions à Philippe Mangin, président de Coop de France « Les reproches que l’on nous fait ne s’appuient sur aucun vécu coopératif »

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Philippe Mangin, le président de Coop de France, répond à Xavier Beulin, le président de la FNSEA, suite aux propos qu’il a tenus sur la coopération laitière lors de l’assemblée générale de la FNPL, puis au congrès de la FNSEA. « Je peux vous dire que le réseau coopératif ne comprend pas ce qu’il considère comme des attaques (...). Je crois que Xavier Beulin ne mesure pas la portée d’une telle remise en cause », a souligné Philippe Mangin. Mise au point.

Le rapport d’orientation de la FNSEA voté au congrès de Saint Malo mentionne « le sentiment de défiance qui fait son chemin chez les producteurs qui estiment que leur Coop ne joue pas le jeu » et « fait passer son résultat économique avant celui des exploitants agricoles ». Comment réagissez-vous à cette déclaration ?
Philippe Mangin : Le syndicalisme qui est dans son rôle d’aiguillon syndical ne me heurte pas. Je n’ai aucun problème quand le syndicalisme bouscule la coopération. D’ailleurs, le congrès de la FNSEA à Nantes a initié cette réflexion. Nous avons organisé, à l’époque, avec le syndicalisme, une tournée régionale commune. Ce dialogue doit exister et j’y crois. Il arrive parfois que des coopératives n’apprécient pas cette pression syndicale… Personnellement, je reçois dans ma coopérative, deux fois par an, le syndicalisme et les représentants de la chambre d’agriculture. Une fois par mois, au CAF (Conseil de l’agriculture française), on se dit les choses très franchement. Mais les reproches exprimés par plusieurs dirigeants de la FNSEA, y compris le président, ne s’appuient sur aucun vécu coopératif. Il n’y a pas une décision prise en conseil d’administration qui ne se fonde sur l’intérêt des agriculteurs. On voit même les administrateurs sortir leur calculette en conseil d’administration pour évaluer les conséquences de leur décision sur leur propre exploitation. Ces attitudes qui mettent l’intérêt des agriculteurs en priorité au sein des conseils d’administration, ont quelquefois provoqué des difficultés économiques au sein de ces mêmes coopératives. Le rôle des administrateurs doit être le résultat d’un subtil équilibre entre l’intérêt des adhérents et la pérennité de l’entreprise coopérative.
 
« Les administrateurs sont-ils toujours à même de faire valoir les intérêts des producteurs dans cette négociation contractuelle ? », s’est interrogé Xavier Beulin. Quelle est votre réponse ?
Je constate qu’il y a un bruit de fond sur ce sujet. Il faut en tenir compte mais il n’existe pas au sein des assemblées générales de sections des coopératives. Venez voir ! Vous n’entendrez pas ce genre de critiques lors de ces réunions qui mobilisent beaucoup de monde. Evidemment vous trouverez toujours quelques cas sur les 2 500 coopératives françaises, où les choses sont plus compliquées. Et chacun doit balayer devant sa porte. Beaucoup de ces critiques émanent d’ailleurs de responsables syndicaux et politiques qui n’ont rien à voir, de près ou de loin, avec la coopération. Les sections filières des coopératives sont un vrai lieu de contre-pouvoir par rapport à une coopérative polyvalente. C’est une réalité du monde coopératif. Sur le sujet des contrats, il faut que les coopératives jouent le jeu. Mais il n’y pas que les coopératives laitières qui ont la responsabilité de faire des contrats. Les industriels privés aussi. Le syndicalisme doit être le garant de tout cela. La FNCL a fait une proposition dans le cadre de la contractualisation. Si, en plus des règlements intérieurs, les statuts devaient être modifiés, les administrateurs soumettront ces modifications au vote de tous les adhérents en assemblée générale. J’y suis évidemment favorable.
 
Est-ce que vous comprenez cette « sortie » peu habituelle de la FNSEA ?
Cela a été fait à deux reprises : à l’assemblée générale de la FNPL et au congrès de la FNSEA. Je peux vous dire que le réseau coopératif ne comprend pas ce qu’il considère comme des attaques. Au sein de Coop de France, des voix se sont élevées pour réclamer un boycott du congrès de la FNSEA. Ce geste d’humeur en dit long. Il y a un réel agacement dans nos rangs. Savez-vous que plus de 49 000 agriculteurs sont des administrateurs qui s’investissent dans leurs responsabilités, dont 8 200 dans le secteur laitier ? Je crois que Xavier Beulin ne mesure pas la portée d’une telle remise en cause. N’oublions pas qu’aux dernières élections aux chambres d’agriculture en janvier 2007, Coop de France a pris publiquement partie en faveur de la FNSEA. A l’époque, c’était une première. Je voudrais rappeler à nos amis syndicalistes que les coopératives sont propriété des agriculteurs eux-mêmes et qu’il s’agit là du seul et vrai pouvoir économique paysan face aux marchés. Qu’ils ne l’oublient pas !

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