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INTERVIEW/ECOTAXE « Les réserves de productivité dans le transport permettraient de compenser l'écotaxe »

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Alain Borri, directeur associé de bp2r, revient sur le débat autour de l'écotaxe, récemment relancé par la ministre Ségolène Royal. Il remet ce projet dans la perspective du financement des infrastructures, indispensable à ses yeux. Les entreprises agroalimentaires, assure-t-il, ont tout à gagner à la modernisation de ces dernières, facteur d'amélioration de leur productivité.

La mise en place de l'écotaxe ne fait pas l'unanimité. Qu'en pensez-vous ?

Au-delà du fait d'être pour ou contre l'écotaxe, je pense qu'il est important d'attirer l'attention de tous sur la nécessité en France de trouver des solutions pour assurer le financement de nos infrastructures routières, ferroviaires et maritimes, afin de permettre à nos entreprises d'être c ompé titiv e s à l'international. Le risque, si on ne fait rien côté infrastructures, est de voir s'accentuer cette perte de compétitivité au fil des années. La vraie question aujourd'hui est de savoir si nous sommes prêts à accepter cette évolution. Et le vrai débat sur l'écotaxe est donc de trouver les moyens de permettre à ces entreprises de transporter leurs marchandises sur de longues distances, pour continuer à se développer sur les marchés européens, au centre, mais aussi, plus à l'Est.

Le tort, me semble-t-il, dès le départ est de n'avoir pas clairement expliqué à quoi allait servir cette taxe. Il n'y a rien de plus difficile à faire accepter que de payer lorsqu'on on ne sait pas à quoi va servir l'argent. Il fallait indiquer d'un côté : combien la taxe allait rapporter, et de l'autre : à quoi ces fonds allaient servir concrètement et à quelle échéance ils allaient être utilisés. Montrer aux industries agroalimentaires, mais pas seulement elles, combien elles ont à gagner de l'amélioration de nos infrastructures afin d'être plus compétitives demain, est primordial. Le débat semble un peu évoluer dans ce sens, mais pas encore assez.

Et alors, que doivent faire les entreprises de l'agroalimentaire ?

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Je pense qu'elles doivent d'avantage mettre l'accent sur les contreparties qu'elles pourraient tirer de l'écotaxe. L'industrie agroalimentaire, qui a un poids important pour notre pays, est en droit de demander à être prioritaire sur les 1,2 milliard d'investissements prévus et quelles sont les infrastructures modernes de demain qui leur permettraient d'être plus compétitives, ne serait-ce qu'au niveau européen. Si elles payent l'écotaxe, elles doivent avoir l'assurance qu'au final, cet argent servira à financer leurs exportations et donc leur développement. Sinon, je comprends que l'écotaxe ne passe pas. Le deuxième point sur lequel les industries de l'agroalimentaire doivent se pencher à mon sens, porte sur l'existence de réserves de productivité au niveau du transport, qui leur permettraient de compenser l'écotaxe. Ces réserves se situent non pas sur le prix d'achat des prestations de transport, mais sur des leviers techniques d'optimisation des flux et de remplissage des véhicules et de réduction des kilomètres à vide. De quoi largement dépasser le coût de l'écotaxe, au moins les 5%.

Que pensez des propositions de la commission parlementaire, notamment celles concernant la franchise de 400 km en moyenne ?

Il est clair que dans le projet initial, c'était la double peine pour les industries agroalimentaires qui auraient dû payer chaque fois qu'elles transportaient un produit pour le transformer avant de l'expédier chez le client final. Appliquer l'écotaxe sur une certaines catégories de produits finis aurait été plus juste. Ces entreprises n'étaient en outre absolument pas récompensées de leurs efforts en matière environnementale et sociétale, ce qui était injuste par rapport à d'autres industries plus polluantes. La proposition d'une franchise de 400 km répond partiellement à cette question. Elle va tout au moins dans le bon sens.

FICHE D'IDENTITÉ

Principal acteur européen du conseil en supply chain appliqué au domaine spécifique du transport, bp2r aide ses clients industriels et distributeurs à améliorer durablement leur performance transport en B2B et B2C. Le groupe travaille régulièrement auprès de grands groupes internationaux cotés, ainsi qu'auprès d'ETI européennes leaders sur leur secteur d'activité, notamment agroalimentaire. Depuis 2005, les fondateurs de bp2r militent pour placer le transport au centre de la supply chain en tant que maillon décisif dans la compétitivité des entreprises.