Le chiffre d’affaires des entreprises de l’industrie agroalimentaire a enregistré une légère hausse de 1,1 % en 2016, mais les marges ont continué à se dégrader. En cause : la volatilité des matières premières, la poursuite de la guerre des prix dans la grande distribution et une forte pression fiscale. Autant d’éléments qui pèsent globalement sur la compétitivité des entreprises de l’agroalimentaire et sur les positions de la France à l’export.
Les industries agroalimentaires ont encore traversé une année difficile en 2016. Guerre des prix dans la grande distribution et volatilité du prix des matières premières sont toujours les bêtes noires de la profession, auquel s’ajoute aussi une pression fiscale, plus forte que dans le reste de l’industrie. "Nous ne sommes pas satisfaits", a déclaré sans ambages Jean-Philippe Girard, président de l’Ania, lors de la présentation du bilan 2016, le 4 avril. Avec une croissance de 1,1 % par rapport à 2015, le chiffre d’affaires des IAA s’élève à 172 milliards d’euros, "une petite année", a encore souligné ce dernier, qui rappelle au passage que quand les IAA vont mal, c’est toute la chaîne qui en pâtit. En effet, 70 % de la production agricole française sont transformés par l’industrie agroalimentaire et plus de 80 % des produits alimentaires en GMS sont des produits agroalimentaires. Mais ce qui inquiète encore plus Jean-Philippe Girard, c’est la poursuite de l’érosion de la marge dans les IAA, qui s’est encore dégradée de 3,1 % sur un an en 2016 et de 4 points depuis 2007. Et ce alors même que le secteur de l’industrie dans son ensemble a retrouvé et même dépassé son niveau de marge de 2007 (voir graphique). Une différence "choquante", s’est exclamé le patron de l’Ania, qui déplore que les IAA ne soient "pas parvenues à recréer de la valeur alors que les planètes sont bien alignées", évoquant notamment le niveau de l’euro et des taux d’intérêt, ainsi que le CICE. Comment imaginer dans ces conditions que "les entreprises puissent investir, innover, embaucher et exporter ? ", s’est ainsi interrogé Jean-Philippe Girard.
Volatilité des matières premières
Après une accalmie en 2015, le prix des matières premières est donc reparti à la hausse en 2016, sous l’effet de mauvaises conditions climatiques et d’une plus forte demande des pays émergents. "Une hausse qui devrait d’ailleurs s’intensifier en 2017", pronostique Stéphane Dahmani, le directeur du pôle économie de l’Ania. Ce dernier constate en effet "une hausse de 14 % sur un an depuis le début de l’année, une situation inédite depuis 2011". Cette forte volatilité des matières premières non seulement empêche les industriels d’avoir une bonne visibilité sur leurs approvisionnements, mais entraîne aussi de vives tensions sur leur trésorerie. Une situation qui peut mettre à mal les entreprises pour lesquelles le poids de la matière première dans le chiffre d’affaires est important. Celui-ci peut aller jusqu’à près de 80 % pour certaines industries de première transformation (fabrication de beurre, transformation/conservation de viande), à comparer à une moyenne de 54 % dans l’industrie alimentaire et de 38 % dans l’industrie manufacturière.
Déflation des produits alimentaires
Une situation d’autant plus compliquée quand ces hausses des matières premières ne sont pas prises en compte lors des négociations commerciales annuelles avec la grande distribution. Achevées depuis à peine un mois, il n’est un secret pour personne qu’elles se sont encore assez mal passées pour une majorité d’industriels (lire papier ci-dessous). De quoi laisser dire une nouvelle fois à Jean-Philippe Girard qu'il faut "repenser le cadre réglementaire de la LME", sachant que déjà "à la base, la loi nest pas appliquée". L’Ania constate que cette guerre des prix à laquelle se livrent les distributeurs depuis plusieurs années se traduit par une déflation sur les biens de consommation alimentaires pour le 43e mois consécutif. Cette déflation qui atteint en cumul près de 4 % sur les produits alimentaires sur les trois dernières années "touche également les MDD" pour la première fois en 2016, dont les prix se rapprochent de ceux des marques nationales. Une situation d’autant plus problématique, insiste l’Ania que cette guerre des prix qui se double depuis fin 2015 "d’une guerre des promotions", ne stimule en rien la consommation. Alors que le chiffre d’affaires des produits sous promotions a augmenté de près de 7 % depuis 2015, la consommation est à la peine dans l’alimentaire avec une hausse limitée à 0,7 % en 2016, contre +1,3 % en 2015 (source Insee).
Lourdeur fiscale
Enfin, fiscalement, les IAA une fois encore ne sont pas logées à la même enseigne que le reste de l’industrie. L’Ania ne comptabilise pas moins de 33 taxes sur le secteur agroalimentaire, "soit trois fois plus qu’en Allemagne et en Italie", selon Jean-Philippe Girard, faisant de la France "une exception européenne". "La hausse de la fiscalité dans l’IAA n’est pas proportionnelle à la valeur ajoutée", indique à son tour Stéphane Dahmani. En effet, alors que l’industrie agroalimentaire ne représente que 20,7 % de la valeur ajoutée dégagée par l’industrie manufacturière, sa contribution à la hausse de la fiscalité sur cette même industrie manufacturière atteint 49 %, en cumulé depuis 2011. Au total, en prenant en compte les effets induits par le CICE (allégements de charges), la fiscalité des entreprises a ainsi augmenté de près de 1,2 milliard d’euros depuis 2011, sous l’effet notamment de la hausse des taxes sur les bières et les spiritueux. Enfin, autre élément également mis en avant par l’Ania : le coût du travail en France, le plus élevé d’Europe, avec une hausse de près de 9 points depuis 2000, quand elle n’est que de 4,8 pour la zone euro.
Perte de vitesse à l’export
Le paradoxe dans tout ça, c’est que la profession a malgré tout réussi à créer plus de 10 800 emplois depuis trois ans, "essentiellement à l’export", souligne l’Ania, alors que l’industrie en général en a de son côté supprimé près de 89 000. Un argument de taille, sur lequel Jean-Philippe Girard compte bien s’appuyer auprès des candidats à l’élection présidentielle pour défendre le secteur agroalimentaire. Il leur a adressé 12 propositions autour de trois grands axes : recréer de la valeur dans la filière, recréer de la confiance avec les IAA et redonner des marges de manœuvre économiques et relancer les exportations (Agra Alimentation du 23 mars 2016). Il est clair que les moindres performances des IAA en 2016 ont aussi pesé sur la compétitivité globale et donc des parts de marché à l’export. Et si le poids de l’agroalimentaire est stratégique dans la balance commerciale française, il est en perte de vitesse sur les dernières années. L’excèdent commercial à 7,2 milliards d’euros, affiche un recul de 12 % sur 2015. Plus grave encore, hors vins et spiritueux, on parle cette fois d’un déficit commercial de 4,1 milliards d’euros, qui s’est d’ailleurs accru de 1 milliard en un an. La France est aujourd’hui le quatrième exportateur mondial derrière les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas. "La France doit revenir sur le podium", estime Jean-Philippe Girard. Aujourd'hui, deux entreprises françaises sur dix exportent, contre huit entreprises chez notre voisin allemand sur dix.
Si le bilan 2016 des IAA n’a rien de très réjouissant, l’année 2017 s’annonce, elle aussi, assez compliquée. Les entreprises n’ayant pas dans leur majorité réussi à répercuter la hausse des matières premières nécessaire dans leurs prix de vente devraient logiquement enregistrer une nouvelle baisse de leur marge. Quant aux investissements, nécessaires pour gagner en compétitivité, s'ils ont bénéficié en 2016 des effets du sur-amortissement, ils devraient ralentir cette année. L'Ania constate en effet que le niveau d'investissements de 2016 correspondaient plutôt à "un effet d'aubaine qu'à de l'auto entretien". Conscient néanmoins des atouts des IAA, Jean-Philippe Girard veut y croire, à conditions d’avancer ensemble. "Le panorama est tendu mais on peut y arriver. Que l’Etat nous facilite la route fiscalement et que la distribution change de logique", indique-t-il. Et le reste suivra.
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Chiffres clés de l’IAA en 2016 *
- 172 Mrd€ de chiffre d’affaires (contre 170 Mrd€ en 2015)
- 17 647 entreprises
- 98 % TPE-PME (respectivement 77 % et 21 %)
- 427 213 emplois en 2016, +4 333 emplois par rapport à 2015
- 21 % de chiffre d’affaires à l’export (stable)
- 7,2 Mrd€ d’excédent commercial (contre 8,1 Mrd€ en 2015)
- 4e exportateur mondial depuis 2008 (derrière les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas)
*sources : Insee 2016, Agreste 2014, ACOSS 2016
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