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Foncier Les Safer en quête d’une nouvelle légitimité

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A l’occasion du congrès célébrant leur cinquantième année, les Safer se sont réinterrogées sur leur légitimité vis-à-vis de la société. Une question cruciale alors que ces structures connaissent des difficultés financières et se sentent fragilisées.

Avec huit sociétés déficitaires en 2009, le groupe des Safer affiche une santé fragile. « Dans nos premières années d’existence, la participation de l’Etat pouvait aller jusqu’à 50 % de notre budget, a expliqué André Thévenot, président de la FNSafer, en conférence de presse à l’occasion du 50e congrès de son organisation, le 2 décembre à Lyon. Aujourd’hui, elle n’est plus que de 6 % ». Or, les Safer accomplissent des missions de service public qui, pour André Thevenot, n’ont pas de raison d’être financées par un jeune agriculteur qui s’installe. Encore faut-il que le rôle de ces organisations soit clairement reconnu et compris. Or, « bien que leur réussite soit indéniable, elles n’ont cessé de faire l’objet de critiques du fait qu’elles interviennent en matière foncière, sujet sensible s’il en est, et parce qu’elles dérangent un certain nombre d’intérêts ou en contrecarrent d’autres du fait, notamment, de leur fonction d’arbitrage et de régulation », estime le rapport d’orientation du groupe.

L’ouverture, un vecteur d’image positive
Pour certains, ces structures ont besoin d’évoluer afin de s’adapter aux changements de la société. Président de la Safer de Lorraine, Franck Menonville fait partie de ceux-là. « Si nous voulons être crédibles, arriver à co-construire, il faut un certain nombre d’ouvertures pour que la gouvernance des Safer soit le reflet des missions qui sont aujourd’hui les leurs », a-t-il notamment expliqué lors d’un débat. Plus que les syndicats agricoles minoritaires, ce sont les représentants des villes ou de l’environnement qui sont visés. « Ce n’est plus le corporatisme agricole, il faut s’ouvrir, peut-être demain aux associations environnementales », a reconnu André Thevenot. Un point vital pour Michel Dantin, député européen qui s’est largement occupé des questions foncières en cabinet ministériel. « La perception que la société a des Safer dépend beaucoup de la carte de visite de la Safer elle-même, a-t-il constaté. Là où elle est le plus négative, où les recours remontant au cabinet sont importants, c’est dans celles qui ont le moins d’ouverture au niveau de leur conseil d’administration ».

Un travail nécessaire au quotidien
Sauf que cette prise en compte des autres acteurs du territoire ne peut se faire rapidement. « La Safer est un outil de médiation mais cela demande un travail au quotidien, a indiqué Franck Menonville. On ne rencontre pas d’opposition mais une nécessité d’explications ». Pour Daniel Béguin, directeur du conservatoire des sites lorrains, élu vert du conseil régional et administrateur de la Safer, « la confiance ne se décrète pas, elle se construit ». Ce qui implique des efforts de part et d’autre. « Si elles peuvent participer, il faudra que les associations délèguent les meilleurs ! », a souligné le responsable. Pas simple. Heureusement, la légitimité de l’action des Safer n’est pas remise en cause par le gouvernement. Dans une intervention enregistrée, Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, a confirmé son souhait de trouver une solution pérenne au financement des Safer. Reste à savoir sous quelle forme. La fédération évoque la possibilité d’une taxe par habitant de 1 à 2 euros, sur le modèle de celle mise en place pour financer les EPF (Etablissements publics fonciers), en charge entre autres de trouver des terrains pour le logement social... Sauf que ce type de mécanisme n’est pas dans l’air du temps. Un partage du budget accordé aux EPF est également évoqué. Le dossier est en tout cas en réflexion.

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