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Santé Les sénateurs estiment « sous évalués » les risques et les dangers des pesticides

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Dans un rapport rendu public le 23 octobre, les sénateurs ont jugé « sous-évalués » les risques sanitaires auxquels s’exposent les professionnels fabricant ou utilisant des pesticides. En première ligne : les agriculteurs.

Vingt-sept sénateurs de tous bords, réunis au sein de la mission commune d’information sur les pesticides et leur impact sur la santé, sont parvenus à la même conclusion : « Les dangers et les risques des pesticides pour la santé sont sous-évalués », a affirmé le 23 octobre, Sophie Primas (UMP), la présidente de la mission, qui rendait son rapport, voté à l’unanimité, à l’issue de six mois d’audition. Dermatoses, problèmes respiratoires, troubles neurologiques et cognitifs, cancers menacent les professionnels qui travaillent au contact quotidien de ces substances, a poursuivi la présidente. Le pire c’est que beaucoup n’en ont pas conscience, selon les sénateurs, au regard des effets de certains produits qui « se manifestent parfois plusieurs dizaines d’années après leur utilisation ». Le suivi des produits après leur mise sur le marché est mal assuré, ont-ils encore déploré. Pour Nicole Bonnefoy, sénateur du Parti socialiste et rapporteur de cette mission, « il faut plus de volontarisme et de transparence pour aller vers le risque zéro ».
 
Des protections individuelles inadaptées
Autre constat : les protections contre les pesticides ne sont pas à la hauteur des risques, que ce soit lors de leur conception, de leur fabrication, de leur commercialisation ou de leur utilisation. Nombreuses sont les substances autorisées en France qui présentent déjà une toxicité cutanée reconnue, comme les fongicides et certains herbicides. Certaines pathologies, dont l’apparition est liée à la manipulation de pesticides, sont reconnues comme des maladies professionnelles. C’est le cas des dermatoses, des rhinites, des asthmes et des insuffisances respiratoires chroniques et, depuis peu, de la maladie de Parkinson. Ce n’est pas celui de certains troubles cognitifs et neurologiques, notamment de la maladie l’Alzheimer, où des soupçons existent. Tout comme ils subsistent pour le cancer de la prostate, le lymphome ou encore les leucémies (un nouveau tableau devrait voir le jour en 2013, selon la MSA) et les cancers du cerveau chez l’enfant. Les plus touchés sont les agriculteurs, en particulier dans la viticulture ou la culture maraîchère, et ce, souvent très longtemps après l’exposition.
 
Une centaine de recommandations
Pour faire refluer le risque, la loi issue du Grenelle sur l’environnement a prévu de réduire de 50 % la quantité de pesticides utilisés en France à l’horizon 2018. Mais cet objectif s’éloigne. Quatre ans après le lancement du plan Ecophyto, le recours à ces substances a augmenté alors qu’il devait baisser, ont dénoncé les sénateurs. Parmi la centaine de recommandations émises, la mission sénatoriale met en avant l’application du principe de précaution. Au nom de celui-ci, un produit doit être considéré comme cancérogène dès lors que cet effet a été observé chez l’animal. Les sénateurs préconisent également de faire réaliser « des études de suivi des pesticides, indépendantes et financées au moyen d’un fonds financé par les industriels mais non géré par eux », de réduire les délais de classement en maladie professionnelle en y procédant « dès la réunion de fortes présomptions » et de renforcer la coopération entre fabricants de pesticides et fabricants d’EPI (équipement de protection individuelle), afin de permettre à terme, la conception conjointe du pesticide et de l’EPI correspondant. Parmi les mesures les plus rapides à mettre en œuvre, figurent la mutualisation des données épidémiologiques et la mise en place de registres d’exposition aux pesticides pour chaque exploitation. Enfin, les collectivités territoriales sont invitées à ne plus utiliser de pesticides d’ici à 5 ans, tandis que la vente de ces produits aux particuliers devrait être interdite « à terme ».
La mission va désormais s’employer à faire aboutir ses recommandations à travers des amendements, des propositions de loi et un débat en séance publique qui se tiendra en janvier au Sénat. Elle saisira aussi l’opportunité de la loi d’avenir pour l’agriculture ainsi que la réforme de la Pac, pour porter ses propositions.

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