Le Sénat a rejeté le texte du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2020, avant d’avoir examiné l’article prévoyant la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes des pesticides. Le PLFSS fera l’objet d’une nouvelle lecture en séance publique à l’Assemblée nationale et au Sénat la semaine du 25 novembre.
Les sénateurs ont mis fin de manière prématurée, le 14 novembre, à l’examen du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2020, en rejetant la partie " recettes ", puis l’ensemble du texte qui avait été adopté le 29 octobre dernier par l’Assemblée nationale. Les sénateurs ont voulu ainsi dénoncer le « mépris » du gouvernement, après qu’Emmanuel Macron ait annoncé le dévoilement d’un plan concernant les moyens des hôpitaux pour le 20 novembre. Soit le lendemain du vote du Sénat sur l’ensemble du PLFSS, initialement prévu le 19. Ces mesures, destinées à être intégrées au PLFSS, rendaient caduc le texte examiné, ont-ils estimé.
La commission mixte paritaire, chargée de trouver un texte de compromis entre Assemblée nationale et Sénat, a débouché sur un désaccord le 19 novembre. Une nouvelle lecture du dernier texte adopté (celui de l’Assemblée) aura donc lieu dans les deux chambres. À l’Assemblée, celle-ci devrait se faire en séance publique à partir du 25 novembre. Au Sénat, elle se tiendra le 30 novembre et le 1er décembre « matin, midi et soir », a indiqué Alain Milon, le président de la commission des Affaires sociales du Sénat. Dans ce court laps de temps, « il serait bon d’éviter de perdre du temps sur certains amendements comme ceux qui portent sur les nitrites, le sucre ou l’alcool », a-t-il estimé en séance à l’adresse de ses collègues. Avec les annonces du gouvernement sur l’hôpital, le texte du PLFSS devrait également s’allonger.
« Complément de retraite »
Au moment où les débats au Sénat ont été arrêtés, l’ensemble des articles n’avait pu être examiné, notamment l’article 46 qui prévoit la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes des pesticides. Avant le rejet du texte, les sénateurs avaient par ailleurs adopté plusieurs amendements concernant les retraités agricoles ou encore les installations de jeunes agriculteurs. Un de ces amendements prévoyait d’aligner, pour les retraités agricoles, les taux de prélèvements sociaux des revenus issus du foncier non-bâti sur ceux, plus avantageux, appliqués aux petites retraites. Cet alignement permettrait « de reconnaître la vraie nature de ces revenus, à savoir celle d’un complément de retraite, et non celui d’un investissement à caractère patrimonial », expliquaient les sénateurs signataires, qui déploraient la faiblesse des retraites agricoles. L’amendement avait été adopté malgré l’avis défavorable du secrétaire d’État auprès du ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, qui a indiqué que le gouvernement « apporterait des réponses aux retraites agricoles dans le projet de loi de réforme des retraites ».
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Cumul d’allégement de cotisations sociales
Un autre amendement autorisait le cumul pour les jeunes agriculteurs de deux dispositifs d’allégement de cotisations sociales. Ces derniers disposent déjà d’une exonération partielle dégressive de leurs cotisations sociales pendant leurs cinq premières années d’installation. L’amendement adopté permettait de cumuler cette mesure avec un autre dispositif de modulation des taux de cotisations sociales pour les exploitants agricoles avec des revenus inférieurs à un certain seuil. « Dans certains Gaec familiaux, les jeunes agriculteurs bénéficiant de l’exonération partielle sont redevables, pour un revenu égal, de davantage de cotisations que leurs aînés, surtout à partir de la troisième année d’installation », avait expliqué en séance la sénatrice Sophie Primas (LR), une des signataires de l’amendement. Comme évoqué dans notre numéro précédent, les sénateurs avaient également, lors des débats, rejeté des amendements prévoyant la suppression de la taxe sur les « premix » à base de vin. Ils avaient enfin adopté un amendement prolongeant au-delà du 1er janvier 2021 les exonérations de charges patronales pour l’emploi de travailleurs saisonniers ayant pris la suite du dispositif TODE.
Réforme des retraites : le Modef appelle à manifester le 5 décembre
En attendant la décision de la Confédération paysanne la semaine du 25 novembre, le Modef est le seul syndicat agricole à s’associer à la manifestation du 5 décembre. Dans un communiqué le 19 novembre, il appelle à défiler contre le projet de réforme des retraites du gouvernement. Une manifestation est prévue à Paris dans le cadre d’un mouvement de grève lancé par les principaux syndicats de la SNCF et de la RATP. Les syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires, ainsi que des organisations d’étudiants et de lycéens (Unef, UNL, MNL et FIDL) ont annoncé leur soutien au mouvement. Pour le Modef, « la volatilité du montant de la pension dans une retraite à point est un danger pour l’avenir de nos campagnes. » Le syndicat appelle son réseau à se mobiliser dans chaque département où il est présent (une vingtaine de départements). La FNSEA, qui poursuit de son côté sa série de mobilisations avec une manifestation à Paris le 27 novembre, a d’ores et déjà décidé de ne pas s’associer à la journée du 5 décembre. La Coordination rurale non plus, car elle sera occupée le 5 décembre par son congrès annuel, à Compiègne. À la Confédération paysanne, le sujet n’a pas encore été tranché, un comité national doit se tenir les 27 et 28 novembre qui abordera cette question.