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Reportage Les solutions pour la pomme polonaise face à l'embargo russe

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La Pologne, qui exporte plus d'un quart de ses pommes vers la Russie, cherche des solutions alternatives pour écouler sa production.

LES pommes polonaises bloquées par l'embargo russe ne vont pas envahir le marché européen, affirmait Zofia Kryzanowska, conseillère générale du ministère de l'Agriculture polonais, lors d'une rencontre avec des journalistes, le 27 août à Varsovie. « Les variétés que nous produisons pour la Russie sont très spécifiques, différentes du reste du marché européen », développe-t-elle, citant la variété Idared, « vendue uniquement aux Russes ».

La Pologne a exporté en 2013 700 000 tonnes de pommes vers la Russie (soit 70% de ses exportations) sur environ 3 millions de tonnes produites.

Les Polonais s'inquiètent des importations italiennes

La conseillère semble agacée par les craintes françaises d'encombrement du marché communautaire par les pommes polonaises. Elle explique que les producteurs polonais s'inquiètent, quant à eux, de l'arrivée en Pologne de pommes italiennes : « Nous avons beaucoup d'entreprises de grande distribution françaises ici, ils vont vendre ce qui leur rapporte le plus, je ne crois pas qu'ils auront d'états d'âme ». Et au final, « c'est le consommateur qui choisira », conclut-elle.

Zofia Kryzanowska admet toutefois que la Pologne « essaie de capter de nouveaux marchés », mais que c'est « difficile parce que la logistique n'est pas la même qu'avec la Russie ».

Promouvoir le cidre

Les pouvoirs publics cherchent donc à « promouvoir la production et la consommation de cidre, ce qui peut être un moyen de résoudre le problème », ajoute la conseillère générale. Car si elle se réjouit des mesures de soutien prises par l'Europe, les montants « sont insuffisants pour compenser les pertes des producteurs ».

Un véritable mouvement de soutien s'est créé en Pologne, où consommer des fruits et légumes locaux est presque devenu un acte militant. Sur Twitter, de nombreuses personnes se prennent en photo pommes ou cidre à la main, avec le mot clé « #jedzjablka » (mange les pommes).

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Miser sur la qualité

Autour de Grojec, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Varsovie, le paysage est rayé par des milliers de lignes de vergers. Elles sont entrecoupées seulement par des magasins de machines agricoles ou des entrepôts de conditionnement devant lesquels s'élèvent des buildings de caisses en bois destinées au ramassage des pommes.

Certains producteurs essaient de tirer le meilleur parti de l'affaire, notamment en cultivant des fruits de qualité. Une indication géographique protégée a été obtenue pour la pomme grójeckie en 2011. « Les producteurs redécouvrent l'IGP depuis l'embargo, ils se rassemblent pour trouver des solutions communes », se réjouit Maciej Majewski, consultant qui aide les producteurs à se structurer. « Aujourd'hui, nous essayons d'ouvrir des débouchés, notamment vers l'Inde », explique-t-il. Mais en attendant de vraiment structurer la filière, le producteur Bogdan Puncelijz, au milieu de ses pommiers d'où pendent des fruits rouges à la chair sucrée, s'inquiète : « On doit ramasser les pommes quand même, et si on ne trouve pas d'acheteurs, elles vont être détruites », lance-t-il.

L'embargo, une bonne publicité ?

À quelques kilomètres de là, à Bledów, Michal Lachowicz préside la coopérative La SAD. Les chaînes de tri, de lavage et de conditionnement sont encore calmes en cette fin août, en attendant le gros de la récolte début octobre.

« 40% de nos ventes se font vers la Russie. Nous sommes atypiques, les autres entreprises ne mettent pas autant de confiance dans le marché russe », affirme-t-il. Pourtant, il ne s'inquiète pas outre mesure : « L'embargo est un problème, mais nos autres marchés permettent à l'entreprise de poursuivre ses activités », explique sereinement Michal. Il espère que l'embargo aura un effet d'aubaine pour ses jus de pommes d'origine protégée : « Nous avons choisi de miser sur la qualité, l'embargo augmente l'intérêt des consommateurs pour nos produits. Nous allons développer le marketing et la publicité », développe-t-il. Car si « le jus de pommes frais est un produit jeune et relativement cher pour la Pologne », il compte sur la médiatisation des conséquences de l'embargo et sur le patriotisme des Polonais pour développer sa consommation.

1,5 million de tonnes de pommes pour la France

LA France produira 1,487 million de tonnes de pommes pour la campagne 2014. Sur cette récolte, 40 % vont au marché du frais, 40 % sont exportés et 20 % vont à l'industrie pour être principalement transformés en compote. À titre de comparaison, la Pologne produira 3, 5 millions de tonnes et l'Italie 2,4 millions de tonnes pour 2014. Pour la France, l'exportation vers la Russie est inférieure à 30 000 tonnes par an et ne commence qu'à partir de janvier. Le premier producteur de pommes au monde est la Chine avec 35 millions de tonnes. Actuellement, la pomme chinoise est très présente sur les marchés asiatiques mais il n'est pas exclu qu'elle trouve de nouveaux débouchés vers la Russie.

(Source des chiffres : Association nationale pommes poires)