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Nutrition/UE Les stratégies nationales de reformulation des produits brillent par leur manque d’homogénéité

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La bataille commune contre l’obésité et les problèmes de santé connexes au sein de l’Europe s’annonce longue et semée d’embûches si l’on se réfère à la mise au point faite à la fin de 2011 par la Commission européenne sur les progrès réalisés jusqu’ici, au sein du Groupe de haut niveau sur la nutrition et l’activité physique, sur les stratégies nationales de reformulation des produits alimentaires, notamment en ce qui concerne les graisses, les sucres et le sel. Selon Bruxelles les deux tiers des Etats membres n’auraient pas à ce jour pris d’orientation – et encore moins d’engagements – en ce qui concerne l’identification des catégories alimentaires prioritaires sur lesquelles elles devraient se focaliser pour lutter contre les problèmes d’obésité.

L’augmentation de la fréquence de l’obésité dans la plupart des pays européens, tout particulièrement chez les enfants, est assez sérieuse en termes de conséquences sur la santé, tout le monde en convient. Les différents acteurs concernés s’accordent à dire que la promotion auprès des Européens de régimes alimentaires sains et de l’activité physique est une des clés d’action fondamentales pour enrayer ce phénomène et prévenir l’obésité. C’est à cet effet qu’ont été créés la Plate-forme européenne d’action « Alimentation, activité physique et santé » et le Groupe de haut niveau sur « la nutrition et l’activité physique ». Les membres de ces structures se sont engagés à agir et à consacrer plus de ressources dans la lutte contre l’obésité à travers la promotion des régimes alimentaires sains et de l’activité physique, à regrouper les connaissances présentes en Europe sur ce qui fonctionne – et ce qui ne fonctionne pas – et à diffuser les meilleures pratiques en la matière dans toute l’Union européenne. L’Europe a un rôle important à jouer en la matière en intégrant et en coordonnant diverses solutions à ces problèmes d’obésité dans la définition de ses politiques de sécurité alimentaire, de santé publique, d’éducation, de régulation du marché intérieur ou encore ses politiques agricoles.

Tout sauf homogène
A l’issue d’une réunion conjointe – Groupe de haut niveau et Plate-forme sur cette problématique – la Commission a dressé un premier bilan assez contrasté des efforts des uns et des autres pour respecter les engagements pris. Elle a notamment constaté que seulement 20 pays sur 29 (les « 27 » + la Suisse et la Norvège) auraient jusqu’à présent défini des orientations claires et suffisantes (« benchmarks ») en ce qui concerne les catégories d’aliments prioritaires à surveiller pour les problèmes d’obésité. Pour ce qui est de l’implication de l’industrie dans ces efforts, l’évaluation de la Commission n’enregistre là non plus qu’un faible taux de participation de l’un des acteurs les plus concernés par le problème. Ainsi seuls 8 pays sur 29 auraient conclu des accords directs avec des secteurs de l’industrie alimentaire sur le problème de la reformulation des produits alimentaires, 5 sur 29 auraient demandé aux secteurs de l’industrie alimentaire de leur soumettre des plans de réduction des teneurs en graisses, sucres et sel. Douze Etats membres sur vingt-neuf auraient organisé des opérations de sensibilisation auprès des consommateurs sur les facteurs favorisant l’obésité et les problèmes connexes (notamment les graisses des produits laitiers et des produits de viande), seuls 9 Etats membres (à peine le tiers donc) auraient surveillé de près les tailles des portions des produits offerts dans les magasins d’alimentation. « La situation peut changer; si des pays comme la France qui avec son programme PNNS est assez avancée dans cette bataille, d’autres Etats membres font également des efforts ». Même si elle se veut rassurante, Stéphanie Bodenbach, responsable du dossier au sein de la DG Sanco à la Commission européenne, explique à Agra Alimentation que la situation est loin d’être homogène au sein de l’UE et que la tâche n’est pas facile quand on doit coordonner les actions de pays aussi avancés que la France avec des pays qui n’ont même pas encore pris d’initiatives dignes de ce nom ou plus exactement qui ne sont encore qu’au stade de la discussion sans parler des autres pays qui estiment que d’autres priorités que la reformulation des produits s’imposent du fait de la crise socio-économique qui sévit en Europe.

La reformulation ? « Pas une solution miracle »
En ce qui la concerne, l’industrie alimentaire européenne estime que si la reformulation constitue une étape importante dans l’offre aux consommateurs, elle ne peut être en revanche considérée comme la « pilule miracle » pour relever le défi complexe de l’obésité et autres problèmes de santé connexes. L’information des consommateurs, l’éducation, la promotion des activités physiques sont, selon elle, d’autres actions fondamentales à encourager pour lutter contre l’obésité au sein de l’Union. Elle estime par ailleurs important de se concentrer sur des mesures basées sur des études scientifiques solides et réalisables tant sur le plan technologique que réglementaire. Les industriels insistent également sur la nécessité d’informer les consommateurs lorsque des modifications bénéfiques sont apportées à la composition nutritionnelle des aliments. Il est essentiel de veiller à ce que les entreprises qui reformulent leurs produits ne souffrent pas de concurrence déloyale.

Epée de Damoclès
Lors de ses réunions avec les parties concernées, la Commission a toujours pris soin de faire comprendre aux membres du Groupe de haut niveau et de la Plate-forme qu’elle attendait d’eux un changement significatif – c’est-à-dire une intensification notable – des efforts consacrés à la lutte contre l’obésité. Les gestes de pure forme ou la mise en œuvre de quelques initiatives seuls ne suffiraient pas. Ces deux structures devraient considérer des expériences de travail et de collaboration entre représentants de professionnels et de la société civile pour obtenir des résultats selon un mode plus rapide et plus souple. Au cas où ces exercices se révèleraient un échec, la Commission avertit qu’elle peut utiliser des outils plus conventionnels et plus contraignants: de bons règlements bien de chez elle... La prochaine réunion du Groupe de haut niveau se tiendra le 2 février 2012 et devrait porter sur son agenda, entre autres, la reformulation des produits et – à la demande de certains Etats membres – les taxes imposées par quelques Etats membres déjà sur les boissons sucrées.

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