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Grandes cultures Les surfaces de luzerne déshydratée semblent avoir atteint leur plancher

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Les surfaces de luzerne pour la déshydratation semblent avoir atteint leur plancher et pourraient de nouveau s’élever, en raison des avantages agronomiques et écologiques de la luzerne et de la forte demande de luzerne déshydratée. Tel est le diagnostic qu’a livré Coop de France Déshydratation, qui fédère les coopératives de déshydratation de luzerne et de pulpes de betteraves, le 22 novembre lors d’une conférence de presse, à quelques jours de son assemblée générale, qui se tiendra le 28 novembre.

«Globalement, nous sommes positifs quant à l’avenir de la luzerne déshydratée », a indiqué Éric Guillemot, directeur de Coop de France Déshydratation. Après avoir décliné, de 130 000 hectares il y a 20 ans, à 65 000 actuellement, les surfaces de luzerne destinée à la déshydratation se maintiennent, malgré l’attractivité des cultures céréalières, qui bénéficient de cours encore élevés.
Les professionnels pouvaient craindre une nouvelle désaffection pour la luzerne, du fait du découplage, qui sera mis en œuvre à partir du 1er avril 2012, jour du commencement de la campagne. L’aide de 33 euros par tonne de produit fini, qui était versée à la coopérative de déshydratation, sera convertie en DPU à l’agriculteur. La perspective d’une suppression de l’aide à la transformation aurait pu inciter des producteurs à délaisser la luzerne pour des cultures céréalières rémunératrices. Mais au vu des implantations de luzerne en juillet dernier, les superficies emblavées n’ont globalement pas diminué.

Meilleur traitement budgétaire du secteur
Les avantages de la luzerne en tant que culture complémentaire des céréales ont joué, a précisé Éric Guillemot. En tant que légumineuse, cette plante capable de fixer l’azote atmosphérique ne nécessite pas d’engrais azotés, peu de produits de traitement et permet de valoriser des parcelles éloignées du centre de l’exploitation, qui nécessitent moins de travail du sol, a-t-il expliqué.
Une autre raison explique le maintien des surfaces de luzerne : le meilleur traitement budgétaire du secteur. En effet, l’enveloppe nationale d’aide, qui était de 25,6 M euros en 2011, quand elle était versée au transformateur, passera à 35,752 M euros en 2012, sous forme de DPU. Cela parce que ces 37,752 M euros sont le soutien historique de l’Organisation commune de marché de la luzerne. L’aide avait régressé à 25,6 millions du fait de la baisse de la production ces dernières années.
En outre, le secteur bénéficiera d’un appui complémentaire de l’État au titre du plan protéines. Le ministre de l’Agriculture a décidé de faire rentrer la luzerne dans le plan protéines, bénéficiaire de l’article 68, avec 8 millions d’euros à la clé pour la luzerne déshydratée. Jean-Pol Verzeaux, président de Coop de France Déshydratation, a salué « l’engagement tenu par Michel Barnier et Bruno Le Maire » de recoupler partiellement la luzerne déshydratée, dans le cadre de cet article 68.
De plus, ce secteur, qui est le premier de la branche agricole à avoir mis en place un système de crédits de CO2, propose 650 000 tonnes d’émissions évitées à valoriser sur le marché du carbone. Cela grâce aux économies d’énergie dans les fours de déshydratation, notamment par le remplacement des énergies fossiles par la biomasse.
Enfin, confiants dans une Pac reverdie, les professionnels espèrent trouver des sources d’aides vertes dans le second pilier de la Pac.

Des exportations au Moyen-Orient
Dans de telles conditions, les surfaces se maintiennent, et pourraient même repartir à la hausse, du fait d’une bonne demande. La luzerne déshydratée a le vent en poupe, chez les éleveurs laitiers principalement. Ils recherchent ce type de protéines, qui, combinées à des fibres, donnent une formule recherchée par les éleveurs dans les rations. « Nous avons par ailleurs une bonne demande européenne », a indiqué Serge Faller, directeur général de Désialis, union de vente de luzerne déshydratée. Les commandes émanent de Suisse, Allemagne, Grande-Bretagne, et aussi du Moyen-Orient, de Corée et du Japon. « Nous espérons exporter 100 000 tonnes de luzerne déshydratée par an au Moyen-Orient dans les trois ans qui viennent. Nous sommes en phase de construction de ce marché », a-t-il ajouté. L’Espagne en exporte pour sa part 200 000 tonnes par an dans cette région du monde.

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