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Stratégie Les surgelés Picard pourraient (encore) changer de main

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Moins d’un mois s’est écoulé entre l’avertissement sur les résultats annuels du suisse Aryzta fin janvier et la démission de trois membres de la direction. Le groupe qui détient une participation de 49 % dans Picard Surgelés étudie différentes possibilités qui pourraient notamment déboucher sur un désengagement, de quoi satisfaire les investisseurs.

Mis à mal par une politique de développement et d’investissements effrénée, le suisse Aryzta pourrait se désengager de Picard Surgelés, un groupe passé entre les mains de plusieurs fonds depuis sa cession par Carrefour en 2001. L’avertissement sur les résultats de fin janvier, qui a fait chuter l’action de 30 % a été la fois de trop. Le spécialiste de la boulangerie industrielle n’en était pas à sa première révision à la baisse ces derniers mois et investisseurs et actionnaires ont perdu patience. Le 24 janvier, le groupe avait annoncé un recul de 20 % de son bénéfice par action à fin décembre et qu’il prévoyait un recul du même ordre sur l’ensemble de l’exercice 2016/2017, clos fin juillet (Agra Alimentation du 26 janvier 2017). Sous la pression des actionnaires, Owen Killian, le directeur général, Patrick McEniff le directeur financier et des opérations et John Yamin directeur général Amérique ont annoncé leur démission. Ils partiront à la fin de l’exercice en cours, a précisé Aryzta dans son communiqué du 14 février. En attendant leur remplacement, l’intérim sera assuré par trois membres de la direction du groupe, Dermot Murphy, Ronan Minahan et Robert O’Boyle. Une nouvelle équipe de direction et l’amélioration de la structure du capital qui devraient permettre au groupe de retrouver "performance et croissance", a indiqué Gary McGann, président du conseil d’administration.

La reprise en main au niveau des équipes s’est accompagnée d’une renégociation de ses conditions de crédit, lui offrant ainsi une meilleure flexibilité financière. À 3,5 fois l’Ebitda actuellement, son engagement actuel peut passer à 4 fois, accompagné d’une augmentation des coûts de financements de 40 à 50 points de base. Aryzta précise dans son communiqué qu’après une période d’investissement, le groupe est maintenant "dans une période de forte génération de trésorerie libre" propice à la réduction de la dette. Sur le dernier exercice 2015/2016, Aryzta, dont le chiffre d’affaires s’élevait à 3,87 milliards d’euros, affichait une dette nette de 1,71 milliard d’euros (2,8 fois l’Ebitda).

D’autres possibilités sont aussi à l’étude et notamment la cession de Picard, dirigé depuis septembre par Philippe Dailliez. Aryzta indique en effet avoir "entamé un processus avec Lion Capital (l’actionnaire majoritaire de Picard, ndlr) pour évaluer les alternatives de placement pour l’entreprise Picard". Aryzta détient une participation de 49 % dans Picard avec une option d’achat sur les 51 % restants à partir de 2018. La perspective d’un désengagement a visiblement rassuré les investisseurs, qui voient là un bon moyen d’alléger le bilan. Cet investissement réalisé pour près de 450 M€ en 2015 hors de son cœur de métier avait attiré pas mal de critiques contre Owen Killian. Mais les analystes interrogés par Bloomberg préviennent qu’Aryzta n’étant pas en position de force dans les négociations avec Lion Capital, il lui sera difficile de récupérer sa mise de fonds. Selon Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Bank Vontobel, "toutes les options sont sur la table, de la vente de 100 % à la vente de sa participation à un prix inférieur, ou à une introduction en Bourse." Racheté par Aryzta sur la base d’une valeur d’entreprise de 2,25 milliards d’euros, Picard affichait en 2015 un chiffre d’affaires de 1,37 milliard d’euros et un Ebitda de 192 millions d’euros.

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Aryzta et Lion Capital, des liens anciens

Aryzta et Lion Capital se connaissent depuis longtemps. La société d’investissement détenait initialement une participation de 32 % dans le capital de Hiestand Holding qu’il a revendu à IAWS Group, lors de la fusion des deux entités, pour donner naissance à… Aryzta. Lion Capital est totalement sorti du capital d’Aryzta en 2009.