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Les syndicats agricoles attendent des actes de la part des distributeurs

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Le syndicalisme majoritaire d’accord sur la nécessité de faire appliquer la Loi de modernisation de l’Economie
« Le dialogue est important et nécessaire. Mais on n’a rien résolu cet après-midi », a déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA à la sortie de la table ronde du 21 novembre, sur les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Concernant ces relations, selon lui, « il ne s’agit pas de créer une nouvelle loi sur les relations commerciales, mais plutôt de faire appliquer celle qui existe déjà. J’espère que sur ce point, on a été entendus ». François Thabuis, président des Jeunes Agriculteurs (JA), se dit « un peu dubitatif » à la sortie de la réunion. Certes, le gouvernement a montré une certaine « volonté », mais les JA attendent « des actes », notamment que « les distributeurs jouent le jeu ». Dominique Langlois, président d’Interbev (interprofession bétail et viandes), explique que « qu’il y a urgence à se pencher sur la situation dramatique de la production, de la transformation, voire même de la distribution ». Néanmoins, le président d’Interbev porte un regard plutôt positif sur la réunion en constatant une « volonté collective d’avancer ». Pour la filière porcine, il y a encore beaucoup de travail. « Tout le monde semble convenir qu’on n’a pas besoin d’une nouvelle loi pour changer les pratiques commerciales », a rapporté Jean-Michel Serres, président de la FNP (Fédération nationale porcine), « mais je reste sur ma faim concernant les relations avec la distribution ». Car, selon lui, la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) a eu des « propos extrêmement provocateurs en disant que ce n’est pas au consommateur de payer la hausse du prix des céréales ». Par ailleurs, la FNP se dit « prête à travailler sur la contractualisation, mais il faut que la distribution s’engage ». Le président de l’interprofession des fruits et légumes Interfel, Bruno Dupont, veut de son côté « reconstruire les relations » entre les familles professionnelles de ce secteur. L’importance de la transformation étant faible dans la filière des fruits et légume frais, les surcoûts (main d’œuvre) et hausses de prix (fioul, carton, plastique d’emballage) sont moins dilués que dans les filières de produits transformés. « Comment répercuter ces surcoûts, là est le problème », a-t-il évoqué.

La Confédération paysanne est « dubitative »
« Tout le monde a eu un discours de compassion envers l’élevage, mais on ne se nourrit pas de compassion », a réagi Gérard Durand, secrétaire national de la Confédération paysanne, à la sortie de la table ronde du 21 novembre sur les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Si le représentant du syndicat agricole est aussi « dubitatif », c’est qu’il « ne voit pas quelles répercussions les décisions prises lors de cette rencontre vont avoir sur la rémunération des éleveurs ». Selon lui, le ministère devrait plutôt se pencher sur « un prix minimum garanti » payé à l’éleveur. Et « tant que ce cadre ne sera pas mis en place, il faut réorienter les aides », ajoute-t-il. Enfin, Gérard Durand accuse la distribution de ne toujours pas être « aussi transparente qu’on voudrait nous le dire ». Et pourtant la situation est urgente : « Il n’y a pas de marge et les prix sont de plus en plus volatils. Cela provoque un glissement de l’élevage vers les grandes cultures », alerte Gérard Durand.

Coordination rurale : « Il est vain de se démener en tout sens »
A la sortie de la table ronde sur les relations commerciales du 21 novembre, « les ministres ont proposé la mise en place de groupes de travail… L’intention est certes sympathique mais le résultat attendu risque fort de ne pas être au rendez-vous final fixé en mai 2013 », a réagi la Coordination rurale dans un communiqué de presse du 22 novembre. Le syndicat rappelle par ailleurs qu’il est « vain de se démener en tous sens, voire de créer des lois contraignantes, pour tenter de stabiliser les marchés s’il n’y a pas d’abord la préoccupation de leur approvisionnement ». Ainsi, « il faut faire cesser les causes de cette volatilité qui est née quand les outils de régulation de la production ont été jetés aux orties et que la pleine intégration de l’agriculture dans l’OMC (suite au Cycle d’Uruguay) a livré aux aléas et à la spéculation planétaires les prix agricoles européens », assène le communiqué. La CR encourage donc le ministre de l’Agriculture « à aller plus loin dans sa volonté de sortir la PAC de son libéralisme excessif et à plaider pour une véritable régulation des productions ».