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Colloque Les syndicats débattent de l’avenir de la filière laitière

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Les acteurs syndicaux de la filière laitière se sont réunis le 29 novembre afin de débattre sur l’après-quota. Malgré leurs dissensions, les représentants des organisations professionnelles sont parvenus à de nombreux consensus : l’Europe a besoin d’outils de régulation, les organisations de producteurs verticales peuvent évoluer, et l’interprofession laitière doit réinventer son rôle.

 

Après la fin des quotas en 2015, « quel avenir pour les producteurs de lait ? ». C’est à cette question que les acteurs de la filière laitière ont tenté de répondre lors d’un colloque organisé le 29 novembre par la Confédération paysanne. Pour Daniel Chevreul, administrateur de la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), l’arrêt des quotas laitiers est surtout une opportunité pour « augmenter les exportations et être présent à l’international ». Mais dans le même temps, la filière française devra « défendre ses parts de marché européennes ». Les producteurs, eux, se sont montrés bien plus inquiets quant à l’avenir de leur filière. « Aujourd’hui, l’Europe est structurellement incapable de réagir au marché », a en effet alerté Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. Afin de donner à l’Europe les moyens de réagir face aux aléas du marché, Jérôme Chapon, vice-président des Jeunes agriculteurs, propose donc de « créer un observatoire européen des marchés et des volumes ». Cela « permettra de mettre en place des outils de gestion de crise », croit-il. Du côté de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), on propose de relever le « niveau d’intervention », actuellement fixé à 120€/t. Le syndicat souhaite également mettre en place un mécanisme européen indemnisant les éleveurs qui réduisent leur production lors des périodes de crise.

La question des OP transversales

L’ensemble des participants semblant être d’accord sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de contrôle des marchés, les débats se sont rapidement recentrés sur la structuration de la filière française par OP. Ces organisations de producteurs ont divisé le paysage syndical français : la FNPL a soutenu la création d’organisations verticales (liées à une seule entreprise), quand la Confédération paysanne et la Coordination rurale militaient pour des OP transversales (liées à un territoire). La France a besoin de mettre en place « une OP transversale qui doit être la plus large possible. La multiplication des OP ne pourra que les rendre concurrentes entre elles», a d’ailleurs lancé Yves Sauvaget, responsable de la commission lait à la Confédération paysanne. Mais, encore une fois, les échanges ont fait apparaître un certain consensus entre les différents participants de ce colloque. « On a fait le choix, peut-être par pur pragmatisme, de partir des groupements existants », concède Patrick Ramet, vice-président de la FNPL, mais seulement «pour les faire évoluer ensuite », précise-t-il. « Il faudra travailler à les restructurer en AOP (Association d’organisations de producteurs), et en organisations verticales ou transversales », poursuit-il. D’ailleurs, selon Jérôme Chapon, « la verticalité des OP a permis de négocier face aux entreprises mais la filière a également besoin de transversalité pour gérer les volumes de bassin ».

Quel rôle pour l’interprofession ?

Pour Daniel Chevreul, les organisations de producteurs ont par ailleurs l’avantage « de remettre les échanges entre producteurs au cœur des réflexions de la filière », rôle que ne tiendrait plus l’interprofession selon lui. « Ce qu’on pourrait lui reprocher, c’est d’être trop parisienne et de ne plus avoir de contact proche avec ses producteurs », a-t-il lancé. Sans rentrer dans de telles accusations, Yves Sauvaget a pour sa part regretté qu’au moment d’« ouvrir ses portes », « il n’y ait plus rien à faire dans les interprofessions ». Pour Patrick Ramet, le « Cniel de demain » doit donc être le garant de la transparence des marchés : « Il apporte une expertise économique indépendante », rappelle-t-il. Il pourra aussi être un outil de compétitivité pour la filière. « Le Cniel c’est le moyen de mettre de l’argent dans des domaines de recherche », a-t-il tenu à souligner. Si l’ensemble de ces questions a semblé fédérer les différents participants du colloque, Gérard Durand, secrétaire national de la Confédération paysanne, reste tout de même prudent. À la sortie de ce débat, « nous sommes prêts à défendre ensemble des positions auprès de Bruxelles, mais seulement si la FNPL et les JA partagent nos priorités : contrôler les structures pour que cessent les agrandissements, maintenir une production sur tous les territoires, et se battre pour l’installation des producteurs ». Autant de points qui n’ont pas été approfondis lors des débats.

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