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France Les syndicats frappés du « mépris » de Bruxelles

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Les qualificatifs vont bon train pour décrire la manière dont Bruxelles a entendu la demande des éleveurs le 7 septembre : mépris, provocation, moquerie… Les syndicats agricoles français sont unanimes, Bruxelles n'a pas répondu à leurs attentes.

« Il n'y a eu aucune réponse aux revendications, notamment sur l'embargo russe, que quelques aides. Je considère qu'il y a une forme de mépris », de la part des commissaires « qui ne sont plus dans la vraie vie », a déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA, présent à la manifestation à Bruxelles. « Au niveau européen, on est toujours dans la même dimension : débrouillez-vous avec le marché », a-t-il déploré. Les « vrais sujets, c'est-à-dire comment rendre l'agriculture plus compétitive, simplifier un certain nombre de dispositions qui sont devenues des usines à gaz pour les paysans, comment faire converger un peu plus des normes fiscales, sociales et environnementales » n'ont toujours pas été abordés. « Jamais nous n'aurions imaginé que la Commission prête si peu de cas à la crise agricole », a lâché quelques jours plus tard le président de Coop de France, Philippe Mangin, lors d'une conférence de presse le 10 septembre. Les Jeunes agriculteurs manifesteront eux leur déception avec une certaine ironie, dans un communiqué du 8 septembre : « Après plus de 3 heures de longues recherches, le résultat est sans appel : le commissaire à l'agriculture Phil Hogan est introuvable ! Alors que les organisations agricoles européennes ont passé au peigne fin toutes les rues du quartier des instances européennes, elles n'ont pas trouvé l'once d'une idée, d'une proposition ou d'un semblant de considération de la part du commissaire. On aura quand même réussi à connaître des bribes de son agenda […] On se sent mieux tout d'un coup. Il a prévu le recours au stockage privé ou l'extension du paquet lait aux autres secteurs. On a hâte. Mais ce n'est pas tout, il nous a aussi laissé un chèque de 40 euros par exploitation. On respire enfin. » Avant de conclure : « Le commissaire s'est moqué de nous » et « personne ne nous a entendus ».

Déception sur les prix d'intervention

Si la Fédération nationale des producteurs de lait et la Fédération nationale bovine ne réagiront pas par voie de communiqué, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) ne s'en privera pas. Elle qualifiera les mesures d'« inadéquates ». « Malgré l'ampleur de la crise, la Commission européenne refuse toujours de mettre à disposition l'argent des superprélèvements de manière significative et s'abstient de relever les seuils d'intervention, même de façon provisoire », a estimé Dominique Chargé, président de la FNCL. Président de l'APCA (chambres d'agriculture), Guy Vasseura demandé que la France remonte au créneau pour obtenir un relèvement des prix d'intervention. De leur côté, la Confédération paysanne (Conf') parle de « mépris » de la part de l'Union européenne pour les agriculteurs, et la Coordination rurale (CR) de « provocation ». Le Conseil européen a « osé se servir de la détresse des éleveurs pour aller encore plus loin dans le libéralisme, pour accélérer encore la disparition des paysans », s'insurge la Conf' dans un communiqué du 7 septembre. Pour le syndicat, « la maîtrise attendue par des milliers de manifestants présents devant le Conseil européen n'a même pas été portée par Stéphane Le Foll. Même le relèvement du prix d'intervention a été balayé sous prétexte de compétitivité ! Seules les avances d'aides Pac pourront donner un peu d'air aux éleveurs ».

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Pas de mesures structurelles

Dans son communiqué du 8 septembre, la CR compare « l'enveloppe débloquée pour la seule crise des concombres » (210 Mio €) à celle débloquée pour les éleveurs. Et, pour le syndicat, « ces 500 millions d'aides ne sont qu'un pansement sur une jambe de bois et ne répondent en rien aux besoins des producteurs pour éviter la faillite ». Il revendique en urgence « une profonde réforme de la PAC » et s'interroge sur l'« embarras » et les « interrogations » de Stéphane Le Foll à la sorti du conseil des ministres. Finalement, c'est peut-être les JA qui résumeront au mieux la profonde demande de chacun des syndicats de tout bord et de toute production à laquelle Bruxelles n'aura pas répondu : « Nous ne sommes pas venus chercher un chèque à Bruxelles, nous sommes venus réclamer des mesures structurelles pour le long terme : des mesures européennes pour anticiper et gérer les crises, des mesures pour sécuriser les revenus ».