A peine a-t-elle fait état du remarquable développement du marché français des jus de fruits, que la profession tire maintenant la sonnette d’alarme sur « l’inflation sans précédent de ses coûts de production ».
L’organisation professionnelle du jus de fruits se félicitait la semaine précédente de la solide croissance de ce marché Cf Agra alimentation n°1980 du 28.06.07 p.33, mais c’était pour mieux préparer les esprits à ce qui lui paraît une fatalité : les prix au stade consommateur ne pourront rester longtemps inchangés étant donné toutes les hausses déjà intervenues et encore à venir des coûts de production.
Frappé de plein fouet dans son dynamisme, l’industrie française veut trouver de la compréhension chez ses partenaires. Il ne faudrait pas, selon Unijus, que le phénomène soit une menace pour la croissance de la consommation observée sans discontinuer depuis une quinzaine d’années. Une multitude de facteurs ont influencé à la hausse le coût des matières premières nécessaires à la fabrication de jus de fruits : ouragans, maladies, reconversion de surfaces cultivées, émergence de nouveaux pays consommateurs, hausse de l’énergie, des emballages, du carburant, des transports,… Après le doublement, voire plus, du coût des concentrés d’orange et de pamplemousse, variétés les plus consommées en France, tout au long de la campagne 2005-06, les perspectives pour la campagne 2006-07 sont tout aussi préoccupantes et Unijus tient à souligner que « la sauvegarde et l’équilibre économique des entreprises du secteur nécessitent un ajustement du prix de vente aux consommateurs ».
Les Allemands acceptent bien de payer…
Et à l’intention des distributeurs qui s’y opposeraient par crainte de voir baisser les volumes vendus dans leurs linéaires, Sylvain Jungfer, président d’Unijus, affirme que « certains pays européens comme l’Allemagne ont réussi à faire accepter aux consommateurs des hausses de prix de 30 % sur les douze derniers mois, sans constater de baisse de consommation sur leur marché, assurant ainsi la pérennité des entreprises du secteur ». La profession qui subit cycliquement de telles variations de coûts en particulier sur les matières premières plaide qu’elle « a toujours montré sur le long terme de la modération dans l’évolution des prix de ses produits mais veut pouvoir, quand cela est nécessaire, assurer ses équilibres fondamentaux en répercutant ces hausses dans ses tarifs ».
Et pour étayer son argumentation, l’organisation professionnelle détaille les facteurs haussiers auxquels les fabricants ont à faire face. Les coûts énergétiques ont augmenté de 35 % par unité de vente consommateur, les emballages plastiques et les transports sont impactés par le prix du baril de pétrole et par celui du gazole (en hausse de 19,8 % en 2005 et de 4,8 % depuis). Les emballages subissent et vont subir des augmentations non négligeables, par exemple le carton a déjà été renchéri de plus de 8 % sur les douze derniers mois. Sans parler du coût de la main d’œuvre quand le SMIC a été relevé de 25,7 % sur six ans.
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Sous les fourches caudines du Brésil
Quant aux fruits proprement dit, Unijus rappelle que 70 % des volumes de jus de fruits consommés en France sont des jus d’agrumes dont la situation est particulièrement tendue. Pour les jus d’orange à base de concentrés, l’origine des problèmes se situe en Floride et au Brésil. Les ouragans de Floride (2004 et 2005) ont détruit les plantations et répandu le « citrus canker », obligeant à des arrachages et freinant les replantations, quand ce n’est pas l’immobilier qui a pris le dessus. Au Brésil, il n’y a plus désormais que quatre majors qui concentrent 90 % de la production, un tel oligopole ne laissant que peu de marge pour négocier les prix. Le plan bioéthanol a entraîné des reconversions de surfaces d’orangeraies, et le niveau des stocks est déjà un des plus faibles depuis quinze ans alors que de nouveaux pays acheteurs apparaissent (la Chine achète 61 000 tonnes aujourd’hui contre 5000 il y a sept ans. Ainsi jus et concentrés ont vu leurs prix multipliés par trois sur ces 20 derniers mois.
Pas d’accalmie en perspective
S’agissant des jus d’orange, le Brésil qui a développé ses installations a cessé de jouer les prix bas qui lui avaient permis de conquérir des parts du marché mondial et privilégie maintenant la recherche de marges. Un nouvel accord entre producteurs et transformateurs brésiliens laisse présager de nouvelles hausses de prix pour cette origine. Et en Espagne, la situation est aussi tendue, après des hausses de plus de 15 % en 2006.
Les jus de pamplemousse sont affectés par les conséquences des mêmes ouragans et par celui de 2005 à Cuba, qui a détruit 70 % de la récolte. L’offre de pamplemousse est très faible et le pamplemousse rosé, un peu moins rare, se négocie à des prix très élevés.
Pour les jus de pomme, qui représentent plus de 10 % de la consommation française, d’autres facteurs se sont conjugués : en 2005, de mauvaises conditions climatiques ont fait reculer de 25 % la récolte des pays de l’Est, pourvoyeurs importants de l’Europe, et avec des taux d’acidité trop bas il a été difficile d’effectuer les mélanges avec d’autres origines. Le marché a été désorganisé, et les Allemands venant acheter en masse sur le marché français les prix se sont envolés. Et pour 2007, la récolte polonaise est attendue en baisse de 50 % et celle de l’Allemagne de plus de 30 %. Ainsi, les prix des concentrés pour les variétés acides sont passés de 1 euro à 1,30 euro le kilo et ceux des variétés douces de 0,75 euro avant la récolte 2005 à 1,15 euro actuellement.