Un programme de recherche financé par l’UE montre que les tests de toxicité à 90 jours effectués sur des rats pour évaluer la sûreté des OGM commercialisés dans l’UE sont inutiles. L’industrie demande qu’ils soient donc supprimés. Mais les résultats de ces travaux sont contestés par les ONG.
Les études obligatoires d’alimentation sur 90 jours pour les OGM ne sont pas nécessaires, ces tests devraient être menés au cas par cas, conclut un vaste programme de recherche européen, Grace (pour évaluation du risque OGM et communication des preuves), dont les résultats finaux ont été discutés les 9 et 10 novembre à Potsdam (Allemagne). Réalisés par 18 centres de recherche européens, et financé par le septième programme-cadre européen pour la recherche et l’innovation (désormais remplacé par Horizon 2020), ces travaux montrent en effet qu’aucune preuve n’a été faite que les tests de toxicité des OGM sur des rats en laboratoire apportent des informations sur la sûreté des variétés transgéniques. Un règlement adopté le 3 avril 2013, impose, dans le cadre des protocoles d’autorisation de nouveaux OGM au sein de l’UE, de mener des études de toxicité sur 90 jours sur des rongeurs pour toute demande de commercialisation d’OGM destinés à l’alimentation humaine et animale en Europe.
Des essais qui ne peuvent être justifiés
Les tests en vigueur prévoient de comparer des populations de rats soumis à un régime alimentaire à base d’OGM avec un échantillon test consommant l’équivalent conventionnel. Les scientifiques du programme Grace se sont penchés sur le MON810, seule variété génétiquement modifiée autorisée à la culture dans l’UE. Un essai a également été mené sur une durée d’un an, confirmant les conclusions des essais de 90 jours, à savoir que l’alimentation à base du maïs MON810 n’a pas conduit à des effets néfastes sur les rats. Les études d’alimentation non ciblées (qui ne cherchent pas un effet en particulier) peuvent entraîner des différences significatives entre les animaux nourris avec des OGM et ceux nourris avec un régime de contrôle, mais ces résultats qui sont générés aléatoirement ne sont pas informatifs pour l’évaluation des risques, soulignent les chercheurs dans leurs conclusions.
En raison de ces limitations, les essais d’alimentation obligatoires chez le rat ne peuvent être justifiés, surtout à la lumière de l’objectif européen de remplacer et réduire les essais sur les animaux, ajoutent les experts. Ils soulignent les résultats prometteurs – mais à confirmer – des études in vitro telles que l’exposition de cultures cellulaires à des extraits de plantes transgéniques.
Résultats salués et contestés
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Europabio, qui représente les intérêts des entreprises de biotechnologies à Bruxelles, s’est félicité de ces conclusions et a demandé à la Commission européenne d’annuler l’obligation de réaliser des tests à 90 jours puisqu’ils sont inutiles et coûteux.
Mais pour Testbiotech, ces résultats ne sont pas fiables : « notre analyse montre que l’industrie des biotechnologies […] a non seulement systématiquement influencé le projet de recherche de Grace, mais également quatre autres projets similaires de recherche de l’UE. Tous les coordonnateurs de ces projets font partie d’un réseau financé par l’industrie ». L’association anti-OGM propose que toutes les parties prenantes du dossier y compris les organisations environnementales et de consommateurs soient désormais impliquées dans les processus de sélection des projets d’évaluation des risques depuis le début et pas seulement une fois que les projets ont démarré.
Trois nouveaux sojas transgéniques bientôt sur le marché
Les experts des États membres n’ont, une nouvelle fois, pas réussi à se prononcer pour ou contre la mise sur le marché pour l’alimentation humaine et animale de trois variétés de soja génétiquement modifiées, lors d’une réunion en comité permanent le 18 novembre. Il s’agit des sojas MON87705 x MON89788 (à faible teneur en acide gras saturé), et MON87708 x MON89788 (tolérant à plusieurs herbicides) de Monsanto et du FG 72 (tolérant à plusieurs herbicides) de Bayer CropScience. Un nouveau vote sera organisé dans un délai d’un mois en comité d’appel. Il reviendra ensuite à la Commission de Bruxelles de donner son feu vert définitif pour leur mise sur le marché.