Avec une hausse de 40 % du prix de la matière première de saumon ces dernières semaines, les transformateurs de saumon ne sont pas à la fête. Un phénomène structurel de flambée des cours, perdure en raison d’une demande mondiale qui croît bien plus vite que la production et d’un phénomène de concentration des producteurs. La rentabilité des transformateurs est atteinte, et le syndicat national des industries du saumon et de la truite fumés annonce une inévitable hausse des prix de vente. Après avoir accusé un déficit de 6 millions d’euros l’an passé, Sif France, dont la transformation de saumon représente 50% de ses volumes, devrait ainsi afficher encore cette année un résultat négatif.
Face à des coûts de matières premières qui ne cessent d’augmenter, « les fumeurs se trouvent dans l’obligation de revoir leurs tarifs ». Dans un communiqué, le syndicat national des industries du saumon et de la truite fumés (Stif) prévient distributeurs et consommateurs. Alors que le prix du poisson représente 55 à 60 % de la valeur du saumon fumé, en quelques semaines, le prix du saumon norvégien (61% des volumes) a grimpé de 40%.
Un phénomène structurel
C’est en avril 2005 que la mise en place d’une taxe anti-dumping par l’Union Européenne Cf. Agra alimentation n°1872, du 17 février 2005, p. 8. sur les importations de saumon norvégien, visant à instaurer un prix minimum, a mis le feu aux poudres. « Les producteurs norvégiens ont dû dans un premier temps augmenter leurs tarifs de 16% », indique Pierre Commere, secrétaire général du Stif. « Ce problème conjoncturel a fait apparaître un phénomène structurel sous-jacent », poursuit le responsable, puisqu’en dépit de la fin de cette mesure de rétorsion douanière en juillet, plus rien n’a pu freiner la hausse des cours. « On s’attendait à ce qu’une mise en eau de poissons détende le marché, mais rien n’y a fait », déplore Philippe Darthenucq, président de Sif France. Car le problème est avant tout structurel : la demande croît plus vite que l’offre. En effet, la consommation de saumon se développe non seulement en Europe, mais au Moyen-Orient, dans les PECO, ou encore en Asie ! Mais en face, la production de saumon n’atteint même pas les 5% de croissance par an, en raison notamment du temps incompressible de maturation du poisson.
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Ledun en dépôt de bilan
Autre facteur, la concentration des producteurs de saumon d’élevage. Ce marché, qui représente près de 95% de l’approvisionnement des transformateurs de saumon, est alimenté par moins d’une dizaine d’acteurs. Leur concentration « contribue inévitablement à la hausse des prix, la baisse de concurrence aidant » analyse Pierre Commere. « La concentration de l’amont entraîne toujours des hausses de coûts » confirme Philippe Darthenucq. En aval, les transformateurs accusent donc le coup. La santé financière fragile des Salaisons maritimes André Ledun n’a par exemple pas résisté : cette société, qui emploie 220 personnes et affiche un chiffre d’affaires de 32 millions d’euros, s’est retrouvée en cessation de paiement et a été mise en redressement judiciaire fin janvier.
Les fumeurs de saumon vont donc augmenter les prix de vente. Et quant à savoir l’impact sur la consommation finale, l’avenir reste flou. Pierre Commere rappelle « qu’en 2001, la hausse des prix avait fait chuter les volumes de 15% ». « Mais maintenant, le contexte est différent, notamment avec le report de ventes dû à la crise de la grippe aviaire », tempère-t-il. L’industrie française du saumon fumé a produit 25 500 tonnes de saumon fumé en 2005 et 2 000 tonnes de truite fumée pour un chiffre d’affaires de 410 millions d’euros. Elle emploie 3 000 salariés.