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Autobiographie Les trois vies de Jean Pinchon

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Quelques mois après sa mort, une autobiographie de Jean Pinchon nous livre le récit qu’il avait commencé à rédiger de cette vie passée au service de l’agriculture. Non sans nostalgie, il évoque son travail au sein de la FNSEA, dans les cabinets ministériels et comme cadre dirigeant de la société familiale et multinationale Louis Dreyfus. Trois vies qui ont montré le lien entre le politique, le syndical et l’économique.

En octobre 1990, Michel Rocard devient Premier ministre sous la présidence de François Mitterand. C’est à Jean Pinchon qu’il propose de succéder à Henri Nallet comme ministre de l’Agriculture. Le choix est judicieux, ce fils d’agriculteur normand a contribué à créer l’essentiel des outils de modernisation de l’agriculture française, d’abord comme cadre de la FNSEA puis comme conseiller technique au ministère des finances et directeur de cabinet d’Edgar Faure alors ministre de l’Agriculture.
Jean Pinchon refuse, cependant. Pour lui, la page est tournée, il a intégré le groupe de négoce international Louis Dreyfus et puis, écrit-il : « J’ai le sentiment que le monde rural a trop changé depuis l’époque où j’ai commencé de le servir, près de quarante ans auparavant en entrant à la FNSEA. » Une réflexion bien paradoxale pour l’homme qui a justement, plus que d’autres, contribué à faire changer les structures agricoles !
Syndicaliste, politique, homme d’affaires, Jean Pinchon aura vécu trois vies qu’il raconte dans ce document. Trois vies qui montrent, si besoin est, qu’il est sans doute inutile de séparer les trois dimensions de la vie agricole : politique, économie, syndicalisme.

Nostalgie

Mais, s’il a été un personnage moderne, Jean Pinchon est parfois empreint de nostalgie. « J’aurais donc eu dans ma vie la douleur de voir s’éteindre cet enthousiasme », écrit-il au printemps 2008, après avoir décrit un congrès ancien de la FNSEA où « les betteraviers de l’Aisne et les céréaliers de l’Oise avaient accepté unanimement de se montrer solidaires des petits producteurs de Lot-et-Garonne et des gemmeurs des Landes. Quelqu’un avait dit alors : Les gros paieront pour les petits et la salle avait crié son enthousiasme ». Et de regretter aussi le temps où « les coopératives ramassaient 65% du lait ; aujourd’hui elles n’en collectent pas le tiers et encore le font-elles souvent pour le compte des industriels. »
La lecture est cependant tonique : « J’ai réussi parce que j’ai douté, bougé, évolué, étudié (…) depuis mon premier stage dans une fromagerie normande jusqu’à mes multiples voyages en Chine. »
Jean Pinchon, Mémoires d’un paysan, L’Harmattan 260 pages 25 euros

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