Pays ACP, députés européens, betteraviers et industriels fabricants de sucre tiennent le haut du pavé de l’actualité européenne pour dénoncer, semaines après semaines, les risques que fait courir au secteur du sucre, le projet de réforme de l’OCM actuellement sur la table. Pour rééquilibrer les positions, le Comité des industriels utilisateurs de sucre (CIUS) fait circuler une étude qui met en lumière « la collusion tacite » créée sur ce marché par le système des quotas. Le Cius relativise les conséquences de la réforme proposée par l’exécutif européen en 2004.
Les prises de positions hostiles aux projets de Bruxelles pour la réforme de l’OCM sucre se multiplient. Dernière en date, l’adoption à une très large majorité par le Parlement européen, le 10 mars, d’un rapport qui demande « que soit maintenue une gestion de l’offre à travers les quotas de production ainsi que du système actuellement en vigueur de soutien des prix ».
« réforme ambitieuse »
Tant de choses que la Commission de Bruxelles envisage de démanteler progressivement. Ce qu’a confirmé Mariann Fischer Boel devant les eurodéputés : « Nous avons besoin d’une réforme ambitieuse», a-t-elle défendu, rappelant que « maintenir un prix de marché trois fois supérieur au cours mondial devient de plus en plus difficile à défendre ». Seul point sur lequel la commissaire est prête à transiger, l’organisation de la restructuration du secteur sucrier. Elle reste favorable aux transferts de quotas pour « faciliter la mobilité de la production vers les régions où les coûts sont les plus bas ». Mais les « inquiétudes (sur cet outil) ne sont pas passées inaperçues». Mariann Fischer Boel réfléchit à « un fonds spécifique » qui permettrait « un certain degré de contrôle des Etats membres et des agriculteurs» sur ces transferts.
Quoi qu’il en soit, les députés européens rejettent un tel système et défendent l’idée d’un fonds de restructuration pour aider les industriels et les producteurs du secteur qui souhaitent se désengager. Résumant la position de ses collèges, l’eurodéputé Joseph Daul explique qu’il est « contre la libéralisation des produits agricoles à tout prix, un tel dogmatisme ne pouvant conduire qu’à des drames comme en connaissent actuellement les producteurs de café » ! Il milite notamment pour une meilleure prise en compte des intérêts des pays ACP pour réformer le régime sucre.
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10 industriels, 70 % des quotas
A l’opposé de ces prises de position, le Comité des industriels utilisateurs de sucre (CIUS) rappelle la quasi absence de concurrence sur le marché du sucre en Europe. Selon les chiffres du Comité, dans huit pays européens (Australie, Danemark, Irlande, Lettonie, Pays-Bas, Slovénie, Suisse et Royaume-Uni), un seul opérateur détient l’ensemble des quotas et donc l’ensemble du marché national. Ailleurs, il est rare que plus de trois fabricants de sucre se partagent un marché. En fait, souligne le CIUS, 10 industriels se partagent 70 % de la production de sucre européenne : Süedzucker, Nordzucker, British Sugar, Tereos, Danisco, Pfeifer& Langen, Sucre Union, Ebro Puleva Polski et Tate&Lyle.
Six pays mettraient fin à leur production
Selon les utilisateurs de sucre, la réforme proposée par le commissaire Franz Fischler en juillet 2004 ferait disparaître la production de sucre dans six pays européens : la Slovénie, la Lettonie, le Portugal, la Lituanie, la Finlande et la Grèce. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique et la Suède gagneraient des parts de marché et augmenteraient leur production grâce à des rachats de quotas. La Pologne, les Pays-Bas, la République tchèque, la Hongrie, l’Autriche, la Slovaquie et l’Irlande se contenteraient de stabiliser leur production.
Ce phénomène qui dessine une tendance en faveur des grands producteurs est confirmé par d’autres études. L’une d’entre elles montre que Süedsucker, Nordsucker British Sugar, Tereos, Danisco et Sucre Union seraient les premiers à bénéficier de la réforme du sucre telle qu’elle est aujourd’hui envisagée, avec des gains de part de marché allant de 1 à 5 %. Dans le même temps, les positions de Pfeifer & Langen, de Polski Cukier et de Tate&Lyle resteraient inchangées. Les autres opérateurs perdraient près de 10 % de leurs parts.