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Bilan annuel boursier Les valeurs agroalimentaires ont tiré leur épingle du jeu l'an dernier en Bourse

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Alors que l'indice phare de la Bourse de Paris a fait du sur-place en 2014, les valeurs de l'agroalimentaire, grâce à leur caractère défensif, ont globalement gagné du terrain. L'année 2015 démarre doucement, en raison de la persistance de nombreuses incertitudes économiques et géopolitiques, mais les professionnels sont assez confiants sur les chances d'une nouvelle progression des titres des entreprises agroalimentaire.

On ne peut pas gagner à tous les coups ! L'évolution à la Bourse de Paris en 2014 n'aura pas été à la hauteur des espérances des investisseurs. Interrogés en décembre 2013 par Reuters, comme chaque année, sur leurs prévisions à un an, les analystes et gérants de fonds voulaient croire à une reprise durable du marché, effaçant ainsi les effets négatifs de la crise. Les professionnels pariaient à l'époque sur une hausse de l'ordre de 13 % de l'indice CAC 40 au cours de l'année 2014 à 4 640 points, un niveau oublié depuis juin 2008, marquant ainsi la troisième année consécutive de hausse, après +15,2 % en 2012 et + 18 % en 2013 (en 2011, le CAC 40 avait chuté de 17 %). Mais c'était sans compter sur le mois d'octobre, un mois qui reste l'un des pires historiquement sur les marchés. Sur fond de craintes géopolitiques et économiques au niveau mondial, un vent de panique a soufflé sur l'ensemble du marchés, faisant perdre en un mois l'avance engrangée sur les neuf mois précédents.

Mais au final, les investisseurs ont retrouvé leur sang-froid et l'indice CAC 40 a finalement terminé l'année 2014 pratiquement là où il l'avait commencé, avec un repli limité à 0,54 % à 4 272,75 points. Pernod Ricard et Danone, seuls représentants du secteur agroalimentaire au sein du CAC 40, surperforment l'indice phare, avec des progressions respectives de 11,41% et 4,07 % en 2014. En revanche, Carrefour, unique distributeur entrant dans la composition de l'indice phare parisien, cède 12,18 %. De leur coté, les indices CAC Food Producer et CAC Beverages d'Euronext Paris, regroupant les principales capitalisations des secteurs agroalimentaires et vins et spiritueux se sont respectivement appréciés de 3,32 % et 7,67 % l'an dernier.

« Les groupes du secteur agroalimentaire ont encore une fois préservé leur statut défensif, avec une nouvelle année de croissance organique de leur chiffre d'affaires et de leurs résultats. Il n'empêche que, boursièrement, 2014 a été une année difficile et ce pour plusieurs raisons », concède Pierre Tegner, spécialiste du secteur chez Natixis. Et ce dernier d'énumérer d'une part, le phénomène de bulle sur les valeurs de croissance défensives observée en 2013 qui a continué à se dégonfler jusqu'en septembre 2014. D'autre part, le ralentissement des niveaux de croissance organique sous le double effet du coup de frein dans les pays émergents et d'un environnement déflationniste en Europe. Et enfin, la prise de conscience par le marché de l'effet devises sur les résultats des plus grosses capitalisations du secteur qui ne devraient pratiquement pas afficher de croissance de résultats pour la seconde année consécutive. Et pourtant, ne manque pas de souligner Pierre Tegner, « dans cet environnement complexe, les valorisations des valeurs du secteur agroalimentaire ont tenu à un niveau supérieur de 10 % à 15 % à la moyenne 10 ans ».

Même constat à la direction des études économiques d'Uni-grains, dont l'indice IAA 80 (1), a enregistré depuis 2004, « une progression nettement supérieure à celle du MSCI Europe (2), notamment depuis 2009, multipliant sa valeur par 3 contre 1,4 pour le MSCI Europe (l'un et l'autre exprimé en dollar, NDLR). Cet indice est tiré vers le haut par les valeurs boissons – particulièrement en 2006-2007 et depuis 2012 – et les groupes leaders en termes de taille », relève Marion Dietz, chargée d'études économiques chez Unigrains. Sur la seule année 2014, cette dernière souligne que « l'IAA 80 et le MSCI Europe ont évolué au sein d'une fourchette très étroite au premier semestre 2014, affichant une hausse régulière à partir de mars. Sur le second semestre en revanche, ces indices divergent, les valeurs de l'agroalimentaire résistant mieux aux vagues baissières de l'automne : l'IAA 80 réalise ainsi un gain proche de 15 % en fin d'année, alors que le MSCI Europe perd plus de 5 % ». .

2015, VERS UNE REPRISE DU MARCHÉ ?

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Les premières séances de 2015 à la Bourse de Paris ont démarré sans grand enthousiasme. En Europe, les incertitudes sur la Grèce à l'approche des élections législatives du 25 janvier et la faiblesse persistante de l'euro, qui a touché un plus bas de neuf ans (février 2006) à 1,1864 dollar dans la matinée du 5 janvier, freinaient l'ardeur des investisseurs. À nouveau interrogés par Reuters dans la première quinzaine de décembre 2014, sur leurs pronostics pour la fin 2015, les professionnels veulent pourtant toujours y croire. Ils tablent sur un rebond des actions de la zone euro, comptant sur la Banque Centrale Européenne, la baisse de l'euro et la chute des prix de l'énergie pour soutenir l'économie. La volatilité devrait encore être de mise, dans le sillage de mouvements observés sur les derniers mois de 2014, en raison de la persistance de nombreuses incertitudes, sur la croissance toujours, mais aussi sur la situation économique de la Russie, de nature à nourrir la nervosité des investisseurs. Ainsi, d'après le sondage trimestriel effectué début décembre 2014 auprès d'une cinquantaine de spécialistes des marchés, l'indice CAC 40 devrait atteindre 4 700 points en fin d'année. « La forte baisse des prix du pétrole renforce le scénario d'une croissance mondiale au-dessus de +3 % sur 2015 ainsi que la nécessité pour les banques centrales de soutenir la liquidité ; deux facteurs positifs pour les actions à l'horizon d'un an dans un contexte d'une plus grande volatilité », estime Eric Mijot, responsable de la stratégie chez Amundi, interrogé par Reuters.

Une fois encore, les valeurs agroalimentaires pourraient tirer leur épingle du jeu. Selon l'analyste de Natixis, « 2015 pourrait être une bonne année ». Certes, le premier semestre supportera le reliquat du ralentissement observé au second semestre 2014 dans les pays émergents, mais la chute du pétrole et la baisse des matières agricoles ainsi que l'absence d'effet devises négatifs, devraient permettre aux groupes de retrouver des niveaux de croissance des résultats proches de 10 %, du jamais vu depuis 2 ans », estime l'analyste. 10 % de croissance, dont 3,5 % à 4,5 % de croissance organique (dont 0 % en Europe, 2 % aux USA et 4 %/6 % dans les pays émergents) auquel il faut rajouter 1 % à 2% d'effet devises, une poursuite modeste de 20/40pb de la progression des marges (effet matières qui seront partiellement répercutés sur les prix) et un peu de levier financier, plus, pour certains, un petit effet positif des acquisitions de 2014. Et Pierre Tegner d'ajouter qu'à la différence de 2008, « les management ne sont pas surpris par la crise et donc qu'il n'y a pas de risque de choc similaire à celui qu'on a connu en 2008 quand on est passé brutalement d'un contexte de croissance généralisée (Europe, US, émergents) à un contexte de crise avec des phénomènes inédits tels que le trading down, la hausse des coûts matières et la baisse des volumes ». De fait aujourd'hui, les entreprises et leurs structures de coût sont plus adaptées à un environnement toujours difficile. « En définitive, le secteur agroalimentaire peut continuer de s'apprécier de 10 %, voire davantage lorsque la visibilité permettra de se reporter sur 2016 », pronostique l'analyste.

(1) L'indice IAA 80 créé par Unigrains en 2014 regroupe 80 valeurs de l'agroalimentaire basées dans 13 pays d'Europe de l'Ouest. Les groupes retenus ont une activité de transformation (hors amont agricole, distribution, restauration), dont près de 1/3 dans l'industrie des boissons et 2/3 dans l'industrie des aliments. L'indice est pondéré par la capitalisation boursière. Les titres sélectionnés ont une capitalisation boursière supérieure à 50 M€ et un flottant minimum de 15 %.

(2) L'indice MSCI Europe est composé de moyennes et grandes capitalisations des marchés de 15 pays européens (Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne, Suède, Suisse et Royaume-Uni). Avec 440 constituants, l'indice couvre environ 85 % de la capitalisation boursière ajustée au flottant de chaque pays et de chaque groupe d'industries européen. A noter que Nestlé arrive en tête du « top ten » des plus grosses capitalisations au sein du MCSI Europe.

La pondération

La pondération des indices CAC d'Euronext est basée sur les capitalisations flottantes. Le flottant est arrondi à la borne supérieure par paliers de 5 %. Par exemple, plus la capitalisation boursière flottante est importante plus le poids de la valeur dans l'indice est élevé (à noter qu'une valeur ne peut représenter plus de 15% de l'indice).