Dans un environnement compliqué, 2015 aura été un bon cru boursier pour les valeurs des secteurs agroalimentaire et vins et spiritueux. Le manque de visibilité sur la reprise économique du début d'année complique la vision à moyen terme pour les professionnels qui restent néanmoins raisonnablement optimistes.
Vive 2015 !! Les années se suivent et – heureusement – ne se ressemblent pas. Après une année boursière 2014 sans grand éclat, où le caractère défensif des valeurs de l'agroalimentaire avait pleinement joué, « les groupes du secteur des biens de consommations et de l'agroalimentaire en particulier, ont connu une année 2015 exceptionnelle », nous indique Pierre Tegner, spécialiste du secteur agroalimentaire, tabac et biens de consommation chez Natixis. Et pourtant, tout n'a pas été rose l'an dernier. Entre pression déflationniste en Europe, pays émergents difficiles dont la Russie, la Chine et le Brésil et reprise plus modeste que prévu des USA notamment, les défis à relever n'ont pas manqué.
En 2015, l'indice phare de la Bourse de Paris a gagné 8,53 %, après un très léger gain de 0,54 % en 2014. Les indices CAC Food *et CAC Beverages** ont fait encore mieux avec des progressions respectives de 17,91 % et 16,82 %. Une tendance assez similaire à celle de l'indice européen du Food & Beverage (SX3P) qui a terminé l'année sur une hausse supérieure à 16 %, contre seulement 6 % pour l'Eurostoxx600. « La tendance boursière qui s'était enclenchée à partir d'octobre 2014 s'est poursuivie ; le marché privilégiant les valeurs sensibles à la baisse de l'euro tout en conservant des fondamentaux défensifs », précise Pierre Tegner.
En 2015, « la hausse du dollar par rapport à toutes les monnaies et notamment par rapport à l'euro est indéniablement le point marquant de l'année écoulée. Cela s'est traduit par un triple choc : choc de croissance des ventes, choc de croissance des résultats et surtout un choc de compétitivité », explique encore le spécialiste de Natixis. Si l'environnement a été plus que difficile, la baisse de l'euro a donc été salutaire. « Il est bien connu que les groupes agroalimentaires sont très défensifs, car ils produisent localement ce qu'ils vendent localement. Ils sont donc peu exposés à un risque de change sur leurs marges. 2015 n'a rien changé de ce point de vue là. Mais ce qui a changé, c'est que les groupes européens ont commencé l'année avec une réserve de croissance bénéficiaire de 3% à 5% (grâce à l'euro), alors que les groupes US ont débuté l'année avec près 3% à 5% de baisse de leurs bénéfices à cause du dollar américain. Les premiers ont donc pu investir, alors que les seconds ont dû piloter très strictement leurs coûts, parfois au détriment de leurs parts de marché ». Evidemment, il y a eu aussi la pression déflationniste en Europe, la baisse des prix du pétrole, la chute des prix du lait et la poursuite du ralentissement de certains émergents, caractérisé par le mouvement d'août sur certaines devises, mais au global, l'effet devises est positif.
ENCORE LA HAUSSE EN 2016
Et les professionnels restent relativement optimistes pour 2016, à en croire les résultats du traditionnel sondage réalisé par Reuters en fin d'année. Les gérants et analystes interrogés mi-décembre 2015 tablent ainsi sur une hausse de plus de 14 % du CAC 40 d'ici à la fin décembre 2016, à 5 200 points. Un an plus tôt, ces mêmes spécialistes pariaient sur un CAC 40 à 4 700 points fin décembre 2015, pas loin des 4 657 points finalement atteint au dernier coup de gong de l'année dernière. De leur côté, les stratégistes interrogés par Bloomberg anticipent une hausse de 16 % du Stoxx Europe 600 en 2016. A noter que cette année encore, les valeurs européennes conservent la faveur des investisseurs en raison de niveaux de valorisation toujours attractif, par rapport notamment au marché américain.
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Mais en 2016 comme en 2015, la volatilité restera de mise, alors que les incertitudes sont légions, tant sur un raffermissement de la croissance en 2016, que sur une amélioration dans les pays émergents, ou encore sur l'évolution des devises, des politiques monétaires, sans parler des risques géopolitiques. L'ombre d'un mini-krach chinois a plané dès les premiers jours de janvier, mettant tout le monde à l'unisson. Selon JPMorgan AM, « la trajectoire du dollar est un élément essentiel, dans la mesure où les taux amorcent leur progression aux États-Unis, l'ascension du dollar devrait se ralentir du fait que l'écart de croissance entre les États-Unis et le reste du monde se réduit. Pour la société de gestion, la stabilisation du dollar et du pétrole va rassurer les marchés des actions et du crédit ; le redressement des bénéfices et la résistance de la consommation dans les marchés développés va apporter aux investisseurs la confirmation qu'ils attendent, à savoir que la hausse progressive des taux aux États-Unis ne paralysera pas la croissance. JPMorgan AM commence l'année avec une surpondération sur les actions (notamment sur l'Europe hors Royaume-Uni et sur les États-Unis) et sur le crédit.
ET QUID DES VALEURS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE ?
Sur le front des valeurs, « depuis 3 mois, le marché privilégie les valeurs défensives au gré des évolutions des devises et de la politique monétaire. Le manque de visibilité sur une reprise économique, comme sur les devises complique la vision de moyen terme, estime Pierre Tegner qui prévoit une année boursière 2016 assez moyenne pour les groupes du secteur. Selon lui, « on peut raisonnablement s'attendre à ce que 2016 soit une année de normalisation après 3 exercices bouleversés par les devises ». Par normalisation, l'analyste entend « une croissance de 6% à 7% des bénéfices récurrents, dont 4% à 4,5% de croissance organique des chiffre d'affaires (0+ en Europe, 1%/3% en Amérique du Nord, 6%/8% dans les émergents), une poursuite de la progression des marges grâce à l'environnement matières, à la discipline sur les coûts et à la moindre inflation dans les émergents plus un peu de levier financier ». Et de conclure que « cette normalisation n'est pas un risque mais un retour à la réalité et que tout l'enjeu sera d'améliorer le degré de flexibilité pour répondre à la volatilité croissante ».
* composition du CAC Food : Agricole Crau, Bonduelle, Danone, Duc, Fleury Michon, Fromageries Bel, Grands Moulin de Strasbourg, Internationale de Plantations d'Hévéas, LDC, Naturex, Savencia, Tipiak, Unibel et Vilmorin et Cie.
** composition du CAC Beverages : Advini, Brasserie Ouest Africain, Brasseries Cameroun, Grand Marnier, Lanson BCC, Laurent-Perrier, Malteries Franco Belges, MBWS, Pernod Ricard, Rémy Cointreau et Vranken-Pommery