Dans le cadre du salon Sitevi, l’AGPV, par la voix de son président Jean Huillet, a lancé le 30 novembre « un cri d’alarme et d’alerte » au gouvernement, estimant que ce dernier n’a pas pris la mesure de « la désespérance vigneronne ».
La veille de cette prise de parole par les responsables de l’AGPV (Association générale de la production viticole), les bâtiments de l’Onivins à Montpellier ont été saccagés et des cuves chez deux négociants de la région ont été ouvertes (voir encadré). « On ne peut pas excuser l’inexcusable, estime Jean Huillet. Mais aujourd’hui, des vignerons sont dans une situation de désespoir total et n’ont pour seule perspective que le dépôt de bilan. Dans ces conditions, on n’a plus qu’une seule envie : crier son désespoir ». Pour les professionnels, c’est clair : le gouvernement n’a pas pris la mesure de « la désespérance vigneronne » et fait montre à l’égard de la filière « d’un comportement totalement scandaleux. C’est un gouvernement de muets ». Et pour démontrer l’étendue de la crise, Jean Huillet rappelle que les cours en vins de table en octobre 2004 dépassaient les 4 euros et sont tombés un an après à moins de 3 euros le degré hl, flirtant même avec les 2 euros au cours de l’été 2005. En côtes du Rhône, le revenu à l’hectare a été divisé par deux sur la même période.
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Tous les vignobles de France sont touchés
« Que ce soit en Languedoc, à Bordeaux ou en Côtes du Rhône, le monde vigneron est exsangue. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités sinon cela va finir comme dans les banlieues ». Les professionnels soulignent pourtant qu’ils ont remis au ministre de l’Agriculture le 20 juillet 2005, « un livre blanc » reprenant toutes leurs revendications et propositions pour sortir de cette passe difficile. « Que ce soit en matière de politique de communication ou de segmentation de la filière, nous n’avons eu aucune réponse précise, ce qui contribue au désespoir, décourage le vigneron de base qui s’interroge même sur la capacité à négocier des organisations professionnelles », a déclaré Denis Verdier. Et d’ajouter : « Les vignerons se demandent à quoi nous servons et si cela continue, c’est la violence qui va s’installer». Jérôme Despey, de la FNSEA, considère désormais qu’il faut en appeler au Premier ministre. « Si le ministre de l’Agriculture n’est plus capable de prendre une décision, que le Premier ministre arbitre, tranche et dise s’il veut encore qu’il y ait des vignerons demain. Laisser les gens dans la m… ne peut qu’amener à des situations désespérées ». Et Nicolas Boudon des Jeunes agriculteurs du Gard d’enfoncer le clou : « On n’en peut plus. Nos hommes politiques n’ont pas de c… Qu’ils décident ou qu’ils s’en aillent ». Les professionnels mettent également en garde les négociants. « Nous en appelons à leur conscience citoyenne. Il faut qu’ils se mettent aux achats avec des volumes conséquents et sur la base de prix décents, sinon on risque de connaître des choses dramatiques », souligne encore Jean Huillet.