La Confédération européenne des vignerons indépendants (Cevi) dénonce la hausse démesurée des prix des bouteilles ainsi que des problèmes récurrents de délais de commandes et de livraison qui ont un impact important au plan commercial et financier. Dans le collimateur, le groupe français Saint-Gobain et l’américain Owens-Illinois, les deux principaux fabricants de verre en Europe.
Depuis un an, le secteur viticole européen se plaint de nombreux problèmes rencontrés dans l’approvisionnement en bouteilles en verre. Dans ce contexte, la Confédération européenne des vignerons indépendants a décidé de mener une enquête auprès de ses adhérents dans cinq Etats membres (France, Espagne, Luxembourg, Portugal et Slovénie) et en Suisse pour lister ces problèmes de pénurie de bouteilles. Quel que soit leur pays d’origine, une très grande majorité des vignerons interrogés (90,1 %) a constaté une hausse des prix du verre en 2008 et d’une manière générale, 63,6 % d’entre eux déclarant avoir subi des problèmes de délai de commandes et de livraisons de bouteilles.
En France, 89,7 % des vignerons interrogés disent avoir constaté une augmentation des tarifs chez leur fournisseur de bouteilles, une augmentation qui se situe autour de 10,61 %. Une moyenne qui cacherait aussi un élément souvent mis en avant par les vignerons : la double augmentation des prix en janvier et en juin. Le Luxembourg est le pays où la moyenne d’augmentation des prix est la plus importante (14,75 %) et dans ce pays tous les vignerons interrogés ont également le même fournisseur. Les deux pays où les hausses de prix sont les plus faibles sont l’Espagne (7,4 %) et le Portugal (8 %).
Sur l’ensemble des vignerons indépendants européens, 63,6% affirment avoir rencontré des problèmes de délai de commandes et de livraison, même pour ceux d’entre eux qui passent par un groupement d’achat pour acquérir leurs bouteilles. En France, la proportion grimpe à 68,4%, nombre d’entre eux ayant été obligés de modifier leurs méthodes d’achat. Ainsi il faut désormais faire parvenir au fournisseur des prévisions de commande dès la récolte et procéder aux commandes fermes plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant la mise en bouteilles, ce qui entraîne fatalement des problèmes de trésorerie pour le viticulteur. L’enquête montre même qu’une majorité (55 %) des vignerons a subi des ruptures d’approvisionnement en bouteilles (54 % en France), un phénomène qui a touché tous les types de bouteilles y compris les modèles les plus courants.
Conséquences commerciales et financières
Les conséquences pour les entreprises de vignerons indépendants, découlant directement des problèmes d’approvisionnement en verre, sont faciles à deviner. Ce sont principalement, selon l’enquête : problèmes de trésorerie, baisse des marges bénéficiaires et adaptations non prévues du produit. 42,4 % des vignerons interrogés ont dû changer le type de bouteilles qu’ils utilisaient habituellement, ce qui a entraîné des complications avec les clients et notamment la grande distribution qui n’apprécie pas du tout ces modifications. L’étude du Cevi note par ailleurs qu’il est très difficile pour les vignerons de répercuter la hausse du prix du verre sur le prix final du vin, et la plupart d’entre eux choisissent de rogner sur leurs marges bénéficiaires par crainte de perdre des marchés et d’affaiblir leur compétitivité.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour les vignerons interrogés, tout cela est d’autant plus difficile à encaisser que le contexte économique actuel de la filière est plutôt morose.
Une pénurie artificielle ?
Les vignerons, tous pays confondus, sont en grande majorité convaincus que les industriels du verre s’entendent pour organiser la pénurie de bouteilles. Les plus indulgents dénoncent une « situation monopolistique » dans laquelle la non-concurrence entraîne une hausse des prix. Mais tel exploitant de la vallée du Rhône (cité par l’enquête) estime qu’« il n’existe plus que quatre sources d’approvisionnement en verre en France : trop peu pour entretenir une concurrence saine ! ». Pour d’autres, « les fournisseurs se permettent de faire du chantage du style : pour être livré en bouteilles, il faudra m’acheter aussi les bouchons ». La baisse de la qualité des bouteilles livrées est également pointée du doigt par plusieurs vignerons.
Enquête transmise à la DG « Concurrence »
De son côté, l’industrie européenne du verre relativise l’accusation. Il y a bien eu une réduction des capacités de production depuis la fin des années 90 (notamment en Belgique, Irlande, Royaume-Uni et en Suisse), reconnaît la Fédération européenne du verre d’emballage (Feve). Mais rien ne permet d’affirmer, selon elle, que ces diminutions soient orchestrées. La situation actuelle, affirme-t-elle, est liée à des tensions transitoires. Pour elle, la pénurie en bouteilles en 2008 tiendrait au fait que face à la situation subie en 2007, les vignerons auraient anticipé de nouvelles tensions sur le marché de la bouteille en augmentant leurs commandes pour pouvoir disposer d’un stock de sécurité. L’enquête montre en effet que 44,4 % des enquêtés ont augmenté leur volume commandé. Toujours est-il que la Cevi enverra les résultats de l’enquête à la Direction Générale de la Concurrence de la Commission européenne. En soulignant que la Fédération européenne des importateurs et distributeurs de vins et spiritueux (EFWSID) a déjà alerté en 2007 la même DG à Bruxelles sur le sujet.