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Conseil agricole informel Les Vingt-huit d'accord sur la nécessité de gérer tant la diversité que la compétitivité

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Au cours d'un échange de vues informel à Athènes, les ministres des Vingt-huit ont débattu des moyens devant permettre à la fois de gérer la diversité de l'agriculture de l'UE, qui est considérée comme un atout, y compris à l'exportation, et de la rendre plus performante. Les outils existent dans la Pac réformée, a assuré le commissaire européen Dacian Ciolos (1).

AMENÉS à débattre, à l'instigation de la présidence grecque du Conseil et dans le cadre de leur réunion informelle des 5 et 6 mai à Athènes (2), de la diversité des exploitations et des productions de l'UE, les ministres de l'agriculture des Vingt-huit, ou leurs représentants, sont parvenus, selon Dacian Ciolos, à un « consensus global » sur l'importance de cet atout, mais aussi sur la nécessité de faire évoluer et améliorer les performances du secteur.

« Diversité et performance doivent être gérées de façon positive », a résumé le commissaire européen devant les journalistes, affirmant que la Pac n'oppose pas les filières courtes aux filières industrielles, les filières d'exportation aux filières pour le marché communautaire ou local.

Aborder « positivement » la libéralisation des échanges

Autre « idée importante » que le commissaire européen a retenue de cet échange de vues : l'innovation va devoir jouer un rôle essentiel pour améliorer la performance et préserver la diversité de l'agriculture, le secteur devant passer, en la matière, à « l'octave supérieure ».

L'Union ne doit pas non plus se fermer vis-à-vis du monde extérieur, a poursuivi Dacian Ciolos. Il faut, selon lui, « poursuivre l'ouverture de manière non pas défensive, mais offensive et positive », les valeurs (diversité, qualité, sûreté) de l'agriculture européenne étant de plus en plus appréciées, notamment dans les pays dits émergents.

La chaîne alimentaire plaide pour l'innovation et la durabilité

ONZE organisations agricoles et agroalimentaires de l'UE ont présenté le 6 mai à Athènes, en marge de la réunion informelle des ministres de l'agriculture des Vingt-huit, leur « Vision pour exploiter le potentiel de l'agriculture et de l'industrie alimentaire », demandant un agenda politique européen dont l'objectif central serait l'innovation afin de soutenir une production alimentaire sûre, de haute qualité et à des prix abordables, ainsi qu'un vaste choix pour les consommateurs. Selon elles, l'Union doit améliorer son action afin d'encourager l'innovation, ce qui favorisera la création d'emplois et garantira une chaîne agroalimentaire plus productive et efficace dans l'utilisation des ressources. Les signataires (6) insistent sur le fait qu'il est essentiel de garantir un approvisionnement alimentaire sûr, durable et respectueux de l'environnement, pas uniquement pour les citoyens européens mais également au-delà des frontières de l'UE.

Par ailleurs, dix-huit organisations représentant les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire, mais aussi les consommateurs, les travailleurs et les défenseurs de l'environnement (7), ont adopté le 29 avril une déclaration commune contenant 32 recommandations d'« Actions pour une chaîne alimentaire européenne durable ».

Ce texte vise à améliorer la cohérence des objectifs poursuivis en la matière par les différentes politiques sectorielles de l'UE – agricole, de la pêche, de l'environnement, de la santé et des consommateurs, de l'énergie – et au sein des différentes plateformes d'acteurs. Et ce, en prenant en compte tous les aspects de la durabilité, à savoir les aspects sociaux, économiques et environnementaux.

L'initiative émane d'un groupe volontaire constitué en septembre 2013 et réunissant des organisations et entreprises de l'UE, qui, pour la plupart, sont membres du Forum sur l'amélioration du fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement alimentaire créé par la Commission européenne.

La déclaration est publiée en amont de la présentation, cette année, par la Commission d'une communication sur la durabilité des systèmes alimentaires.

À ce propos, le commissaire à l'agriculture a assuré que la question des pourparlers sur le libre-échange entre l'UE et les États-Unis n'avait pas été abordée « de façon spécifique » par les Vingt-huit, mais que plusieurs participants avaient insisté sur « la préservation de nos valeurs et de notre modèle, principe de base pour les négociations » (3).

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La Pac réformée, une politique flexible

Enfin, selon le commissaire à l'agriculture, il ne faut pas mettre en opposition diversité et « esprit commun » de la politique agricole européenne, sans toutefois tomber dans « l'uniformisation ». Dans cette optique, a-t-il dit, la Pac réformée offre une série de flexibilités pour tenir compte de la diversité du secteur : modulation des paiements directs selon les spécificités régionales ou les structures de production, prise en compte des zones défavorisées et des petites exploitations, accès de tous les agriculteurs à l'innovation, développement rural, labels.

Les États membres restent toutefois divisés sur la question des labels. Une discussion au sein du Comité spécial agricole (CSA), le 5 mai à Athènes, a confirmé que l'étiquetage volontaire des produits de l'agriculture insulaire, objet d'un rapport de la Commission dont les conclusions sont très réservées (4), ne séduit pas un certain nombre de pays, le Royaume-Uni entre autres, qui évoquent notamment le risque de dilution des labels de qualité existants.

De même, la moitié des États membres est opposée à l'étiquetage volontaire des produits de l'agriculture locale, sujet sur lequel la Commission a également présenté un rapport en novembre dernier (5).

Ces dossiers devraient être à nouveau à l'ordre du jour du CSA du 2 juin.

(1) et (3) Voir même numéro

(2) Voir n° 3446 du 05/05/14

(4) Voir n° 3428 du 06/01/14

(5) Voir n° 3426 du 16/12/13

(6) Celcaa (commerce agroalimentaire), Cema (machinisme agricole), Coceral (commerce des céréales), Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles), ECPA (protection des cultures), Esa (semences), EuropaBio (bio-industrie), Fefac (alimentation animale), Fertilisers Europe (engrais), FoodDrinkEurope (industries agroalimentaires), Ifah Europe (santé animale)

(7) Celcaa, Clitravi (transformation de la viande), Copa-Cogeca, Effat (syndicats de l'agroalimentaire), ELC (ingrédients alimentaires), ERRT (vente au détail), EuroCoop (coopératives de consommateurs), EuroCommerce, Ferrero, FoodDrinkEurope, Independant Retail Europe, Nestlé, Sonae (Portugal), SpiritsEurope, Südzucker, Unilever, WWF (World Wide Fund for Nature)