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Matières premières Les Vingt-sept pour des marchés des dérivés plus « intègres et transparents »

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Les Vingt-sept reconnaissent, dans des « conclusions », la nécessité d’améliorer le fonctionnement, plus exactement « l’intégrité » et « la transparence », des marchés des dérivés des produits de base. Un signal important, dont ne voulait pas le Royaume-Uni, aux yeux de la présidence française du G20, qui a chargé le Programme alimentaire mondial (PAM) de réfléchir à la mise en place d’un système de stocks de denrées alimentaires humanitaires pour parer à des émeutes de la faim. De son côté, la FAO a décidé d’organiser des séminaires sur la volatilité des prix dans les régions les plus vulnérables. Enfin, le FMI est « extrêmement inquiet » des conséquences de la hausse des prix de l’alimentation sur les habitants les plus pauvres de la planète.

Le Conseil des ministres « compétitivité » de l’UE devait adopter le 10 mars des conclusions sur la base de la communication de la Commission européenne de début février consacrée aux « défis posés par les marchés des produits de base et les matières premières » (1). Une première version de ce document de la Commission avait provoqué l’étonnement et l’irritation des dirigeants français car elle minimisait totalement le rôle joué par la spéculation dans l’instabilité des prix (2).
Lors de la préparation des conclusions des Vingt-sept, au niveau de leurs représentants permanents, le Royaume-Uni a tenté en vain, jusqu’au dernier moment, de faire supprimer du projet de texte une référence à l’idée d’améliorer le fonctionnement des marchés des dérivés des matières premières. Et ce alors qu’il s’agissait là d’un point clef pour la France et sa présidence du G20.
Finalement, dans ses conclusions, le Conseil « reconnaît que les marchés financiers ont un rôle à jouer dans l’atténuation de l’exposition des producteurs comme des consommateurs de matières premières et de produits de base aux risques liés à la production matérielle et à l’incertitude sur les prix, tout en tenant compte de l’influence croissante des acteurs financiers sur les marchés des produits de base, en particulier la forte augmentation des flux d’investissements financiers vers les marchés des dérivés des produits de base ces dernières années ».
Les Vingt-sept « estiment que cette tendance devrait être analysée étant donné sa capacité à affecter le bon fonctionnement des marchés des produits de base ». Et ils « conviennent que l’intégrité et la transparence des marchés des dérivés des produits de base ont besoin d’être améliorées ».

Le PAM va étudier la mise en place de stocks humanitaires
« Nous avons demandé au PAM de travailler sur un système de réserves humanitaires d’urgence, qui seront prépositionnées dans les pays les plus touchés par la flambée des prix alimentaires », a déclaré M. Le Maire, le ministre français de l’agriculture, au cours d’une conférence de presse à Paris avec la directrice du PAM Josette Sheeran. Concrètement, l’agence de l’ONU va examiner la possibilité et les modalités (financements, mode de gestion...) d’une éventuelle mise en place de réserves alimentaires dans les zones les plus vulnérables. Le PAM doit aussi identifier les pays bénéficiaires. Ses conclusions seront remises « fin juin » aux ministres de l’agriculture des pays membres du G20 lors d’une rencontre prévue à Paris. A partir de cette base, le G20 devrait s’engager à assister à moyen terme les pays les plus affectés par la crise alimentaire, a dit Bruno Le Maire.

La FAO va organiser des séminaires sur la volatilité des prix
Alors que l’indice des prix alimentaires mondiaux établi par la FAO a atteint un pic de 236 points, son plus haut niveau depuis 1990, Bruno Le Maire et Jacques Diouf ont rappelé le 7 mars à Paris leur grande vigilance face aux tensions sur les marchés de matières premières agricoles, en particulier les marchés céréaliers. M. Le Maire a salué l’initiative de la FAO d’organiser une série de séminaires dans des régions particulièrement vulnérables pour déterminer avec les autorités publiques les réponses à la crise agricole et alimentaire mondiale. Ces séminaires rassembleront, en liaison avec la présidence française du G20, l’ensemble des acteurs concernés (gouvernements, organisations internationales, organisations professionnelles, agences de développement, opérateurs privés).

Un expert de l’ONU appelle à plus de régulation
Pour sa part, Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, défend l’idée d’une plus grande régulation du négoce agricole, jugeant que cela permettrait de stopper l’actuelle bulle spéculative. Lors d’une conférence de presse, il a expliqué que la hausse des prix agricoles risquait d’être accélérée par la montée du cours du baril de pétrole qui a atteint des sommets sur fond de crise libyenne. « Il existe une corrélation très étroite entre les prix du pétrole et le prix des aliments, aussi je crains que les mois à venir seront extrêmement difficiles », a-t-il déclaré. M. De Schutter a expliqué que les fonds de gestion alternative (hedge funds) et les fonds de pension ont faussé le négoce des matières agricoles, rendant les marchés plus volatils et toujours plus déconnectés de la réalité. « Cela se traduit aujourd’hui par une bulle spéculative qui gonfle artificiellement le prix des denrées alimentaires », a-t-il indiqué. M. De Schutter suggère que les autorités s’attèlent à réguler les investisseurs institutionnels qui s’adonnent à la spéculation plutôt que les opérateurs de marché qui ont toujours eu besoin de couvrir leurs acquisitions contre les variations de prix.

(1) Voir n° 3287 du 07/02/11
(2) Voir n° 3286 du 31/01/11

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