Les viticulteurs bio embauchent plus de salariés, plus qualifiés que leurs homologues conventionnels, selon une étude présentée le 18 octobre par l’UMR (unité mixte de recherche) de l’Inra-Supagro de Montpellier et réalisée pour Sudvinbio, l’association interprofessionnelle des vins bio d’Occitanie. Cette différence s’explique par l’appel à la compétence agronomique en l’absence de produits de traitement et fertilisants issus de la chimie, selon Sudvinbio.
Une enquête nationale sur l’emploi dans le secteur viticole, menée par l’UMR « Moïsa », commune à l’Inra et à SupAgro Montpellier pour Sudvinbio révèle que les domaines certifiés « AB » embauchent 1,5 fois plus que les domaines conventionnels, avec des postes plus stables et à la qualification plus élevée. D’après cette étude, 34,6 % des exploitations viticoles bio embauchent au moins un salarié, contre 21,6 % en conventionnel. De même, 17,8 % embauchent au moins un salarié cadre ou technicien, contre 11,6 %. En outre, les exploitations viticoles bio sont davantage orientées vers les circuits courts (ils sont 47,5 % en bio, contre 28,6 % en non bio), qui nécessitent plus de commerciaux. Enfin, après un gros « boom » de 2000 à 2010, les offres d’emploi ont connu un creux, puis sont à nouveau en croissance depuis 2014, selon Louis-Antoine Saïsset, enseignant-chercheur à l’UMR Moïsa.
« Ce qui est nécessaire en viticulture bio, c’est avant tout la matière grise, plus que l’importance des investissements parce que le bio repose sur l’anticipation (des maladies de la vigne) et non sur le curatif », a commenté Patrick Guiraud, président de Sudvinbio. L’agriculture biologique « ne se borne pas à porter un béret et un pantalon de velours et à dire ‘‘ je ne veux pas traiter’’. Il faut être capable d’identifier les maladies », a-t-il résumé.
« Ce qui est nécessaire en viticulture bio, c’est avant tout la matière grise »
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Viticulture bio : en attente d’une nouvelle vague de conversions
En quinze ans (2000-2015), les exploitations viticoles ont connu une expansion considérable : elles ont été multipliées par 4,6 en nombre d’exploitations. Et leurs surfaces ont été multipliées par 8,6. Les exploitations de vignerons bio sont surtout des caves particulières, avec plus de surface que les exploitations de vignerons coopérateurs, qui sont de plus petite étendue. Depuis 2015, l’évolution arrive à un « palier », selon Patrick Guiraud, qui est par ailleurs vice-président de l’Itab (l’institut technique de l’agriculture biologique).
Selon lui, les premiers producteurs bio ont été « les convaincus », depuis les années 1960. Puis de 1995 à 2005, sont arrivés ceux qui sont réceptifs aux aspects techniques et environnementaux. Depuis 2005 est arrivée une vague « d’opportunistes » attirés par le dynamisme du marché du vin bio. Maintenant, « il va falloir creuser dans le dur », c’est-à-dire convaincre des bienfaits de la viticulture bio pour les producteurs et les consommateurs. « Nous avons de la marge pour rebondir », a-t-il conclu : les surfaces de vigne bio ne représentent que 70 000 hectares, moins du dixième de la surface viticole française.