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institution/bretagne L’Etat au chevet de l’agriculture et l’agroalimentaire bretons

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Le ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, était très attendu en Bretagne, lundi 30 septembre. Il n’a pas totalement déçu. Mais sa proposition de plan agricole et agroalimentaire breton reste encore au niveau de l’incantation. Rendez-vous est pris en décembre, le temps que les filières échafaudent des projets économiques que l’Etat, c’est promis, financera.

Le temps politique n’est décidément pas le temps économique. Guillaume Garot l’a une nouvelle fois prouvé, en se rendant en début de semaine dans le Finistère. Il a travaillé sur deux échelles de temps. Il a d’abord donné aux responsables agricoles et agroalimentaires bretons la feuille de route du plan qu’il propose de construire avec eux. Pour que la Bretagne reste la première région agroalimentaire d’Europe, il lui fixe quatre objectifs : innover, former, investir, exporter davantage. « Il faut maintenant que les Bretons portent des projets économiques » dans ce sens, a dit le ministre, leur promettant l’accès à différentes sources de crédit : programme d’investissements d’avenir, BPIfrance, des crédits d’Etat et de l’Europe, sans oublier les financements des régions et du Feader, fond de développement rural. Il n’a pas chiffré le montant de ces aides. Un coordinateur du plan sera nommé dans les toutes prochaines semaines.
C’est une méthode qui, apparemment, satisfait Jacques Jaouen, le président de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne. « Je suis heureux de voir que l’État et les collectivités territoriales (départements et région) prennent enfin conscience qu’il faut laisser nos filières se moderniser pour être en capacité d’exporter ». Une vision confirmée par Marcel Denieul, vice-président de la chambre régionale d’agriculture, en charge de l’économie des filières agricoles et agroalimentaires : « On doit se prendre en main, mieux s’organiser entre agriculteurs et industries agroalimentaires pour partager un esprit de filière, se dire que gagner de l’argent ensemble, c’est possible.» Il ne faut pas oublier, toutefois, que la Bretagne a vu par le passé des promesses de plan jamais concrétisées. Le lancement du dernier plan agricole et agroalimentaire régional date de la fin 2010. Trois ans.
 
Peu de concret pour l’agroalimentaire
Mais le ministre de l’Agroalimentaire était attendu à Quimper, aussi, pour des décisions de court terme. En porc, en volaille-chair, en légume-industrie, en saumon fumé, des sites industriels ont fermé ou sont menacés de disparition. Guillaume Garot a rencontré leurs intersyndicales et leurs dirigeants. Dans le cas de Marine Harvest, leader mondial du saumon fumé, qui a annoncé, il y a quelques mois, la fermeture ses deux sites bretons (400 postes entre Poullaouën dans le Finistère et Châteaugiron en Ille-et-Vilaine), le ministre a été ferme. « Ce groupe affiche une très bonne rentabilité, continue d’investir, notamment en Pologne, il a donc une vraie reponsabilité. Le PSE doit être discuté et Marine Harvest doit abonder le fonds de revitalisation. »
Sur le dossier Gad, filiale d’abattage découpe de porcs en redressement judiciaire que l’actionnaire principal veut restructurer en fermant deux des trois sites industriels, Guillaume Garot a laissé peu de place à l’espoir. Sur le projet alternatif de SCOOP porté par les salariés et le syndicat FO du site de Lampaul-Guimiliau (Finistère), le ministre a simplement dit : « Si le projet vaut la peine, on le regardera. » Concernant la filière volaille-chair, le ministre Garot a indiqué que BPIfrance interviendra à hauteur de 12 millions € pour compléter le plan de continuation de Doux, actuellement en redressement judiciaire (80 millions au total sur la pédiode 2013-2020). Quant au dossier du poulet-export, Guillaume Garot n’a fait auccune annonce. Réaction de Daniel Sauvaget, p.-d.g. de Tilly-Sabco, un des deux principaux bénéficiaires européens des restitutions à l’exportation : « Je reviens à ce que je dis depuis le début : il faut une restructuration de l’ensemble de la filière volaille-chair française. »
Du côté des syndicats de salariés la plus extrême prudence est de mise, « car il n’y a rien de concret dans les mesures annoncées pour l’ensemble des entreprises en difficulté », estime Nadine Hourmant, déléguée FO pour le groupe Doux. Patricia Le Bars pour la CFDT est tout aussi réservée, faisant valoir que pour le dossier spécifique à Doux « rien n’est encore signé concernant le financement de 12 M€ que l’entreprise attend ». Aucun élément nouveau n’a été avancé pour répondre aux besoins de trésorerie des entreprises comme Gad ou Tilly-Sabco, déplore Nadine Hourmant.

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