L'éthanol tend à devenir une molécule plateforme pour la chimie et non plus seulement pour la carburation. C'est ce qui ressort d'une conférence organisée par le groupe de presse L'Usine Nouvelle le 24 juin. Cela signifie des destinations plus diversifiées et plus valorisantes en termes de valeur ajoutée.
AU lieu d'être demandé seulement par le marché des carburants, l'éthanol « tend à devenir une molécule plateforme », a indiqué Pascal Barthélémy, vice-président de l'IFP Énergies Nouvelles (l'Institut français du pétrole), à la conférence organisée par L'Usine Nouvelle sur le thème « chimie durable, de l'innovation à l'industrialisation ». Une molécule plateforme est une molécule utilisée comme base à de nombreuses applications. En l'occurrence, l'éthanol est utilisé pour la pharmacie, la cosmétologie, l'industrie chimique pour les solvants, peintures, encres, explosifs. Par des réactions chimiques, il peut aussi être transformé en esters.
La chimie manque de molécules lourdes
Cette tendance à la multiplicité des débouchés de l'éthanol est la conséquence d'un manque de molécules lourdes pour la chimie, du fait du remplacement du pétrole par les gaz de schiste, selon Pascal Barthélémy. « Les gaz de schistes américains ont bouleversé les équilibres. La chimie a moins facilement accès aux molécules lourdes. Elle doit s'approvisionner à d'autres sources, comme la biomasse », a précisé Christophe Rupp-Dahlem, vice-président de la R&D en chimie biosourcée chez l'amidonnier Roquette.
Devant le manque de molécules lourdes, Michelin, le fabricant mondial de pneus, est en train de développer la production de biobutadiène, à partir d'éthanol, pour compenser la difficulté croissante à trouver du butadiène d'origine pétrolière. « Le butadiène, soit 20% de ce que l'on utilise comme composés chimiques dans la fabrication des pneumatiques, devient rare à cause des gaz de schistes », a souligné Dominique Aimon, directeur scientifique chez Michelin.
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La multinationale auvergnate mène donc des recherches pour diversifier ses sources de butadiène, par deux sources d'éthanol : l'éthanol issu de la biomasse, et l'éthanol issu de la transformation de vieux pneus en alcool, a précisé Dominique Aimon. « Nous voulons trouver une alternative au butadiène fossile via une filière compétitive du biobutadiène », a-t-il résumé.
La forte demande de protéines tend à doper la production d'amidon
Autre tendance à attendre du fait des évolutions des marchés : la forte demande de protéines au niveau mondial généra une production accrue d'amidon. En effet, quand, sur trois tonnes de céréales, on extrait une tonne de protéines, on génère deux tonnes d'amidon, a indiqué Christophe Rupp-Dahlem, qui est par ailleurs président de l'Association de la chimie du végétal (ACDV). Or, le marché de l'amidon alimentaire est stable. En revanche celui de l'amidon industriel est extensible, tant les propriétés de l'amidon sont nombreuses. Selon le degré d'hydrolyse ou de cuisson de l'amidon, on s'adresse à des applications différentes, qui peuvent aller des propriétés de collage ou de viscosité à des propriétés de gel ou de dégel.
LA chimie durable, et notamment la chimie du végétal, ont encore beaucoup d'améliorations devant elles du fait de l'intensification des procédés. L'intensification des procédés consiste souvent à réduire la consommation énergétique de la chimie, en faisant par exemple deux opérations en une dans un réacteur ou à utiliser la chaleur d'une réaction pour une seconde réaction. Ou à recourir à des micro-réactions, à des opérations de catalyse, a indiqué Kamel Ramdani, responsable de l'innovation des procédés chez le chimiste Solvay. De même les chimistes développent des technologies de séparation et de purification des substances à faible consommation d'énergie. La chimie du végétal, qui met en œuvre des volumes nettement moins massifs que la chimie classique, a particulièrement intérêt à appliquer ces technologies, qui se prêtent à des produits plus concentrés et plus purs, en quantités plus réduites, ont précisé les participants à la conférence.