Les entreprises de transformation de Boulogne-sur-Mer sont touchées de plein fouet par la crise du saumon d'élevage. Les ventes qui ont chuté de plus de moitié peinent à se redresser.
La sanction a été immédiate». Le premier importateur de saumon, Thierry Mainsard de Direct Océan le déplore : « Les deux semaines suivant le 9 janvier, nous avons eu une baisse des ventes de 70 % par rapport à la même période en 2003. Aujourd'hui on est encore à moins 50 % ». La date est fatidique : le 9 janvier paraissait, dans la revue Science, une étude de chercheurs américains et canadiens qui recommandait de « réduire significativement » la consommation de saumon d’élevage, accusé d’être cancérigène.
Les bons de commande ont fondu
Et pourtant, à grand renfort de communication le jour même, les pouvoirs publics – au premier rang desquels l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire et alimentaire) – sont intervenus pour rassurer les consommateurs. Interventions dans les journaux télévisés, dans la presse, sur les ondes… cela n’a pas suffi. Les enseignes de la grande distribution ont réduit leurs achats.
Les bons de commande ont fondu comme neige au soleil et la quantité de saumon à mettre en barquette avec eux : l’atelier de filetage Viviers Marins traite en moyenne une douzaine de tonnes chaque semaine. Le plus bas s’est établi à quatre tonnes seulement emballées par cette entreprise fin janvier. Grâce aux congés, les mesures de chômage technique ont été évitées, se félicite Henri Hellin, le directeur général de Viviers Marins. En revanche, « le plan d’embauches qui prévoyait de passer à 95 salariés (contre 66 aujourd’hui, ndlr) d’ici à l’été» est bloqué, regrette-t-il.
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Pertes
Faute de bons résultats cette année, les dirigeants du secteur pourront se consoler avec le soutien de leurs élus politiques : « Cette étude pseudo-scientifique est une entreprise déloyale destinée à privilégier les entreprises américaines. Il faut faire une campagne publicitaire pour dire que tout cela n'est pas sérieux », insiste Guy Lengagne, député PS de Boulogne-sur-Mer et ancien secrétaire d'Etat à la Mer.
Reste que les consommateurs ont acquis une certaine frilosité face à tout risque alimentaire. Et les distributeurs l’anticipent. Résultat, le directeur commercial de l’entreprise de négoce et de filetage PRF a dû mettre 1,5 tonne de saumon à la poubelle par semaine. Le gérant de Nordsea, qui importe du saumon pour les industriels du fumé, a quant à lui vu filer un quart de son chiffre d’affaires.