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Biomasse L’Europe des bioraffineries face au défi des approvisionnements

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L’Europe risque de se faire damer le pion dans le domaine des bioraffineries, si elle n’innove pas pour accroître et diversifier sa production de biomasse. C’est ce qui ressort d’une conférence organisée le 30 août à la foire de Châlons-en-Champagne sur le thème de la bioraffinerie, de l’innovation et de la crise alimentaire.

L’Europe risque-t-elle de dépendre des approvisionnements extérieurs pour alimenter ses raffineries végétales (1) en biomasse, tout comme elle dépend aujourd’hui des marchés extérieurs pour ses approvisionnements de pétrole ? Cette éventualité a été évoquée à plusieurs reprises lors d’une conférence organisée par l’animateur Jean-Louis Courleux le 30 août à la foire de Châlons-en-Champagne. « Le comble serait que l’Europe en soit réduite à importer de la biomasse », a indiqué Daniel Thomas, président du pôle de compétitivité Industries et agroressources, synthétisant les propos des différents intervenants.

À l’avenir, moins de pétrole, plus d’agriculture…

En plus de sa fonction essentielle de nourrir le monde, l’agriculture a vocation et capacité à fournir des ressources renouvelables pour l’industrie (biomolécules), le bâtiment (matériaux), les transports (biocarburants) et la chimie-pharmacie (ingrédients alimentaires, cosmétiques), a rappelé Daniel Thomas. Claude Roy, membre du Conseil général de l’agriculture, a ajouté une cinquième ressource renouvelable indispensable que l’agriculture est bien placée pour produire : les engrais organiques.
Ce défi est réalisable si l’on parvient à entrer dans une économie de valorisation de la plante entière, dans laquelle les co-produits d’une industrie deviennent la matière première d’une autre. Exemple : la paille, co-produit de la céréaliculture, ou le son, co-produit de la meunerie, peuvent être transformés en détergents, décapants ou shampoings, comme l’a d’ailleurs exposé Thierry Hatat, fondateur de la société Enviro Plus, à la foire de Châlons. Mais « on se réveille d’un siècle d’anesthésie par le pétrole ! », s’est exclamé Claude Roy.

… et plus d’innovation

L’innovation technique existe, mais la question est surtout de savoir si la société la veut ou si elle la rejette. La présence de l’innovation ne fait pas de doute, si l’on en croit plusieurs exemples cités. Des systèmes de radars permettant de prévoir la météo à trois ou cinq jours se mettent en place chez les agriculteurs les mieux équipés, a témoigné Gérard Morice, directeur général d’Arvalis. L’analyse moléculaire, qui permet de choisir rapidement quelle plante on veut sélectionner ne coûte plus que 2 à 5 centimes de dollar, contre 100 dollars il y a dix ans, a rapporté Vincent Pétiard, fondateur de Nature Sources Genetics, société spécialisée dans l’analyse moléculaire, et précédemment directeur de recherche chez Nestlé. Comme il est beaucoup plus simple et économique qu’autrefois de sélectionner des caractères, des plantes tropicales comme le caoutchouc et le cacao pourraient bénéficier de rendements plus élevés à brève échéance, et ainsi libérer déjà 1 à 1,5 million d’hectares dans le monde, a calculé Vincent Pétiard.
« La crise alimentaire peut être le point de départ d’une ère nouvelle, si nous voulons bien entrer dans la bio-économie », qui permet l’utilisation de ressources à tous les niveaux, a résumé Michel Coomans, jusqu’en mai dernier chef de l’unité agro-alimentaire à la DG Entreprise de la Commission européenne.

Avant tout une crise morale

Daniel Collard, p.-d.g. du groupe coopératif sucrier Cristal Union, estime que les paysans du monde sont capables de nourrir la planète, et même au-delà en fournissant des ressources renouvelables pour l’industrie, mais à condition que les États tracent un cadre politique permettant de rémunérer les producteurs. Les agriculteurs ne peuvent pas seuls relever le défi. « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, mais à condition que ceux-ci ne soient pas tout seuls », lui a répondu en écho Dominique Dutartre, président du centre de recherches ARD (Agro Industrie recherches et Développements) et du projet Futurol.
Mais plus qu’une crise seulement économique, marquée par la dérégulation des marchés, c’est une crise morale que vit le monde agricole, selon Bernard-Henri Cartier, secrétaire général de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs). « Quand une équipe de rugby perd, elle en tire la leçon qui est de revenir à l’objectif principal, c’est-à-dire aller chercher le ballon. Le monde agricole a besoin de savoir où il doit aller », a expliqué ce maïsiculteur gersois. Même position de Jean-Claude Guillon, directeur de la communication chez le semencier français Limagrain, qui estime que la France porte une part de responsabilité dans le retard européen quant à l’innovation. Pour l’instant la tendance est de tourner le dos à cette aspiration à l’expansion, quand l’Espagne préfère le maïs OGM américain, parce qu’il est « sain », au maïs du Sud-ouest français, comme l’a souligné Bernard-Henri Cartier, ou quand des productions diversifiées comme la luzerne, le chanvre et la pomme de terre de fécule tendent à disparaître de l’assolement, comme l’a relevé Jean Notat, président de la chambre d’agriculture de Champagne-Ardenne.

(1) Chaîne d’usines comme les amidonneries, sucreries, usines d’éthanol et d’ester, de biomolécules, demain de bioplastiques, etc.

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