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Exportations agroalimentaires européennes L’Europe doit intensifier ses exportations alimentaires vers les pays émergents

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À l’occasion de la publication du Rapport annuel 2011 sur les tendances économiques de l’industrie agroalimentaire européenne, Agra Alimen-tation a interviewé Lisa Mc Cooey, porte-parole de FoodDrinkEurope, le représentant de l’industrie agroalimentaire européenne auprès de l’UE. Pour elle, l’Europe voit ses positions sur les marchés mondiaux de l’agroalimentaire s’affaiblir car elle ne parvient pas à réellement s’imposer sur les marchés émergents. C’est vers ces destinations que les efforts doivent porter.

Agra Alimentation : Un des éléments importants que l’on observe dans le dernier Rapport 2011 sur les tendances économiques de l’industrie agroalimentaire européenne de FoodDrinkEurope est que la part de l’UE sur le marché agroalimentaire mondial ne cesse de baisser depuis quelques années : comment expliquez-vous cette baisse continue ?

Lisa Mc Cooey : La valeur du commerce des produits agroalimentaires au niveau mondial est en constante augmentation ces dernières années. Elle a plus que doublé durant la dernière décennie, entre autre du fait de l’augmentation du commerce entre les pays émergents d’Asie et d’Amérique Latine, ainsi que leur conquête des marchés développés. L’Europe, ainsi que la plupart des autres pays avancés, importe de plus en plus, y compris des ingrédients pour leur transformation en Europe, ce qui augmente les performances des pays émergents et dans le même temps réduit celles de l’Europe. Cependant, le profil de ces pays émergents comme exportateurs de produits alimentaires est fortement dominé par des produits de première transformation qui sont plus susceptibles d’être influencés par des fluctuations des prix de matières premières agricoles. Cela ne reste pas sans incidence sur la valeur totale des exportations expédiées par les pays émergents.

Cette baisse des performances de l’Europe sur le marché mondial a de quoi inquiéter, non ?

Malgré le recul progressif de la part des produits agroalimentaires européens dans le commerce international, l’Union européenne reste tout de même le premier exportateur mondial de produits alimentaires et de boissons. Cette position reste possible grâce à la forte spécialisation de l’Europe dans l’exportation de produits de qualité et à haute valeur ajoutée. La position de nos produits agroalimentaires sur des grands marchés traditionnels comme celui des Etats-Unis ou de la Russie suit l’évolution générale de ceux-ci et nous considérons qu’elle est plutôt satisfaisante. Ce qui, en revanche, est plus inquiétant, c’est la faible augmentation de la part qui incombe à l’Europe dans les importations croissantes des pays émergents. C’est surtout à ce niveau-là qu’un effort est nécessaire. C’est sur ces marchés des pays émergents que nous devons améliorer le score de nos exportations.

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Que font concrètement les responsables industriels européens pour combler ces baisses de performance ?

Pour pouvoir profiter de la croissance de ces marchés émergents, vu les difficultés énormes pour aboutir à un accord multilatéral, l’industrie agroalimentaire européenne met davantage l’accent sur la nécessité de marquer des progrès dans l’agenda bilatéral de l’Union Européenne. L’Union doit absolument s’assurer que les accords qu’elle est en train de négocier avec les principaux partenaires commerciaux dans le monde peuvent bénéficier, d’une part, d’un environnement règlementaire favorable et, de l’autre, de niveaux tarifaires acceptables pour les produits agroalimentaires européens, afin de leur permettre de profiter de nouvelles opportunités face à ses concurrents.
En parallèle, l’industrie européenne doit travailler activement avec les autorités au niveau de l’UE et au niveau des Etats membres pour obtenir une réduction des barrières non-tarifaires dans les pays tiers. Elle doit également contribuer à l’amélioration des politiques européennes en matière de promotion et d’internationalisation des petites et moyennes entreprises.

Quels autres enseignements intéressants peut-on tirer du dernier rapport que vous venez de publier ?

J’en vois quelques-uns, notamment sur le plan interne. D’abord avec un chiffre d’affaires de 956 milliards d’euros, l’industrie alimentaire reste le premier secteur manufacturier de l’UE, ce qui correspond à environ 16 % du chiffre d’affaires de l’ensemble de l’industrie manufacturière européenne. Cette première place se retrouve également en termes d’emplois et de valeur ajoutée créés par le secteur. L’industrie agroalimentaire emploie directement plus de 4 millions de personnes dans l’UE. Il s’agit également d’emplois stables dans la mesure où la baisse de l’emploi dans nos secteurs est plus faible que dans les autres secteurs manufacturiers. Ensuite ces emplois couvrent l’ensemble du territoire des 27 Etats membres et sont distribués de façon équilibrée entre PME et grandes entreprises. Enfin, englobant quelque 274 000 entreprises, le secteur agroalimentaire européen reste fragmenté: 99 % de nos entreprises sont des PME qui génèrent près de la moitié du chiffre d’affaires (48,7 %) et trois quarts des emplois. Toutefois, il faut reconnaître que cette fragmentation est variable selon les États membres.