Abonné

Danone Levée de boucliers des politiques

- - 4 min

Venant dans un contexte de morosité politique et économique, le seul bruit d’une OPA hostile de Pepsi-Co sur Danone a déclenché une série de réactions des milieux politiques, bien que la marge de manœuvre du gouvernement apparaisse faible.

Dominique de Villepin a déclaré le 20 juillet que « Danone fait partie des fleurons de notre industrie » et que le gouvernement entend « défendre les intérêts de la France ». « Je n’admets aucune sorte d’impuissance (des pouvoirs publics). (Nous) respectons les règles des échanges ouverts mais, dans le cadre d’une économie mondialisée, nous avons néanmoins la possibilité de marquer notre volonté, notre attachement à une stratégie pour notre industrie », a-t-il poursuivi.

Thierry Breton : «La France, ce n’est pas le Far West »

Le gouvernement « veillera très scrupuleusement » à ce que les droits de Danone « soient appliqués », a déclaré le ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Breton, le 21 juillet sur RTL, ajoutant : « La France, ce n’est pas le Far West, la France c’est un État de droit ». « Nous avons là un cadre de loi très rigoureux, très strict, nous veillerons à ce qu’il soit appliqué », a-t-il précisé.

Il a mentionné la nécessaire défense de « l’intérêt des salariés, l’intérêt des clients, l’intérêt des fournisseurs, l’intérêt des actionnaires ».

« Le gouvernement de Dominique de Villepin et en particulier le ministre de l’Économie et des Finances que je suis déploient tous leurs efforts pour établir dans notre pays un socle industriel solide et vigoureux », a par ailleurs déclaré M. Breton, citant la création des pôles de compétitivité.

Laurent Fabius demande l’intervention de l’État

Le député PS de Seine-Maritime Laurent Fabius a demandé aux pouvoirs publics « d’agir en urgence » pour que le groupe Danone reste dans le giron « français et européen ».

Relevant que ces rumeurs d’une offre publique d’achat (OPA) sur Danone « suscitent beaucoup d’inquiétudes, en particulier celle des 90 000 salariés » du groupe, l’ancien Premier ministre souligne dans un communiqué que « l’importance de Danone est majeure pour notre économie et son rayonnement». « Je demande aux pouvoirs publics, et d’abord au chef de l’État et au gouvernement, d’agir en urgence afin que ce grand groupe puisse rester à base européenne et française », a ajouté M. Fabius.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

industrie
Suivi
Suivre
économie
Suivi
Suivre

La CGT pour la nationalisation

La fédération CGT de l’agroalimentaire estime quant à elle que le groupe français fait partie de « ces grandes entreprises qui doivent être nationalisées de façon véritablement démocratique », soulignant en l’espèce que la « souveraineté alimentaire » constitue un enjeu essentiel. « L’alimentation est un élément essentiel de la vie des peuples et doit être extraite du carcan de la rentabilité financière », estime le syndicat dans un communiqué, soulignant que « la garantie de la souveraineté alimentaire constitue un enjeu géostratégique, essentiel pour l’indépendance nationale ».

La CGT affirme que « la stratégie d’implantation à l’étranger des groupes à base française » comme Danone « fragilise l’ensemble de nos filières ».

La marge de manœuvre du gouvernement

Les leviers d’action semblent toutefois limités pour le gouvernement. « La seule opération à mener serait une opération financière», a avancé Xavier Timbeau, de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), rappelant que les statuts de Danone prévoient que pour dépasser les 12 % des droits de vote, un actionnaire doit détenir plus de 66 % du capital.

Il faut donc pour résister à une prise de contrôle réunir 34 % du capital. Selon le dernier rapport annuel de Danone, « un peu plus de 20 % du capital est détenu par des institutionnels français sur lesquels le gouvernement pourrait avoir un poids et un peu plus de 10 % par les membres du conseil d’administration ou les employés», a souligné M. Timbeau.

Et d’expliquer que pour arriver à 34 %, la Caisse des dépôts, détenue par l’État et qui possède déjà 3 % du capital, pourrait se renforcer en « achetant des titres sur le marché ».

Par ailleurs, les sociétés françaises sont souvent acquéreurs à l’étranger, Danone en tête. « Si la pression du gouvernement français contrecarrait une initiative étrangère, les Américains ne se priveraient pas de mettre des bâtons dans les roues à d’autres opérations françaises aux États-Unis : là, la diplomatie entre en jeu», avertit Laurent Batsch, professeur d’économie à Paris-Dauphine.