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« L’exemple du hamster montre l’intérêt des MAEC collectives »

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À l’École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg (Engees), Anne Rozan et Kristin Limbach se penchent sur les dynamiques de groupe à l’œuvre dans la MAEC hamster, et sur leur efficacité pour la sauvegarde de l’espèce. Pour elles, ces mesures collectives ont fait leurs preuves, mais restent insuffisamment représentées dans la Pac à venir.

Pourquoi la mesure hamster vous intéresse-t-elle en tant que chercheuses ?

Anne Rozan : Même si le problème du hamster n’est pas encore réglé, ce programme est innovant à beaucoup de points de vue, notamment dans sa dimension collective, et grâce à la présence de l’Afsal comme intermédiaire entre l’administration et les agriculteurs.

J’avais déjà travaillé sur l’intérêt des collectifs d’agriculteurs dans le cadre des problèmes de coulées d’eau boueuse que nous rencontrons dans la région. Avec la thèse de Kristin, nous souhaitions poursuivre ce travail sur le volet économique, mais nous nous intéressions plutôt, au départ, aux questions de pollutions diffuses et de protection des captages. Le hamster est rapidement apparu comme un programme qui possédait cette dimension.

Kristin Limbach : Grâce aux données du ministère de l’Agriculture, et à des entretiens, j’ai pu étudier dans chaque zone collective comment les agriculteurs s’organisent pour atteindre les 24 % de surfaces en cultures favorables sur la première période des contrats collectifs, entre 2013 et 2018. En parallèle, j’ai également tenté d’établir une relation entre la surface contractualisée et le nombre de hamsters dans chaque zone. L’une des difficultés, c’est que nous n’avons accès qu’aux données anonymisées sur les zones contractualisées, et que nous ne connaissons donc pas le fonctionnement à l’échelle des exploitations.

Quels enseignements en tirez-vous ?

K.L. : Les groupes sont très hétérogènes en taille, et varient de cinq à vingt agriculteurs, avec des fonctionnements très différents. Mais il semblerait que les groupes de plus petite taille aient des contributions de surfaces plus importantes en termes de proportion de cultures favorables. Bien sûr, même avec seulement 26 %, un groupe couvrant un plus grand territoire aura un plus grand effet sur le hamster. Même avec un échantillon restreint, il semblerait également que le nombre de terriers soit positivement corrélé avec la surface en cultures favorables.

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A.R. : Ce que nous avons constaté également, c’est que certains groupes sèment des cultures favorables au-delà du seuil de 40 %, seuil pour lequel le montant d’aide n’augmente plus. C’est le signe que le dispositif fonctionne plutôt bien, et qu’il demeure très incitatif. Le rôle central de l’Afsal dans le programme montre également que l’appui et l’animation du groupe sont essentiels.

Avez-vous des propositions pour faire évoluer le dispositif ?

A.R. : Si les zones sont agrandies, la question du ciblage des mesures pourra se poser. Pour l’heure, le dispositif n’impose pas que les parcelles en cultures favorables soient adjacentes. Mais on peut imaginer qu’il devienne insuffisant à un moment, et qu’il faudra peut-être le faire évoluer pour assurer une continuité entre les cultures favorables, comme on l’a fait pour les bandes enherbées, ou les trames vertes.

K.L. : Le dispositif a montré son intérêt pour les politiques agricoles publiques, mais on pourrait malgré tout aller encore plus loin en termes de compensation et d’incitations. Le programme pourrait également gagner en cohérence en s’ouvrant à d’autres acteurs que le monde agricole.

À la lumière de ce travail, quelles seraient vos recommandations pour les MAEC à l’échelle nationale ?

A.R. : Avec un très faible taux d’abandon entre les deux périodes, la mesure hamster montre aussi que lorsqu’un collectif se met en place, la dynamique encourage les producteurs à rester dans le dispositif. Contrairement à ce que l’on peut voir sur de nombreuses MAEC individuelles dans lesquelles les agriculteurs sont réticents à se réengager. Malheureusement, les décideurs semblent encore frileux face à ce type de mesures collectives.