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Matières premières agricoles L’expansion des produits dérivés fragilise les marchés à terme

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En plein développement parce qu’ils sont transparents et faciles à utiliser, certains produits dérivés comme les ETF génèrent une forte spéculation sur les marchés à terme agricoles. Ce qui peut représenter un danger pour la stabilité de ces derniers, ainsi que l’ont indiqué deux économistes invités lors d’une session de formation de l’Aftaa, le 1er décembre à Paris.

«Le marché physique n’est plus celui qui mène la danse » sur les marchés à terme des matières premières agricoles, a expliqué Frédéric Lorenzini, directeur de la recherche chez Morning Star, le 1er décembre. Il s’exprimait dans le cadre d’une session de formation organisée à Paris par l’Aftaa (Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales). De fait, en quelques années, les opérateurs financiers ont vu leur rôle s’accroître considérablement sur les Bourses américaines de Chicago ou Minneapolis. Cela, principalement en raison du développement de produits dérivés comme les ETF (Exchange-traded funds), apparus dans les commodités au milieu des années 2000. « Ces fonds ont pour vocation de répliquer un indice, a signalé Frédéric Lorenzini. Ils ne sont pas chers, n’engendrent pas de frais de gestion et sont côtés en Bourse ».

Des volumes d’échanges fantômes
De part leur simplicité et leur transparence, ces produits ont connu un très fort engouement, en particulier dans les matières premières agricoles. Car ils offrent aux financiers un moyen facile de diversifier leur portefeuille : grâce à eux, ces derniers peuvent investir dans un secteur faiblement corrélé aux supports traditionnels, sans avoir besoin d’en comprendre les fondamentaux. Problème : « Un ETF reproduit un indice mais sans forcément en acheter les composantes », a remarqué Frédéric Lorenzini. Cette réplication dite « synthétique » crée des volumes d’échanges fantômes : « Les échanges augmentent mais ils n’ont pas d’impact sur l’indice, ce qui peut entraîner un risque de bulle », a noté l’économiste. A la différence des fonds indiciels qui fonctionnent un peu sur le même principe, les ETF sont ouverts à tous et leurs utilisateurs ne s’inscrivent pas dans une stratégie d’investissement à long terme.

Une chambre d’enregistrement des actions OTC
A l’inverse des futures ou des options, les ETF ne sont pas des contrats « listés ». Ils comptent parmi les transactions dites « OTC » (Over the counter), qui ne font pas l’objet de réglementation et ne sont pas officiellement recensés. Les opérateurs peuvent donc investir autant qu’ils le souhaitent sur ces produits... sans limites de position, par exemple. Comme l’a noté Benjamin Louvet, les hedge funds à l’américaine avec une stratégie agressive les privilégient. Et pour le professionnel, c’est précisément là que le bât blesse. « Il faut créer une chambre d’enregistrement des actions OTC pour savoir ce qui se passe, a-t-il insisté. Si on réglemente davantage les marchés déjà réglementés, on risque de les pénaliser. C’est aux marchés de gré à gré qu’il faut s’intéresser ». Un travail qui, pour être mené à bien, nécessitera une forte volonté politique.

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