En matière de valorisation des agro-ressources végétales en remplacement des dérivés fossiles, la région picarde peut se targuer de ses 20 ans d’expérience. Cependant, il ne faut pas se voiler la face : la concurrence internationale va très vite, et elle émane aussi bien de pays nord-européens, que d’Amérique et déjà d’Asie.
Plusieurs acteurs de la valorisation des agro-ressources en Picardie, travaillant autour du pôle de compétitivité «Industries et agro-ressources» ont été conviés le 27 avril par les étudiants de l’Isab à s’exprimer sur l’attractivité de la Picardie pour les chercheurs, les étudiants et les entreprises. La région bénéficie de 20 ans d’esprit d’équipe entre l’Isab, les universités, les entreprises, avec l’appui des conseils généraux et de la région. Bien avant la création du pôle en juillet 2005, ils travaillaient ensemble dans une structure appelée Alternatives végétales, en lien avec la région Champagne-Ardenne. L’idée : pouvoir extraire de la ressource locale que sont les grains issus des grandes cultures des produits non seulement pour l’alimentation, mais aussi pour la chimie, en remplacement des dérivés du pétrole. Cela en évitant autant que possible la production de déchets dans les procédés de transformation et en valorisant le maximum de la ressource, comme dans une raffinerie. « Tout ce travail préparatoire depuis 20 ans a facilité les choses », a commenté Agnès Delahaye, responsable de la R&D à la région picarde.
Biocarburants de deuxième génération : la Finlande en pointe
Cela étant dit, la France accuse un retard significatif non seulement par rapport au Brésil dans le domaine de l’éthanol, mais aussi par rapport à la Finlande dans le domaine de la co-génération (production d’électricité avec valorisation de la chaleur) et des biocarburants de deuxième génération (alcool à partir de bois), avec l’Allemagne dans la méthanisation du lisier (4 000 installations, 20 000 prévues en 2020, contre trois actuellement en France). Une délégation du pôle «Industries et agro-ressources» s’est rendue à la mi-avril en Finlande sur les biocarburants de deuxième génération. « Les Finlandais mènent un important programme de recherche sur la production de carburant par la pyrolyse du bois », au cours de laquelle les molécules du bois extrai-tes à hautes températures génèrent un carburant au stade du laboratoire, a témoigné Jacky Vandeputte, chargé de mission pour le pôle dans l’ingéniérie de projets. Une priorité du pôle est la recherche sur les biocarburants de deuxième génération, a-t-il souligné.
Précédemment, une mission du pôle à Stuttgart (Allemagne) sur la pile à hydrogène (un élément qui peut être extrait par hydrolyse des plantes) donne à penser que cette technique pour produire de l’électricité sera sans doute opérationnelle avant 15 ans, selon M. Vandeputte.
Du côté du lin, les technologies des matérieux évoluent vite. « Les Autrichiens commencent à fabriquer de la laine de lin pour remplacer la laine de verre», a signalé Jacques Larcher, directeur de la coopérative agricole Lin 2000, basée à Grandvilliers en Picardie. Mais la concurrence risque surtout de devenir asiatique et cela de façon massive. Les Chinois achètent 90 % du lin français et le revendent sur le marché mondial sous forme transformée. « Si on ne bouge pas plus vite, la filière linière en Europe de l’Ouest disparaîtra. Les Chinois mènent des recherches pour adapter des variétés à leur sol et à leur climat », a averti M. Larcher. Champions mondiaux de la transformation, ils ont déjà proposé à un constructeur allemand de voitures de fabriquer des matériaux composites à partir de lin.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Des promesses technologiques
Face à cela, les pouvoirs publics cherchent à rendre le pôle attractif. « Quand on affirme une priorité forte, on devient lisible, et c’est la condition pour devenir attractif », a assuré Mme Delahaye. Cette priorité, c’est la valorisation des agro-ressources. L’objectif est d’attirer des activités. « Quand notre commission des financeurs examine un projet, elle considère ce que ce projet peut apporter comme valorisation des matières premières de la région et si ce projet peut attirer un doctorant étranger», a rapporté M. Vandeputte.
Les promesses technologiques ne manquent pas, loin s’en faut. M. Vandeputte a mentionné un projet de fabrication de parpaings de chanvre et de profilés de fenêtres en matériau composé de bois. Les matériaux composites contenant du végétal pour intérieurs de voitures « sont en général résistants aux chocs ». Ce n’est pas un hasard si Valéo est partenaire du pôle. Les acteurs du pôle envisagent également la conception de matériaux pour avions. Quant aux imprimeurs, qui jusque là ne voyaient pas pourquoi ils utiliseraient autre chose que des encres à base de dérivés du pétrole, ils découvrent que les encres à base de végétal présentent des fonctionnalités irremplaçables pour la qualité des couleurs.
Une promesse technologique de taille est la valorisation d’une partie de la protéine du blé en amidonnerie. Jusque là, la fraction protéique en question est dénaturée. Mais les chercheurs planchent sur une modification des procédés pour récupérer la qualité de cette partie protéique.
D’ici 2025, la chimie ne pourra pas se passer des biomolécules, a résumé M. Vandeputte.