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L’export de blé français a profité du manque d’offre de la mer Noire

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Le blé tendre français marque un début de campagne record à l’exportation. Son prix reste lié à la montée en puissance de l’origine mer Noire, « clé de l’équilibre du marché » mondial, selon Agritel.

Jamais la France n’a autant vendu de blé tendre en début de campagne à l’international. Profitant d’une offre mer Noire réduite par la guerre en Ukraine, ses exportations vers les pays tiers atteignent des records. Elles dépassent 1 Mt en juillet et 1,5 Mt en août, des niveaux jamais vus, a souligné le 30 août en conférence de presse Nathan Cordier, analyste en chef de la société de conseil Agritel. Les deux destinations phares sont l’Algérie, qui « va redevenir le premier importateur de blé français » (hors UE) en 2022-2023, et le Maroc. S’y ajoutent des courants d’affaires vers l’Afrique subsaharienne et, plus inhabituels, vers le Yémen (220 000 t) et le Pakistan (180 000 t), d’après Agritel. « On est a plus de 2,5 Mt exportées sur ce début de campagne, soit 25 % de l’objectif » 2022-2023 vers les pays tiers contre « habituellement 14 à 15 % », note l’analyste. Pour que le marché s’équilibre, un tel rythme n’est pas tenable : « L’export devra ralentir, soit par une hausse des prix comme on l’a connue au printemps dernier, soit par la montée en puissance des blés de la mer Noire », considère Agritel.

La « clé de l’équilibre du marché »

Le marché mondial, qui a connu une détente des prix après six mois de guerre en Ukraine, pourrait « basculer de nouveau » sans un retour en force des exportations russes et ukrainiennes, insiste Nathan Cordier. Des « stocks colossaux » apparaissent « sur le papier », mais la situation montre une « grande dépendance. La clé du marché reste la mer Noire », d’après lui. Si d’excellentes récoltes s’annoncent en Australie et au Canada, les productions de l’UE et des États-Unis « sont à peine à leur moyenne quinquennale ». En Europe, la situation est très hétérogène, avec des productions « tous blés » inférieures de 19 % à la moyenne des cinq dernières années en Espagne ou en Italie, mais supérieures de 3 % en Roumanie et de plus de 20 % dans les pays baltes, selon Agritel.

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Les plus importantes marges se trouvent en mer Noire. Côté Russie, 2022-2023 s’annonce historique, avec une production record estimée à 95 Mt par Agritel (88 Mt, selon le ministère américain de l’Agriculture), et des exportations potentielles de 42 Mt. « Pour la première fois de l’histoire, la Russie dispose de plus de 100 Mt de blé, production et stocks confondus », relève Nathan Cordier, notant que les exportateurs de la mer Noire (Russie, Ukraine et Kazakhstan) représentent à eux seuls « plus de 40 % des stocks » des huit principaux exportateurs mondiaux. La production des cinq grands exportateurs hors mer Noire (UE, Canada, Australie, États-Unis et Argentine) « ne leur permettra pas de couvrir une défaillance de l’Ukraine ou de la Russie ».

Le marché mondial pourrait « basculer de nouveau »